À l’occasion des journées médicales organisées à El Rapha en hommage à Édith Lucie Bongo sur le thème “Gynécologie et procréation médicalement assistée”, Gabonreview a donné la parole au Pr Jean François Meye. Professeur de gynécologie obstétrique, médecin à la Fondation Jeanne Ebori et doyen de la Faculté de médecine, ce dernier apporte un éclairage sur la procréation médicalement assistée au Gabon.

Pr Jean François Meye, le 14 mars à El Rapha. © Gabonreview

 

Des conférenciers, le 14 mars 2019. © El Rapha

Gabonreview : Vous avez abordé au cours de ces journées médicales un sujet considéré un peu comme tabou dans nos sociétés: la procréation médicalement assistée. Qu’est-ce que c’est ?

Pr Jean François Meye : Procréer signifie faire des enfants. Médicalement assisté, c’est soutenu ou aider par des moyens médicaux. C’est pourquoi on dit procréation médicalement assistée. Mais, cela concerne les couples, j’insiste bien sur la notion de couple. Le couple infertile qui n’arrive pas à faire des enfants de façon spontanée a besoin d’un accompagnement médical pour pouvoir procréer.

Le Gabon a-t-il les compétences pour aider ces couples en souffrance ?

Je pense bien que le Gabon a des compétences. Il y a plusieurs niveaux de prise en charge. Mais, le niveau courant, c’est la prise en charge de différents types d’infertilité par la plupart de gynécologues, urologues, biologistes voire des radiologues. Cependant, tout dépend de la cause de l’infertilité et des moyens à mettre en œuvre pour le traitement. Dans le cadre de la procréation médicalement assistée aujourd’hui, nous avons quelques expériences de la Fécondation in vitro (FIV) au niveau des cliniques. Nous avons la chance que la Fondation Jeanne Ebori abrite un laboratoire, mais qui n’est pas encore fonctionnel. Il le sera peut-être dans quelques mois, puisque moi-même j’y travaille. Nous sommes en train de tout faire pour pouvoir ouvrir ce laboratoire afin de pouvoir assurer la procréation médicalement assistée dans toutes ses composantes à Libreville.

En dehors de la FIV, y a-t-il d’autres possibilités qui s’offrent aux patients ? On parle par exemple de plus en plus de la Gestation pour autrui (GPA)…

Quand on parle de la procréation médicalement assistée, il y a des aspects qui ne sont pas très lourds que nous faisons au quotidien ici. Notamment, la fécondation in vitro. La gestation pour autrui est une autre forme de fécondation in vitro, mais qui ne va pas forcément concerner le couple. On va prendre une femme qui va porter une grossesse à la place d’une autre. Ceci ne rentre pas franchement dans la prise en charge courante de la procréation médicalement assistée. Et, c’est un aspect qui est très problématique que pour l’instant, nous le faisons peut-être de façon traditionnelle chez nous. Mais, en sachant qu’aujourd’hui, il est souvent difficile de mettre cela en pratique compte tenu du fait qu’une femme qui a porté sa grossesse aura du mal à abandonner son enfant. Dans les pays européens, ça nécessite des contrats secrets qui sont très bien rémunérés et c’est pour cela que les gens le font. Malheureusement, il y a des inconvénients parce que, parfois, la femme qui a porté la grossesse sera attachée à l’enfant et ça posera problème.

L’assistance, lors de la conférence. © El Rapha

A quel âge peut-on envisagé la FIV ?

Dans les conditions normales, la femme à plus de chances de faire un enfant autour de 25 ans. En termes de probabilité, ce sera 25% par cycle. Maintenant, au-delà de 25 ans, la probabilité chez une femme pour faire un enfant, baisse progressivement pour arriver à 1% de chance à 40 ans pour faire un enfant. Généralement à 40 ans, très peu de femmes vont faire un enfant. Les hommes aussi c’est pareil. Donc, un couple qui veut faire un enfant, c’est bien de le faire plus tôt. C’est vrai qu’il y a d’abord l’école, etc. mais il faut savoir que plus vous avancez en âge, moins vous avez la chance de faire facilement un enfant. Et ça devient d’autant plus compliqué quand on est au-delà de 35 ans.

Il convient de préciser que l’infertilité est un problème de santé publique au Gabon. Dans nos consultations de gynécologie, une femme sur trois vient pour des problèmes d’infertilité. Malheureusement, la grosse difficulté que nous avons c’est que nous ne recevons le plus souvent que des femmes qui ont la quarantaine. Elles se savaient infertiles mais comme elles n’avaient pas de moyens, elles n’arrivaient pas à venir se prendre en charge. Lorsqu’elles commencent à avoir les moyens, l’âge les rattrape et ça devient plus compliqué.

L’assistance, lors de la conférence. © El Rapha

Quel est le coût de la FIV au Gabon ?

Il est difficile de le dire. La fécondation in vitro se fait de façon éparse dans quelques cliniques. Et au niveau de ces cliniques, tout dépend des moyens mobilisés en fonction de la cause de l’infertilité. Moi je travaille pour l’instant avec des amis qui ont un laboratoire hors du Gabon. Globalement, on peut se retrouver avec un forfait de 3.000.000 de francs CFA. C’est juste un forfait en sachant que parfois c’est un peu plus, parfois c’est un peu moins.

Commercialement, le Gabon est-il un potentiel grand marché pour la PMA ?

Nous savons qu’il y a beaucoup de femmes qui vont au Ghana et un peu partout, mais nous savons que c’est un problème important chez nous. Un problème médical important, nécessite d’avoir des moyens médicaux pour pouvoir le résoudre. C’est pour cela que l’Etat gabonais est en train de mettre en place un laboratoire qui est déjà construit, qui est déjà là, qui est déjà équipé mais qui nécessite quelques réglages. Ça veut dire que l’Etat a pris conscience de ce problème et offre un plateau technique pour qu’on puisse prendre en charge ces femmes.

L’assurance maladie prend-elle en charge la procréation médicalement assistée ?

Ça c’est un autre problème. Une chose est de combien ça coûte, une autre est qui supporte. Aujourd’hui, l’assurance maladie, toutes les assurances d’ailleurs ne se sentent pas concernées lorsqu’il s’agit de l’infertilité ou des problèmes de prévention. Donc, ce sont des discussions qu’il faudra ouvrir avec les instances habilités pour mettre un cadre légal approprié pour ce type de prise en charge. Ce qui est certain, ce ne sont pas toutes les femmes et toutes les situations qui seront prises en charge.

Quelle est la réglementation en vigueur au Gabon en la matière ?

Pour l’instant il n’y a pas encore de cadre juridique sur la procréation médicalement assistée. Il faut qu’on y pense pour pouvoir le mettre en place.

Propos recueillis par Alix-Ida Mussavu

 
 

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