Secrétaire générale du ministère des Travaux publics depuis le 13 juin 2019, Aurélie Ntoutoume Obame a été interpellée par la Direction générale des recherches (DGR). Si, selon le quotidien L’Union, le fait s’inscrit dans la croisade anticorruption en cours, l’hebdomadaire Echos du Nord fait état de ses passe-droits. Gabonreview complète l’enquête sur certaines entourloupettes de la belle dame qui, telle une anguille, glissait jusqu’ici entre les doigts de l’appareil judiciaire.

Aurélie Ntoutoume lors de sa prise de fonctions au ministère des TP. © D.R.

 

Aurélie Ntoutoume Obame, la secrétaire générale du ministère de l’Équipement, des infrastructures et des travaux publics, a été interpellée par la Direction générale des recherches (DGR). Nommée lors du Conseil des ministres du 13 juin 2019, elle est, selon le quotidien L’Union, rattrapée par la croisade anticorruption dite Opération scorpion. Épinglée dès octobre dernier par la bloggeuse Anne-Marie Dworaczek-Bendome, elle se retrouve également ce lundi 13 janvier dans les colonnes de l’hebdomadaire Echos du nord, qui dévoile ses passe-droits depuis les années 2010, indiquant pour cette parente du Premier ministre, Julien Nkoghé Békalé, la culpabilité présumée pour «concussion et détournement de deniers publics».

2,900 milliards de francs CFA sur l’achèvement du “Bunker” de l’UOB

Aurélie Ntoutoume Obame (à g.) lors d’une visite de chantier avec son ministre déjà en détention préventive. © D.R.

Des passe-droits, Aurélie Ntoutoume semble en avoir toujours usé et abusé. On note qu’en mai 2019, alors que le Procureur de la République près le tribunal de première instance de Libreville émet un Soit-Transmis en vue son interpellation, garde à vue et déferrement pour «abus de confiance aggravé», la dame n’obtempère pas.  Interpellée, le 1er juin, par la Police des airs et des frontières (PAF) alors qu’elle rentre d’un voyage, elle est libérée de suite par Olivier N’Zahou, alors procureur de la République. Celui-ci la conduit directement chez Julien Nkoghé Békalé. Ne serait-ce pas à dire que le Premier ministre avait alors commis un délit d’interférence dans le travail des policiers et magistrats ? Karl Pedraza (voir plus bas) a dû s’en mordre les doigts.

À la suite d’Echos du Nord, on devrait s’interroger sur la propension du Premier ministre à servir de sauf-conduit à Aurélie Ntoutoume. Notamment lorsqu’il entreprend de détruire le fameux “Bunker” de l’Université Omar Bongo (UOB). Des sources concordantes indiquent que, dans la première moitié du premier septennat d’Ali Bongo, «un peu plus de 2,900 milliards de francs CFA» ont été décaissés pour l’achèvement du chantier d’amphithéâtre devenu le “Bunker“. Le marché, de gré à gré, avait échu à N.Design, une société d’architecture intérieure appartenant à Aurélie Ntoutoume.

En dehors du désherbage, rien n’est sorti de terre. Pourtant, notent nos confrères d’Echos du Nord, «les travaux (fictifs) avaient été réceptionnés»… par Simplice Mouango Bounguendza soulignent d’autres sources. En octobre dernier, dans la foulée d’une série d’écrits de Dworaczek-Bendome dénonçant dame Ntoutoume, Julien Nkoghé Békalé visite le “Bunker” le 14 octobre pour le faire détruire le 26 du même mois. La démolition qui avait pour mobile officiel la fin du banditisme à l’UOB, cachait une autre ambition : garder secret le «banditisme financier» orchestré par la parente du Premier ministre. Plus jamais, on ne pourra évaluer l’utilisation des 2,9 milliards.

La Société gabonaise d’assainissement – travaux publics (SGATP), une autre entreprise appartenant à Aurélie Ntoutoume, se sera également fait remarquer. D’abord, avec les monstrueux dos-d’âne de l’UOB : 75 millions de francs CFA pour 5 monticules de bitume bâclés. Ensuite, pour avoir perçu 200 millions de francs CFA pour l’aménagement d’aires de jeu au Lycée Jean Arsène Bouguendza de Lastourville. «Sur papier le travail a été accompli et le Trésor public a payé la totalité du marché. Dans la réalité, rien n’a jamais été entrepris», indiquent certaines indiscrétions.

Fourberie immobilière et chèques sans provision

Dans un tout autre registre n’en déclinant pas moins sa moralité, Aurélie Ntoutoume sera aux prises avec un ressortissant français nommé Karl Pedraza au sujet de la villa SCI Lorenzo d’une valeur de 830 millions de francs CFA. Dans un dossier dont Gabonreview a pris connaissance, on note qu’en mars 2019 Karl Pedraza avait porté plainte contre Aurélie Ntoutoume pour lui avoir émis trois chèques, émanant de sa société Soft System Sarl. D’un montant total de 75 millions de francs CFA, les trois chèques ne purent être payés : le compte bancaire émetteur était clôturé et sans provision au moment de l’émission.

Au début locatrice payant avec quelques difficultés, elle s’est mise à tourner en bourrique Karl Pedraza, son bailleur, puis le mandataire de celui-ci. Ce qui débouchera sur son interpellation par les agents de la PAF, sus racontée, avant l’intervention du procureur d’alors. Protégée par quelques pontes du pays, Aurélie Ntoutoume avait entrepris de subtiliser à Karl Pedraza sa villa. Elle finit même par s’en déclarer propriétaire, faisant agir ses nombreuses relations pour se retrouve libre de ses faits et gestes sans être inquiétée par la justice. Pire, les actions d’intimidations qu’elle a mené contre Mathieu Coiraton, le représentant de Karl Pedraza, l’ont poussé à renoncer à son mandat.

Poursuivie par le fisc pour près de 70 millions de francs CFA

L’examen de la situation fiscale d’Aurélie Ntoutoume via sa société N.Design spécialisée dans l’architecture d’intérieur et mise en sommeil en octobre 2016, a fait apparaître une redevabilité des impôts et taxes d’une valeur de 69,9 millions de francs CFA. En application du Code général des impôts, elle devait s’en acquitter, mais certaines indiscrétions en doutent. En outre, nombreux sont ceux qui soutiennent qu’à travers trois sociétés (SGATP créé en avril 2010 et mise en sommeil en décembre 2017, N.Design créé en mai 2000 et mise en sommeil en novembre 2016 et Soft system créé en avril 2010 et toujours en activité), Aurélie Ntoutoume s’est illustrée par «une vaste opération de détournement d’argent public». Ils espèrent que la parente du Premier ministre interpellée par la DGR, réponde de ses actes. Va-t-on faire mentir Ali Bongo ? Le 6 janvier dernier face aux corps diplomatique accrédité au Gabon venu lui présenter les vœux, le chef de l’Etat invoquait le «respect scrupuleux de la loi par tous», indiquant qu’«au Gabon, nul n’est au-dessus de la loi».

 
 

5 Commentaires

  1. Mezzah dit :

    Je serais tenté de dire bravo ! mais combien sont-ils dehors?
    Que la presse sorte tous les dossiers.

  2. Gayo dit :

    Ça se passe ainsi depuis que les Bongo sont au pouvoir. Les institutions étant inféodées au individus qui n’ont peur de rien, car leur pdg a le pouvoir éternellement. Et on dit que les gabonais n’entreprennent pas. Ils entreprennent, il faut être ministre ou directeur quelque part et tu t’octroie toi-même les marchés que tu surfactures et ne réalise pas. C’est au gabonais lamnda que vous reprochez de pas faire le business alors que les marchés sont pour ceux qui tiennent le pouvoir. Même Ali c’est comme ça qu’il a eu la plus grande fortune du pays avec 600 milliards.

  3. Mintsa M'Engone dit :

    Est-ce-qu’il y a assez de places a SANS-FAMILLE pour toutes ces demoiselles et jolis messieurs qui se moquent de nous nuit et jours dans leurs chambres et leurs gros véhicules 4×4 aux vitres noires ?
    AU dessus de tous ceux-la et celles-la, que fait-on du vrai chef de gang ?

  4. FINE BOUCHE dit :

    Le quelque % de la population la plus riche de Libreville, l’est de cette façon. C’est ainsi qu’une simili république s’érige en pouvoir.
    Et ceci est l’arbre qui cache la forêt ou la partie imergée de l’iceberg ou encore……etc

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