Le mois d’octobre s’achève. On a oublié qu’un 17 octobre, il y a 51 ans à Mexico, la lutte contre la ségrégation raciale s’invitait aux jeux olympiques. Deux coureurs afro-américains sur le podium, têtes baissées et poings levés gantés de noir, exprimaient leur protestation. Devant eux, un blanc immobile finalement traité en paria. C’était Peter Norman. Il n’avait pas levé le bras, mais il est sans doute le plus grand héros de ce fameux soir d’été 1968. Sa solidarité et complicité avec les deux noirs est méconnue de biens de gens.

Dans le Musée national d’histoire et de culture afro-américaines du Smithsonian Institute, on trouve une statue représentant les athlètes américains Tommie Smith (au centre) et John Carlos (à droite) alors qu’ils levaient le poing ganté lors de la cérémonie de remise des médailles aux Jeux olympiques d’été de 1968. © Jahi Chikwendiu/The Washington Post/Getty Images

 

Après avoir couru le 200 mètres aux jeux olympiques de Mexico en 1968, Peter Norman, un australien, occupait la deuxième marche du podium, derrière Tommie Smith mais devant John Carlos. Les deux afro-américains avaient, ce jour-là, décidé de marquer leur protestation contre la ségrégation raciale. A la remise des médailles sur le podium, Smith et Carlos, baissant leurs têtes et levant leurs poings gantés de noir, exprimaient leur indignation alors que s’exécutait l’hymne national des Etats-Unis. Ils arboraient également, sur la poitrine, le badge du Projet olympique pour les Droits de l’Homme, un mouvement d’athlètes engagés pour l’égalité des hommes tandis que le poing levé, ceint de noir, était le symbole de ralliement du Black Panther Party, l’une des formations noires américaines les plus actives et radicales du mouvement des droits civiques aux USA. La foule qui bourdonnait, s’était soudainement tue.

Peter Norman, celui qui n’avait pas levé le poing. © griotmag.com

Les deux coureurs ont été immédiatement bannis de la discipline et expulsés du village olympique. De retour aux États-Unis, ils ont connu de nombreux problèmes, essuyé plusieurs menaces de mort et arrêté leur carrière. Ce n’est qu’en 2005 que leur geste a été immortalisé avec l’établissement d’une statue de sept mètres de haut. On les y distingue clairement alors que la marche qu’occupait Peter Norman est vide. Sur le podium, cet australien était pour ainsi dire, rester immobile. Mais bien plus tard, on découvrira qu’il a peut-être été «le plus grand héros de ce fameux soir d’été 1968».

Norman l’homme invisible ?

Norman était d’un pays où le racisme et la ségrégation étaient extrêmement violents. Bien que blanc, c’était un coureur inconnu qui avait livré la course de sa vie. Mais, il avait surtout partagé le combat de Smith et Carlos. «Je m’attendais à voir de la peur dans les yeux de Norman. Mais à la place, nous y avons vu de l’amour», racontera plus tard Carlos en assurant que l’australien croyait aux droits humains. N’ayant qu’une seule paire de gant, lui et Smith devaient renoncer à ce port qui donnera plus de force à leur geste. Mais Norman leur conseillera de porter un gant chacun.

Pour sa part, il épinglera contre son cœur le fameux badge. Il confiera quelques années plus tard : «Je ne voyais pas ce qui se passait, (mais) je savais (Carlos et Smith) avaient mené à bien leurs plans Lorsqu’une voix qui chantait l’hymne américain dans la foule s’est éteinte. Le stade s’est calmé

Cette protestation silencieuse avait raisonné de façon assourdissante dans son pays qui avait des lois d’apartheid extrêmement strictes. Sa carrière pourtant prometteuse, fut brisée. Il ne sera pas sélectionné pour représenter l’Australie aux JO de 1972 et ne sera pas invité aux JO qui se dérouleront dans son pays en 2000. Il a été traité comme un paria et renié par sa famille d’autant plus qu’en Australie assure-t-on, «le conservatisme et la suprématie raciale avaient la peau dure». Il s’était remis à courir au niveau amateur, mais profondément découragé, il avait abandonné les compétitions athlétiques. «Il a travaillé un temps dans une boucherie, puis en tant que simple prof de gym», raconte l’écrivain italien Riccardo Gazzaniga. Selon lui, Norman aura par la suite une blessure mal soignée et finira ses jours rongés par la gangrène, la dépression et l’alcoolisme. Mais c’était son choix…

En effet, il a souvent eu l’occasion de condamner publiquement le geste de Carlos et Smith pour sauver sa carrière mais fidèle à ses convictions, il n’a pas faibli, se refusant de trahir les deux américains. Il est mort en 2006 après avoir enduré 38 ans de déconsidération. «Son absence semble être l’épitaphe d’un héros que personne n’avait remarqué, et que l’histoire n’aura malheureusement pas retenu», a écrit Riccardo Gazzaniga en sa mémoire.

 
 

2 Commentaires

  1. ndong dit :

    Un très bel exemple pour les générations futures à ne jamais avoir peur de leurs convictions et se battre pour l’égalité et la paix !!!

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