Membre du «groupe des dix» ayant lancé l’appel à agir pour l’application de l’article 13 de la Constitution, Nicolas Nguema explique à Gabonreview le bien-fondé de cette démarche républicaine «pour sauver la patrie ».

Nicolas Nguema, acteur politique ayant participé à l’appel à agir pour l’application de l’article 13 de la Constitution le 28 février 2019. © D.R.

 

Gabonreview : Le 28 février, votre groupe a appelé à l’application de l’article 13 de la Constitution. Votre appel suggère que le président de la République est frappé d’incapacité définitive pour diriger le pays. Par quoi avez-vous constaté cette incapacité ?

Nicolas Nguema : Notre pays est actuellement dirigé dans un flou total, depuis le 24 octobre 2018. Il y a tellement des décisions contradictoires qui se font depuis cette date. La présidente de la Cour constitutionnelle se positionne en président de la République. Par exemple lors de la prestation de serment du gouvernement, au lieu que les membres du gouvernement viennent prêter serment devant le président de la République avec la Cour constitutionnelle comme témoin, c’est plutôt le président de la République qui était témoin de la prestation de serment devant la Cour constitutionnelle.

Son immixtion est permanente dans les affaires de l’État en tant que présidente de la Cour constitutionnelle. Elle a dissous le gouvernement et l’Assemblée nationale. Tous ces événements, auxquels s’ajoutent ses va-et-vient entre Libreville et Rabat font d’elle la vraie régente du pays. Nous trouvons que ce comportement est inadmissible.

Toutes ces manœuvres nous font comprendre que le président Ali Bongo n’est vraiment plus aux commandes de l’État. La dissolution du bureau de coordination du Plan stratégique Gabon émergent illustre à souhait la dépossession du pouvoir par d’autres mains.

J’affirme clairement que Ali Bongo est à la merci de son système, notamment son cabinet présidentiel qui pour moi, se trouve au coeur de toutes les nominations actuelles, depuis le 24 octobre.  Il y a un nettoyage implacable organisé par Marie Madeleine Mbourantsuo et le cabinet du président de la République pour placer les gens qu’ils veulent à la place qu’ils veulent. Ali Bongo n’a plus son mot à dire dans ce qui se fait. Je suis persuadé qu’il est dans l’incapacité de diriger le pays. Car, on ne l’a pas entendu parler une seule fois les quelques fois où il est venu ici. On se borne à nous montrer juste des images où il est un coup debout et un coup assis. On ne le voit pas marcher.

Vous avez laissé aux institutions habilitées à prononcer la vacance de pouvoir jusqu’au 31 mars. Comment comptez-vous les convaincre d’aller dans ce sens ?

Nous allons nous rapprocher des différentes institutions, notamment le Sénat, l’Assemblée nationale, la primature. Nous allons également saisir la présidente de la Cour constitutionnelle afin de faire comprendre à toutes ces institutions la gravité de la situation. Je pense qu’ils la comprennent bien, mais nous allons leur dire que nous comprenons exactement ce qu’il est en train de se passer. Ils sont en train de brader notre pays pour leurs intérêts personnels et que nous ne tolèrerons plus cela et, surtout, nous ne les laisserons plus faire.

Si rien n’est fait jusqu’au 31 mars, que feriez-vous légalement pour obtenir l’application de l’article 13 ?

Si rien n’est fait pour appliquer justement l’article 13, nous mettrons en application les articles 1 et 3 de la Constitution. Nous allons protéger la Constitution, nous allons protéger la patrie comme il se doit.

Avec quelle action par exemple ?

Nous descendrons dans la rue. Nous allons commencer à faire des rencontres citoyennes durant tout ce mois, un peu partout dans le Gabon, afin de mobiliser le maximum des Gabonais et leur demander de descendre dans la rue le 31 mars pacifiquement.

Une partie de l’opinion gabonaise pense que les partis politiques ont échoué et sont à la dérive, majorité comme opposition. Votre groupe se perçoit-il comme le porte-flambeau d’un nouveau regroupement politique ?

Non, pas du tout ! Nous n’avons pas voulu avoir d’étiquette politique. C’est une étiquette citoyenne que nous voulons avoir. Parce que nous estimons que nous devons sortir de nos différentes chapelles politiques afin de défendre notre citoyenneté. C’est un combat citoyen.  C’est un combat pour notre pays. Ce n’est pas un combat politique. C’est un combat qui concerne chacun des Gabonais que nous sommes. Donc nous avons décidé de nous mettre avec des acteurs de la société civile qui ne sont pas affiliés aux partis politiques.

Il y a bien sûr des acteurs politiques de différents partis politiques aux côtés de ceux de la société civile, comme vous avez pu le constater.  C’est une action citoyenne. C’est un appel à agir en tant que citoyen pour défendre notre patrie. Faire ressortir le patriotisme chez nos concitoyens. Parce que ce qui se fait à l’heure actuelle est dramatique et le sera encore plus pour les générations à venir, ne serait-ce qu’en termes économiques. Aujourd’hui, nous avons une dette publique qui est passée de 1000 milliards de francs CFA à 5000 milliards de francs CFA. Entre janvier 2018 et janvier 2019, cette dette qui s’est accrue de 1000 milliards de francs CFA. C’est totalement ubuesque, insoutenable ! La corde va céder et ces gens ne s’en préoccupent guère.  Tout ce qui compte pour eux, c’est qu’ils s’enrichissent, s’engraissent et puissent cacher leur argent dans les paradis fiscaux éventuellement.

On a constaté une fuite des capitaux énorme depuis que ces gens sont arrivés au pouvoir. Nous devons faire front contre ceux qui dirigent illégalement le pays. La patrie est en danger et nous avons la responsabilité de nous battre pour la sauver. Chaque Gabonais doit prendre conscience qu’il est impliqué dans cette démarche. La patrie appartient à nous tous. Ce n’est pas la patrie des politiciens, opposants ou de la majorité, c’est de la nation gabonaise dont il est question.

Propos recueillis par Jean-Thimothé Kanganga

 
 

10 Commentaires

  1. CHRISTINE Madeleine dit :

    De toute façon, même si vous partez à une élection présidentielle maintenant, ils feront gagner leur candidat : Laccruche ou encore un Bongo.

    Raison pour laquelle, pour mettre FIN à ce jeu DIABOLIQUE (manigancé aussi par la France et le Maroc), il faut que Jean Ping prenne le pouvoir qui lui a été usurpé en 2016. Qu’il termine son mandat (il lui reste encore au moins 4 ans et demi). Le temps pour lui, avec les Gabonais qui veulent vraiment mettre FIN à ce système démoniaque, de mettre en place une nouvelle constitution et des institutions FORTES.

    J’INSISTE LA DESSUS : il ne faut pas aller à une quelconque élection présidentielle. S’ils le font, dites vous bien qu’ils savent déjà qui sera président. Pour mettre FIN à ce système, il faut passer par Jean Ping (le VAINQUEUR des élections de 2016). CROYEZ-MOI…

    • Okenkali Jules dit :

      @CHRISTINE Madeleine. “Pour mettre FIN à ce système, il faut passer par Jean Ping” ? Ah bon… Vous êtes sérieuse ? Depuis août 2016, il fait quoi ? Avant 2014, il faisait quoi ? Redescendez sur terre. Ping est un Bongo, un PDGiste, à qui on a donné sa chance. Comme tous les Bongo il s’est montré incapable de remplir sa part de contrat. Oubliez le si vous vous aimez

      • Pascal NGOUA dit :

        “Okenkali Jules”, Christine Madeleine a raison. Jean Ping a changé. Il a été dans le système, c’est vrai. Mais il a changé. Et si la France a “peur de lui”, c’est parce qu’il n’est pas prêt à devenir UN VALET de cette même France. Or, justement, la France est en quête du président-valet qui sera OBÉISSANT aux ordres de la Métropole. Et ça, nous n’en voulons plus JAMAIS au Gabon.

  2. Oui 3M n’en fait qu’à sa tête !!! Ça suffit comme ça !!! La récréation n’a que trop duré !!! Elle vient de s’offrir en toute illégalité le titre de Président de la République en mentant avoir obtenu une délégation de pouvoirs signé du Chef de l’État!!! Nous devons, rapidement, arrêter cette imposture à la tête de l’État!!!Nous soutenons votre initiative citoyenne !!! Mais nous disons qu’il absolument boucler le contentieux électoral concernant l’élection présidentielle du 27 août 2016. L’élection doit être reprise, conformément à la loi électorale dans les 21 bureaux du 2ème arrondissement de Libreville et recomptage des voix doit se faire dans toute la province du Haut-Ogooué où les résultats ont été falsifiés pour offrir illégalement la victoire à Ali Bongo. Trop c’est trop!!! Arrêtons l’imposture qui prend, chaque jour qui passe des proportions dangereuses!!! Nous vous soutenons pour la libération du Gabon!!!

  3. Julien dit :

    N’allez à aucune élection présidentielle. C’est peine perdue si vous le faites. Ils ont déjà leur candidat qu’ils vont encore nous imposer. N’y allez surtout pas. Reglons d’abord l’élection de 2016. Et le Gabon se portera mieux.

  4. diogene dit :

    Quelle naïveté ! Vouloir convaincre des filous qui tripotent la constitution depuis un demi siècle de devenir sages relève du manque d’analyse élémentaire.
    Faire descendre dans la rue les populations qui ne vont même aux urnes, du moins à la dernière consultation, sera un tour de force, irréalisable sans une préparation de plusieurs années ou un évènement traumatisant et fédérateur.
    La colère est papable, la peur aussi, les populations n’ont plus confiance ni dans des institutions à géométries variables, ni dans une opposition folklorique et inefficace sur le terrain (faute de réel soutien populaire : voter d’accord mais faire respecter le vote ce n’est pas à l’ordre du jour) ni même en eux.

    Et bien sur, ce mouvement qui vise à ravir le pouvoir des mains assassines du PDG, n’est pas politique. Foutaises ou idiotie.
    La politique , on la fait ou on la subit. Tout est politique, n’en déplaisent aux crétins ou aux ignorants (mais qui peut se prévaloir d’être ignorant à l’heure des réseaux, de l’information instantanée, des satellites,de la fibre optique, etc…)

    Être citoyen, la belle affaire dans une démocrature en état de pourrissement avancé, dans un pays à l’agonie.
    Quant au patriotisme, c’est une connerie inventée pour envoyer les pauvres à la guerre – viande à canons- , nous sommes à l’ère planétaire et certains pensent encore comme dans l’antiquité que le monde s’arrête à la sortie de leur village.
    A l’heure informatique, ils interrogent les crânes de leurs ancêtres…
    Il est vrai qu’aux royaumes des aveugles les borgnes sont roi (aucun lien avec un hémiplégique de votre connaissance) , Quand donc les femmes et hommes voyantes vont ils prendre leur responsabilité et leur courage à deux mains ?( sauf les manchots , ça va de soi)

  5. Rediahot Martin de Zilè dit :

    Chers Compatriotes,

    Il n’est plus necessaire de trop parler,il faut agir au plus vite.Les algeriens viennent de nous indiquer le chemin à suivre. Chacun doit se vetir d’un habit blanc dans toutes les 9 provinces et declencher une marche pacifique vers les institutions afin de reclamer la restauration de notre vote d’Aout 2016 et nous debarasser de tous ces parasites qui gangrenent le pays. La mort ou la Patrie , nous vaincrons.

  6. MONSIEUR A dit :

    La vie fonctionne selon les équations mathématiques: tout est fonction d’équilibre du rapport des FORCES en présence.

    a = PDG + Emergence
    b = Opposition Unifiée (août 2016)
    X = inconnue (FRANCE , MAROC, FMI, etc…)

    aX + b = 0 si et seulement si
    aX = -b donc pour
    X = -b/a (équilibre parfaite)

    aX + b ˃ 0 si et seulement si
    aX ˃ -b et donc pour
    X ˃ -b/a (l’inconnue dirige le GABON)

    aX + b ˂ 0 si et seulement si
    aX ˂ -b et donc pour
    X ˂ -b/a (l’Opposition Unifiée obtient l’application de l’article 13)

  7. Léon Nkogue dit :

    Je suis du même avis que “Christine” et “Julien”. Surtout ne pas aller à une nouvelle élection présidentielle. Ce serait de nouveau un piège des Bongoistes – Émergents – PDGistes – Maroc – France. Ping doit prendre son fauteuil usurpé par BOA. Ainsi, nous mettrons FIN aux pièges SATANIQUES Dr tous ces voyous qui ne veulent pas le bien du Gabon. Ces gens ne voient que leurs intérêts.

    Vous savez, Jean Ping était peut-être de ce système aussi. Mais il a compris. Et si le peuple gabonais le pousse jusqu’à la présidence, il aura une sérieuse dette envers ce peuple. Accordons-lui une chance, surtout qu’il a réellement gagné les élections présidentielles de 2016. Vive le Gabon libre !

  8. ISABELLE dit :

    SI LE ROITELET DU MAROC AGIT DE LA SORTE AVEC LA FRANCE, C’EST QU’IL DOIT AUSSI ÉNORMÉMENT INFLUENCER LA POLITIQUE AU GABON. LISEZ CET ARTICLE POUR COMPRENDRE CE QUE J’AFFIRME… PAUVRE GABON.

    https://fr.yahoo.com/news/pression-l-institut-monde-arabe-013202234.html

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