Le Premier ministre peut-il se prévaloir de la confiance de l’Assemblée nationale pour s’accrocher ? À condition de se garder des calculs partisans et combinaisons d’arrière-cour, il dispose encore d’une étroite marge de manœuvre, malgré les doutes de l’opinion publique.

Trop marqué politiquement, préoccupé par les seuls intérêts du clan, soucieux de conserver le pouvoir à tour prix, les différentes équipes n’ont nullement contribué à inventer le futur. Héritier de cette tradition, Julien Nkoghé Békalé n’a pas pu y déroger. © facebook/primature-gabon

 

Dans la nuit du 11 au 12 janvier 2019, Julien Nkoghé Békalé était nommé Premier ministre. Aujourd’hui encore, un épais nuage entoure cette promotion. Si personne ne peut avancer les raisons de l’éviction de son prédécesseur, nul ne peut se prononcer sur les mobiles de ce changement. Même s’il prononça un discours de politique générale, le 26 février 2019, sa nomination demeure un angle mort. Quand bien même il évoqua alors la nécessité de «se parler», avant d’égrener un chapelet de promesses, sa feuille de route reste un mystère. Or, chacun le sait, les circonstances déterminent la suite. Elles ont un impact sur la capacité de travail et les résultats. De Paul Biyoghé Mba à Emmanuel Issozé-Ngondet en passant par Raymond Ndong Sima ou Daniel Ona Ondo, on l’a vu et revu. On en a fait l’expérience et en a obtenu la confirmation. S’étant laissé grisé puis enfermé dans un environnement particulier, chacun d’eux a fini par en être victime.

Liaisons opportunistes

Parvenu à la primature à la suite d’une intrigue de cour, Julien Nkoghé Békalé a cru devoir se mettre au service exclusif du maître des horloges d’alors. Cette volonté de coller à un agenda politicien a fini par l’éloigner de la noblesse du jeu politique. Suivant une fumeuse tactique conçue par l’Association des jeunes émergents volontaires (Ajev), il s’est contenté d’accompagner d’incessants jeux de chaises musicales au sein du gouvernement, dans la haute administration et même à la tête des établissements publics ou sociétés d’Etat. Ces liaisons opportunistes ont fini par le paralyser. Il n’a ainsi jamais pu affirmer le rôle du gouvernement dans la conduite des affaires. Il n’a pas non plus eu le courage d’exiger le respect des procédures ou la prise en compte des états de service dans le déploiement des personnels. Au final, il a évité d’engager les débats et réformes de fond, laissant l’anarchie s’installer.

Naguère homme de main de Paul Biyoghé Mba, Julien Nkoghé Békalé n’a jamais su faire le distinguo entre politique et politicaillerie. S’étant laissé impressionné par les transgressions de Brice Laccruche-Alihanga, il s’est confondu en rodomontades et vaines intentions. Ni les conclusions des task force sur les finances publiques et l’éducation, ni la construction d’une cité administrative, ni la réalisation des tronçons routiers Ovan-Makokou et Makokou-Okondja, encore moins des assises nationales n’ont vu le jour. Faute d’avoir fait montre de caractère, d’attachement à l’ordre constitutionnel et d’un sens des priorités, le Premier ministre a transformé le gouvernement en supplétif du cabinet présidentiel. Doit-il en tirer les conséquences ? A l’inverse, peut-il se prévaloir de la confiance de l’Assemblée nationale pour s’accrocher ?

Héraut de l’application de la loi

Malgré les doutes de l’opinion publique, Julien Nkoghé Békalé dispose encore d’une étroite marge de manœuvre. L’Ajev ayant explosé en vol, les agences ayant fait la preuve de leur inefficacité, les institutions peuvent reprendre leurs droits. Sauf nouvelles expérimentations hasardeuses, les prochaines nominations devraient se faire dans le respect des textes en vigueur, la chaîne de la dépense publique pourrait se remettre en ordre et, l’administration se replacer au centre de la gestion quotidienne. Passé le temps des extravagances, l’heure de la responsabilité a peut-être sonné. Après tout, aux termes de la Constitution, le gouvernement a la responsabilité de «(conduire) la politique de la nation, sous l’autorité du président de la République et en concertation avec lui.» Or, la loi fondamentale doit s’imposer à tous. Pour ce faire, le chef du gouvernement doit se garder des calculs partisans et combinaisons d’arrière-cour.

Depuis 2009, le gouvernement s’est continuellement éloigné des populations. Trop marqué politiquement, préoccupé par les seuls intérêts du clan, soucieux de conserver le pouvoir à tour prix, les différentes équipes n’ont nullement contribué à inventer le futur. Héritier de cette tradition, Julien Nkoghé Békalé n’a pas pu y déroger. S’il veut prendre date, il doit changer sa compréhension des responsabilités publiques. Surtout, il doit se muer en héraut de l’application de la loi. Comment défendre l’ordre institutionnel quand des textes législatifs ou réglementaires contredisent la Constitution ? Quelle place pour le gouvernement quand des arrangements juridico-institutionnels peuvent être consignés dans des décrets ? Faut-il s’en accommoder ou s’en remettre aux juges administratif et constitutionnel ? Au-delà des débats théoriques, ces questions renvoient à deux éléments constitutifs de l’Etat de droit : le respect de la hiérarchie des normes et la séparation des pouvoirs. Or, sans Etat de droit, point de bonne gouvernance. Sans bonne gouvernance, point de résultats.

 
 

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