Le président du Parti pour le changement (PLC) était l’invité du magazine l’Interview sur Africa 24, le 12 février. L’absence prolongée d’Ali Bongo pour raisons de santé, la posture de l’opposition ainsi que le rôle de la Cour constitutionnelle dans cette situation… Autant de sujets abordés par Nicolas Nguéma dans cette interview retranscrite par Gabonreview.

Nicolas Nguéma lors de son interview à Africa 24, le 12 février. © Capture d’écran / Youtube.com

 

Africa 24 : Le gouvernement a été remanié le 30 janvier par décret présidentiel, c’est bien la preuve que les institutions fonctionnent…

Nicolas Nguéma : Ce n’est pas une preuve du fonctionnement des institutions. Car le décret relatif à ce remaniement est signé depuis le Maroc, où Ali Bongo est en convalescence. Mais le royaume ne fait pas partie du Gabon et vice-versa. À partir du moment où Ali Bongo a pu se présenter à Libreville pour la prestation de serment des membres du gouvernement, comme le prévoit la Constitution, je pense que cela veut dire qu’il est à même de présider, selon les dires de ses proches. Je ne vois pas pourquoi il ne rentrerait pas au Gabon.

Pour vous, un décret présidentiel signé hors du Gabon est sans valeur ?

Pour moi, il a une valeur légale mais pas légitime. Il faut faire la différence entre la légalité et la légitimité. On ne peut pas gouverner par procuration. Je pense que nous avons une Constitution bien établie, la signature d’un décret ne se fait pas de manière aussi légère comme c’est le cas actuellement. Il y a une multitude de décrets qui vont engager l’État gabonais et cela ne présage rien de bon pour notre pays.

Le nouveau gouvernement a été mis en place, quelle sera la posture de l’opposition ?

Nous allons appliquer le principe républicain qui consiste à dire que le pouvoir gouverne et l’opposition s’oppose. Et je pense que nous avons beaucoup d’arguments pour nous opposer, vu la situation chaotique dans laquelle nous nous trouvons aussi bien politiquement que pour nos concitoyens ; mais également économiquement, où nous allons droit dans le mur pour ne pas dire nous y sommes déjà. Nous devons nous opposer à tout ce qui se fait actuellement…

Une opposition systématique ?

Bien évidemment ! Car les indicateurs économiques prouvent à suffisance que la politique menée depuis 2009 par Ali Bongo n’est vraiment pas la bonne. Nous avons une dette publique qui est passée de 1000 à 5000 milliards de francs CFA. Entre janvier 2018 et janvier 2019, cette dette a augmenté de 1000 milliards. C’est colossal !

Êtes-vous du côté de l’opposition dans le débat sur la vacance du pouvoir ?

Je préfère dire que suis du côté du peuple. Et le peuple, dans sa grande majorité, a toujours été en opposition avec le système Bongo-PDG. Oui, je suis en opposition. La logique voudrait qu’Ali Bongo ne dirige plus, vu son état de santé. Deux éléments précis nous l’ont clairement montré : son discours à la Nation et cette fameuse prestation de serment. Le discours à la Nation notamment a duré trois minutes. C’est du jamais vu !

Nicolas Nguéma lors de son interview à Africa 24, le 12 février. © Capture d’écran / youtube.com

Mais Ali Bongo a quand même tenu ce discours à la Nation…

Oui, mais ce discours n’était basé en rien sur l’actualité économique et politique de notre pays. Un chef d’État ne vient pas à la télé pour parler de son problème de santé exclusivement, et dire qu’il remercie Dieu et sa famille. Non, ce n’est pas comme ça qu’on gère un pays. Il y a des choses très importantes, il y a une Loi de finances qui est supposée arriver, il y a un bilan à faire sur l’année écoulée… Je pense que c’est ce dont un chef d’État devrait parler. Je ne peux pas le condamner vu son état de santé. Mais la logique voudrait que nous appliquions l’article 13 de la Constitution, ne serait-ce que par respect pour la Nation.

Que demandez-vous exactement, s’agissant de l’application de cet article 13 de la Constitution ?

Nous demandons l’application de cet article traitant de la vacance du pouvoir. Tout simplement, qu’il y ait un intérim assuré par la présidente du Sénat et qu’elle organise, dans un délai de deux mois, une nouvelle élection présidentielle.

La Cour constitutionnelle s’est pourtant déjà prononcée sur cette question, évoquant plutôt une indisponibilité temporaire du président…

La Cour constitutionnelle est une juridiction malhonnête, une juridiction qui a modifié la Constitution à huis clos, seule, dans son bureau. C’est totalement illégal (…) La présidente de la Cour constitutionnelle a notamment rajouté un alinéa, ce qui est interdit. Elle n’a pas à rajouter la moindre virgule dans notre Constitution, la mère de toutes les lois. Et, tout ou tard, Marie Madeleine Mborantsuo devra répondre de ses actes.

Vous avez été très critiqué pour un tweet du 29 novembre dernier, dans lequel vous dites : «Attendre une photo d’Ali Bongo en vie au Maroc, c’est comme espérer voir la Cour constitutionnelle dire le droit un jour. Ça n’arrivera jamais !» Vous maintenez ces propos ?

Je les maintiens totalement, vu qu’il s’agit de mon pays. Mon engagement politique ne se raccorde pas à un individu ou Ali Bongo, en tant que chef de l’État. Non ! Mon engagement va pour toute la Nation. Nous sommes aujourd’hui en 2019,  nous avons des femmes qui accouchent encore à même le sol dans notre pays ; nous avons des hôpitaux où il manque énormément de matériel ; nous avons des établissements scolaires surpeuplés qui créent des problèmes de dysfonctionnement très graves ; des agressions à l’arme blanche dans les écoles, des phénomènes qui n’existaient pas il y a encore quelques années. Nous avons trop de problèmes liés à la mal-gouvernance du système Bongo-PDG, pour que je puisse m’interdire ce genre d’opinion. Ce tweet sous-entend clairement que le président n’est plus en position de gérer le pays. Et si les siens l’aimaient autant que ça, ils lui accorderaient le repos et le répit dont il a besoin.

Qui gère le pays si ce n’est Ali Bongo ?

C’est l’entourage du président qui gère le pays. C’est-à-dire le cabinet présidentiel, la présidente de la Cour constitutionnelle et quelques ministres ici et là.

Et le vice-président de la République ?

Le vice-président n’est qu’un pantin, il n’existe pas dans notre pays. Il n’est là que pour de la figuration, puisque même dans de simples sommets à l’international, on est incapable de l’envoyer. Le vice-président découle d’arrangements d’arrière-boutique.

Interview retranscrite par Stevie Mounombou

 
 

4 Commentaires

  1. Fayo dit :

    Nicolas Nguma, toi aussi, tu es trop direct. Tu humilies Magang Ma Moussavou. Un gabonais sans langue de bois.

  2. LE PURIFICATEUR dit :

    @Nicolas NGUEMA, c’est ma première fois d’entendre ce nom et de te lire, excusez mon tutoiement.
    Votre lucidité et votre courage de laisser les mots nus me rend fier qu’il y a encore des bons restes dans ce pays, et qu’on est pas tous finis.
    je te souhaite une longue carrière à condition d’avoir le même courage de refuser les mallettes que ces sorciers ne tarderont pas à déposer à vos pieds pour vous acheter.
    Restez droit et digne et ne changez pas de trajectoire. ces bandits sont dans la partie versante de l’histoire de notre pays, ils ne tarderont pas à mourir de vieillesse peu importe leurs richesses.
    ils sont des rigolos et bravo d’avoir bien parlé.

  3. diogene dit :

    Pourquoi le mal créateur et propulseur de cette situation ,la corruption, n’est jamais cité, ni explicité ?

    Légalisme dans un système où les garde fous sont véreux, je ne vois pas où cela mène.

  4. piouf dit :

    Voici l’avenir politique du pays!

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