La Cour s’est prononcée sur le cas de trois hommes de Dieu de l’église de réveil «Tabernacle de la montagne de la foi», à Oyem. Perpétuité pour deux et 20 ans de réclusion criminelle pour l’autre. Ils sont accusés d’avoir assassiné à des fins «fétichistes» une fidèle de 19 ans, en décembre 2015 à Oyem.

Une jeune fidèle de 19 ans a été assassinée à Oyem (image d’illustration). © Agence QMI

 

Agée de 19 ans et élève en classe de terminale dans un établissement scolaire d’Oyem, Laureska Maroundou Maganga était, selon les fidèles, un chantre très apprécié de l’église. Une église de réveil en construction, «Tabernacle de la montagne de la foi», où elle a été vue pour la dernière fois, un soir de début décembre 2015 vers 19h, lors des répétions des chantres. Tout commence donc ce soir-là.

Le pasteur principal de cette église, un sujet nigérian aux identités variantes, tantôt Chukwu Eméka, tantôt Georges Arugu, ou encore Georges Chukwu Eméka Arugu dit Elie pour les fidèles, soutenu par son adjoint de nationalité camerounaise Jude Sah et du responsable des chantres, Basile Mundie, tous en situation irrégulière au Gabon, auraient ce soir-là décidé de «supprimer la vie de la jeune fille».

La jeune fille n’a jamais regagné le domicile familial, après cette séance de chants. Inquiets de l’absence de leur fille, les parents entreprennent des recherches mais en vain. Se tournant vers les hommes de Dieu, ceux-ci leur rassurent que leur fille est «dans les mains d’un groupe d’amis et qu’à son retour, il faut tout simplement lui servir à manger».

Plus tard, le corps sans vie d’une jeune fille ligoté et dénudé est retrouvé dans une broussaille du quartier Grandes Endémies, dans le 2e arrondissement d’Oyem. C’était le 4 décembre 2015. Informée, la Police judiciaire (PJ) se rend sur les lieux et découvre la victime près d’un champ de manioc, avec des brûlures aux jambes et à l’œil droit. Dans sa bouche, un tissu violet assez enfui auquel était amarré un autre tissu noir. A côté d’elle, ses ballerines blanches.

La PJ engage des investigations et découvre que la victime était chantre à «Tabernacle de la montagne de la foi» où elle a été vue pour la dernière fois. Elle interpelle alors le trio «ecclésiastique» pour le besoin de l’enquête. Si Basile Mundie reconnaît les faits, le pasteur Elie et son adjoint Jude Sah nient toute responsabilité dans la mort du chantre Laureska Maroundou. Les trois seront tout de même placés sous mandat de dépôt et leur dossier aboutira à la Cour criminelle.

Des révélations inouïes

A la barre, le 18 janvier, lors de la session criminelle 2019, Basile Mundie reviens sur ses aveux et nie les faits comme ses deux compères. Pour la manifestation de la vérité, le procureur général Eddy Minang, le président de séance Alain Roch Ndanga et les membres de la Cour vont interroger une vingtaine de témoins qui feront des révélations insoutenables. La broussaille dans laquelle a été retrouvé le corps de Laureska Maroundou Maganga était non loin du site de construction de l’église et à proximité de l’endroit où Georges Chukwu Eméka Arugu s’était retiré pour une retraite spirituelle. Les témoins soutiennent aussi qu’il s’agissait du 2e fait similaire, dans les mêmes circonstances.

Pour le procureur, Laureska Maroundou Maganga a été sacrifiée «à des fins fétichistes pour faire prospérer l’église et y attirer de nombreux sacrifices». «Elle brillait, elle avait un don», assurent ceux qui l’ont connue. «Ils ont eu recours à ce sacrifice afin d’opérer plus tard des miracles dans cette église et gagner des cœurs», a martelé Eddy Minang qui s’est désolé de la mission dévoyée de l’église par certains hommes de Dieu. Ces hommes «préfèrent surfer sur la misère de leurs ouilles, sur la pauvreté et la souffrance. Des actes aux antipodes des Saintes écritures», a-t-il regretté.

Au terme du réquisitoire, le jury a reconnu les trois accusés coupables sans circonstance atténuante. Les deux avocats du trio, Naomi Avomo Assa et Grâce Amy Eyang Nguéma, ont tenté d’empêcher cette condamnation en invoquant le «bénéfice du doute», dans la mesure où «aucun élément de l’enquête ne montre qu’ils sont à l’origine du crime dont ils sont accusés». Toutefois, la Cour a maintenu sa position. Georges Chukwu Eméka Arugu et Jude Sah ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité tandis que Basile Mundie a écopé de 20 ans de réclusion criminelle.

 
 

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