Lancé en 2017 pour une période de trois ans, le Plan de relance économique (PRE) nourrit l’ambition d’accélérer la diversification économique et l’impact social des politiques publiques menées par le gouvernement. Cet objectif a-t-il été atteint, à cinq mois de l’échéance de cet ambitieux plan ? Dans cet entretien accordé à Gabonreview, Mays Mouissi évoque des résultats mitigés. L’analyste économique jette également un regard sur la qualité de la dépense publique, non sans proposer des pistes de financement pérenne du secteur de l’éducation au Gabon.

Pour Mays Mouissi, le PRE a produit des résultats “mi-figue, mi-raisin”. © Gabonreview

 

Gabonreview : À cinq mois de l’échéance du PRE, l’économie gabonaise a-t-elle tourné le dos à la crise ?

Mays Mouissi : Le PRE visait à apporter une réponse à la situation de l’économie gabonaise, telle qu’elle était au sortir de la présidentielle de 2016 : une économie en difficulté grippée par le prix du baril qui a commencé à décroître à partir de 2014. Bien qu’il y ait un processus vers la diversification, l’économie gabonaise continue de dépendre fortement du pétrole. Le PRE obéissait à une volonté de relance de l’économie, à travers la diversification de la base productive et la remontée des indicateurs fondamentaux de l’économie du pays. Pour parvenir à la réussite de ce plan, le gouvernement s’est appuyé sur le Fonds monétaire international, via un programme spécifique. Lequel programme appelait de la part du gouvernement la mise en œuvre d’un certain nombre de réformes structurelles.

Très objectivement, lorsqu’on regarde la situation du pays, il y a quelques réformes structurelles qui ont été engagées. Notamment sur la maîtrise de la masse salariale, dans le cadre de la main-d’œuvre non permanente ; au niveau du Trésor, dans le cadre de la mise en place du compte public du Trésor. Cependant, les réformes mises en place par le gouvernement ne vont pas assez loin. Parce qu’il existe encore de nombreuses poches d’économie, permettant à l’État de se dégager des marges, qui n’ont pas été exploitées. Notamment dans le fonctionnement. Le processus de rationalisation ne doit pas se limiter aux seules agences, mais passe aussi par la suppression de certaines institutions. On peut penser au Sénat, à la réduction du nombre de parlementaires et des membres du Conseil économique et social ou à la suppression de cette institution, dont l’utilité n’a pas encore été prouvée dans le cadre de notre démocratie.

Le PRE, aujourd’hui, est un demi-succès. Car la croissance reste quand même bien inférieure à celle enregistrée lors des périodes fastes, notamment au début du premier quinquennat, tirée par les revenus du pétrole. D’ailleurs, les résultats sociaux de ce programme sont en deçà des attentes des populations.

Comment améliorer l’efficacité de la dépense publique ?

Il est clair qu’il y a des efforts à faire en ce qui concerne la dépense publique. Au sens large, il y a même des efforts à faire en ce qui concerne la passation des marchés publics et l’organisation générale de la dépense de l’État. Cela éviterait à l’Etat de se retrouver dans des problèmes récurrents tels que les impayés de dette intérieure qui s’accumulent, et des arriérés que l’on pourrait retrouver au niveau de la dette extérieure. Lors des échanges que j’ai pu avoir avec certaines organisations multilatérales, l’on m’a fait remarquer que sur les six derniers mois, le Gabon n’a pas accumulé d’arriérés à l’international. Ce qui laisse penser que le processus de rationalisation a quelque peu porté ses fruits. La faiblesse du dispositif et l’organisation du pays se situent au  niveau des impacts sociaux des politiques mises en œuvre.

Lorsque l’on va dans les quartiers de Libreville aujourd’hui, ou dans la périphérie de la ville, l’on se rend bien compte que les populations ne perçoivent pas un bénéfice social des réformes que l’État est en train de mettre en œuvre. Elles ne comprennent pas pourquoi l’État s’endette régulièrement, sans que cela impacte significativement leur quotidien et leur cadre de vie. C’est pour cette raison que j’invite le gouvernement à dégager davantage des marges dans le fonctionnement de l’État, pour essayer de booster l’investissement public qui a été fortement réduit et qui, lui, est clairement perceptible par les populations.

Comment financer efficacement et durablement la formation de la matière grise au Gabon ?

En ce qui concerne le financement de l’éducation, j’estime que même en période de réformes et d’ajustements, il y a deux secteurs à sacraliser : l’éducation et la santé. J’estime que les bonnes réformes ne sont pas celles qui se font dans le domaine de l’éducation. En ce sens, je peux comprendre que les étudiants qui représentent l’avenir, l’éducation étant un investissement de long terme, réagissent très mal aux réformes qui sont amorcées. Ensuite, l’on peut envisager de changer de modèle en ce qui concerne le financement de notre éducation. Aujourd’hui, nous avons un système éducatif qui est financé, comme à peu près tous les autres secteurs de l’État, sur le budget et les dépenses effectuées au niveau du Trésor.

On peut très bien penser et imaginer ce que j’appelle des impôts de développement. C’est-à-dire une fiscalité dédiée dont les revenus serviraient uniquement à soutenir les programmes d’éducation et financer les programmes d’infrastructures dans l’éducation. L’on peut très bien imaginer que l’État décide de faire peser de nouvelles taxes sur les transferts d’argent par exemple. L’on a déjà 1,5% qui va financer le fonds des Gabonais économiquement faibles. Je serai tout à fait à l’aise de passer cette commission à 5% et utiliser 3,5% des transferts d’argent vers l’étranger, pour financer uniquement les dépenses d’éducation. Ce sont des impôts de développement qui ont une finalité directe qui ne rentrent pas en conflit avec les autres dépenses de l’Etat, telles qu’aujourd’hui exécutées par le Trésor.

L’idée est d’assurer un financement pérenne, sécurisé et sûr, dans l’éducation, pour faire en sorte que demain, nos jeunes soient bien formés. Mais c’est aussi pour rendre ce secteur attractif afin qu’il rapporte des devises à l’État. Parce que les étudiants d’autres pays peuvent aussi venir se former chez nous. Toutefois, cela nécessite de l’investissement lent, idéalement sur fonds publics, pour avoir un des meilleurs systèmes éducatifs de la sous-région.

 
 

1 Commentaire

  1. Boucka BOUCKA BOUCKA dit :

    Pour moi Mr MOUISSI n explique pas réellement le demi-succès du plan de relance économique.
    Pourquoi il y a échec? Pour moi, certaines mesure ont été prise tardivement, comme la réduction du nombre des membres du gouvernements, la suppression du nombre d’agences, même si dans ces deux points il faut davantage d’efforts à savoir ramener le nombre des membre du gouvernement à 25 au total y compris les ministres délégués, fusionner certaines des agences restantes par exemple fusionner l’aninf et l’artel, fusionner toutes les agences gérants tous les types de transport en une seule, cela donnerait plus de moyens pour non seulement continuer le développement des TICS qui a été décrié récemment et Mieux surveiller le secteur des transports qu’il faut aussi reformer!

    Concernant les institutions, en plus de la diminutions du nombre des parlementaires qu’il faut ramener à 110 car on ne peut comprendre qu’il y ait autant de députés dans le haut Ogooué avec 3 fois moins d’habitants que dans l’estuaire notamment à LBV, il faut fusionner le CESE avec le Sénat et en faire une institution de véritable contrôle de l’action de l’état, totalement indépendante, la création de cette institution qui organiserait aussi notre démocratie permettrait de facto la suppression du fameux CND.

    Il faut aussi fusionner la cour des comptes et la Commission nationale pour l’enrichissement illicite et créer un organisme de contrôle et d’évaluation des politique publique qui sera contrôlé par l’assemblée nationale, la nouvelle institution issue de la fusion Sénat/CESE et le Président de la république et qui aura droit de saisine du Procureur de la république pour toutes les actions délictuelles dans la gestion de l’état, c’est cette institution qui va lutter contre la corruption.

    Et pour terminer, il faut passer au peigne fin toutes les structures de l’état c’est à dire son fonctionnement avec pour but principal de supprimer non seulement tous les services doublon dans le fonctionnement de l’état, mais également externaliser certains services qui peuvent mieux exécuter par le privé, bi-annualiser le contrôle des effectifs de la fonction public.

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