Le financement de la campagne de nombreux candidats, particulièrement ceux du Rassemblement pour la restauration des valeurs (RV), des Sociaux-démocrates gabonais (SDG) et même du Parti démocratique gabonais (PDG) étant en cause, on ne peut se contenter de l’écume des choses.

Le président des Sociaux-démocrates gabonais (SDG), Juste Louangou Bouyomeka, durant sa campagne électorale en 2018. Quelle respectabilité pour une Assemblée nationale où siègent des personnalités soupçonnées de recel ou de complicité de détournement de deniers publics ? © Facebook

 

Les élections couplées d’octobre 2018 de nouveau au cœur de l’actualité. En cause ? Le financement de la campagne de nombreux candidats, particulièrement ceux du Rassemblement pour la restauration des valeurs (RV), des Sociaux-démocrates gabonais (SDG) et même du Parti démocratique gabonais (PDG). C’est, à tout le moins, l’une des conséquences directes des révélations sur les malversations financières à la Société nationale des hydrocarbures du Gabon (SNHG, communément appelée Gabon oil company – Goc). Au-delà des émotions, on doit réfléchir à l’impact politique de ce scandale. On doit s’interroger sur le sort à réserver au RV, aux SDG et au PDG. Surtout, on doit s’appesantir sur la légitimité de députés élus grâce au produit de la concussion. Quelle respectabilité pour une Assemblée nationale où siègent des personnalités soupçonnées de recel ou de complicité de détournement de deniers publics ?

Majorité présidentielle, principal bénéficiaire de l’argent sale

Eu égard aux liaisons politiques des personnalités impliquées, on ne peut se contenter de l’écume des choses. Volens nolens, l’actuelle majorité parlementaire est éclaboussée, affaiblie, décrédibilisée par cette affaire. Le président du RV peut toujours nier avoir été administrateur de Dupont consulting company. Il peut même affirmer y avoir servi comme simple employé. Les militants SDG peuvent toujours établir le distinguo entre leur parti et son président. Ils sont libres de lui reconnaître des pratiques et accointances propres. Le PDG peut encore justifier sa force de frappe financière par sa longévité au pouvoir. N’empêche, le scandale de la SNHG laisse croire en l’existence de circuits de financement douteux. Pis, à l’analyse des révélations de notre confrère L’Union, une évidence s’impose : durant les élections couplées d’octobre 2018, la majorité présidentielle aura été le principal bénéficiaire de l’argent sale. Peut-on s’en accommoder ?

Au risque de donner du grain à moudre aux tenants du «Tous pourris» ou de laisser s’installer l’idée d’un lien entre corruption et élections, l’Assemblée nationale doit apporter une réponse politique à cette histoire. Désormais dos au mur, elle ne peut faire comme si le venin du Scorpion ne dégoulinait pas au sein de son hémicycle. Certes, elle peut feindre de croire en une opération de lutte contre la corruption sans lien avec elle. Certes, elle peut alléguer ne pas avoir le droit de s’intéresser aux sources de financement des campagnes et activités de ses membres. Mais, cela ne légitimera jamais son silence. Après tout, entre RV et SDG, 14 députés peuvent être accusés d’avoir financé la totalité de leur campagne grâce aux eaux noires de la corruption. Les 96 élus PDG, eux, peuvent être soupçonnés d’avoir fait l’appoint avec. Au total, 110 des 143 sièges pourraient avoir été conquis grâce à un financement total ou partiel de la SNHG.

Appels à la dissolution de l’Assemblée nationale

L’Assemblée nationale n’est pas une instance de contrôle du financement des campagnes électorales ou de la vie publique. Mais, ses membres doivent jouir d’une respectabilité et d’une honorabilité au-dessus de tout soupçon. D’un point de vue moral, intellectuel ou professionnel, ils doivent être au-dessus de la mêlée. S’ils doivent bénéficier de soutiens divers et variés, ils doivent faire montre d’un investissement au service du bien commun. Pour tout dire, ils doivent avoir le sens du devoir, une estime certaine pour le pays, une haute idée de la République et une inébranlable envie d’améliorer le quotidien de leurs semblables. Chacun peut en convenir : en aucun cas, ces qualités-là ne peuvent être incarnées par des personnalités soupçonnées d’avoir bénéficié du produit de la corruption. Des mandats obtenus grâce à l’argent sale peuvent-ils contribuer à l’honorabilité de leurs détenteurs ? Sont-ils de nature à susciter le respect pour les institutions ? On peut en douter.

Le scandale de la SNHG a permis de comprendre l’origine de l’argent déversé durant les élections couplées d’octobre 2018. Pour la respectabilité des institutions, il faut maintenant lui donner une suite politique. Déjà, des appels à la dissolution de l’Assemblée nationale se font entendre. Est-ce bien réaliste ? Aux termes de la Constitution, le président de la République dispose de ce pouvoir discrétionnaire. Encore doit-il en apprécier la pertinence et l’opportunité politiques. Or, au vu du flou institutionnel né des ennuis de santé d’Ali Bongo, cela paraît hypothétique voire utopique. Pour autant, on ne peut faire l’économie d’un débat sur le financement des campagnes électorales, singulièrement celles d’octobre 2018.

 
 

1 Commentaire

  1. ENDUNDU dit :

    Est ce qu’il ya encore honorabilité et respectabilité dans ces institutions, telles Assemblée nationale, SENAT, Cours des Comptes, constitutionnelle, cassation, CNLEI etc… ?

Poster un commentaire


 

 
 

RECEVEZ LE BULLETIN D’INFOS MATINALES DE GABONREVIEW