Cumulé au non-respect du Code de procédure pénale, l’immixtion de la direction générale de la Contre-ingérence et de la sécurité militaire (DGCISM) signale des pratiques incompatibles avec les principes démocratiques et fondamentaux de la justice.

Député siégeant, Arsène Edouard Nkoghé a été convoqué. Au mépris de son immunité parlementaire, il a été auditionné. Or, de par son statut, il jouit de protections spécifiques, consacrées par les textes. © Facebook

 

La déconstruction de l’Association des jeunes émergents volontaires (Ajev) se poursuit. Après l’administration et la baronnie politique léguées par Omar Bongo Ondimba en 2009, après les réseaux hérités du défunt Mouvement commun pour le développement (MCD) en 2010, après les proches de Maixent Accrombessi en 2017, une purge est en cours au sein de l’appareil d’Etat. Touchant essentiellement les proches de Brice Laccruche-Alihanga, elle a déjà fait de nombreuses victimes. Parmi les plus emblématiques, on compte Renaud Allogho Akoué, Ismaël Ondias Souna, Herman Nzoundou Bignoumba, Christian Patrichi Tanasa Mbadinga, Ike Ngouoni Aïla Oyouomi et Arsène Edouard Nkoghé. Il y a un peu plus de deux ans, l’opération Mamba avait mis en lumière de nombreuses curiosités : sans transition et souvent à l’issue d’expéditives auditions, de nombreuses personnalités étaient passées du gouvernement à Sans famille, le tristement célèbre pénitencier de Libreville.

Justice ou vengeance ?

Depuis quelques jours, des interpellations, gardes à vue ou auditions confirment la particularité du régime : un goût immodéré pour des pratiques peu orthodoxes, à mille lieues des principes démocratiques et mettant en scène la direction générale des Recherches (DGR) ou la direction générale de la Contre-ingérence et de la sécurité militaire (DGCISM). Loin de favoriser la moralisation de la vie publique, ces méthodes ouvrent plutôt la voie à l’opacité et à l’arbitraire. Loin de contribuer à la manifestation de la vérité, elles tendent à gêner le travail de la justice. Entre vices de forme, dénis de droit et abus de pouvoir, les procédures en cours pourraient très vite se retourner contre l’accusation. Autrement dit, en raison du non-respect des règles, les juges pourraient être contraints de tout invalider voire de prononcer des relaxes.

Sauf à accréditer l’idée d’un règlement de comptes aux relents politiciens, certains agissements se justifient difficilement. Certes, en république comme en démocratie, chacun doit répondre de ses actes. Certes, l’opération Scorpion est réputée avoir été ouverte par le procureur de la République. Certes, les agents de la DGR jouissent du statut d’officier de police judiciaire. N’empêche, il y aura toujours un océan entre justice et vengeance. Ne tolérant ni démonstrations de force, ni chasses à courre, la justice n’a pas seulement pour objectif de sanctionner les comportements interdits. Elle a aussi pour but de garantir la protection des citoyens et de leurs droits. Mais, cette fonction ne peut être effective quand des personnels non habilités, des militaires en l’occurrence, sont chargés de conduire les procédures. Même si la DGCISM a aussi une mission d’ordre économique, son action s’applique essentiellement à la défense nationale ou aux secteurs connexes. Quand bien même ses cadres peuvent avoir le statut d’officier de police judiciaire militaire, leur immixtion dans les procédures en cours n’est ni légale ni légitime. Elle contrevient aux principes démocratiques et aux fondamentaux de la justice.

Au mépris de l’immunité parlementaire

Pour le triomphe de la justice, deux préalables s’imposent : la mise à l’écart de la DGCISM et le respect du Code de procédure pénale. Comme le laisse entendre le Collectif des avocats des anciens responsables de l’administration publique et parapublique, les droits des prévenus n’ont pas toujours été respectés. Pêle-mêle, on parle de perquisitions ou auditions nocturnes et autres pratiques incompatibles avec l’Etat de droit. Ancien porte-parole du président de la République, Ike Ngouoni Aïla Oyouomi aurait eu droit à un traitement particulier, pas très éloigné du supplice de la goutte. Député siégeant, Arsène Edouard Nkoghé a été convoqué. Au mépris de son immunité parlementaire, il a été auditionné. Or, de par son statut, il jouit de protections spécifiques, consacrées par les textes. Dès lors, on peut se demander quelle idée les donneurs d’ordre se font-ils des institutions de la République. Quel respect accordent-ils aux élus du peuple, dépositaires du suffrage universel et délégataires de la souveraineté populaire ?

Pourtant, convoqué à la DGR en octobre 2017, le 6è vice-président du Sénat ne s’y était pas rendu. Jean-Christophe Owono-Nguéma s’était alors abrité derrière son statut, obligeant la gendarmerie à faire machine arrière et à laisser un peu de sa crédibilité. Arsène Edouard Nkoghé aurait-il dû s’en inspirer ? Aurait-il gagné à s’y rendre accompagné de l’ensemble de son groupe parlementaire ? Aurait-il mieux fait de s’en ouvrir au président de l’Assemblée nationale ? En tout cas, son audition constitue une grave atteinte à l’honorabilité de notre Parlement, une entorse à la séparation des pouvoirs, une menace de plus pour l’Etat de droit.

 
 

3 Commentaires

  1. Diogène dit :

    Tout cet article repose sur un malentendu : les acteurs et les victimes ne sont ni des républicains, ni des démocrates. Ayant usurpé leurs fonctions, ayant piétiné le droit, les codes, ayant humilié ceux qu’ils étaient sensés servir, ayant collaboré à la destruction d’un état de droit à peine naissant, ayant profité de privilèges hors normes, ayant abusé de leur pouvoir jusqu’à l’extrême, ayant fait de l’injustice leur compagnon de route, ayant abdiqué leur devoir d’humains, toutes ces personnes se jouent de nous depuis le début. Je me répète à dessein, les bourreaux comme les victimes.
    Même si certains prévenus auront des moments difficiles à passer, aucun d’entre eux, le passé en témoigne, ne remboursera sa dette à la hauteur de ses delits ou crimes présumés.
    Les procédures bafouées garantissent l’impunité, à plus ou moins long terme.

    La liste des indélicats du Bongoland (et de bien d’autres pays) est longue comme un jour sans manioc.
    Ils se promènent à LBV, Paris, New York ou Genève, pavoisant la misère des populations à la boutonnière.

  2. Serge Makaya dit :

    Nous sommes dans une république qualifiée de bananière, et que la France et le Maroc voudraient garder ainsi pour leurs propres intérêts. Si vous n’avez pas encore compris cela, c’est que vous allez demeurer aveugles pour longtemps encore. Ouvrez les yeux.

  3. Jun dit :

    Monsieur le journaliste votre analyse semble être pertinente.
    Or,ce monsieur n’était pas parlementaire aux moments des faits, il peut donc répondre desi actes posés par lui avant sa prise de fonctions à l’assemblée car c’est son suppléant qui était protège à l’époque. Lui ça fait quelques mois il est devenu député ( il siège) donc….

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