Six mois après la tentative de soulèvement manquée du 7 janvier, ses auteurs, les 10 prisonniers (neuf militaires et un civil), sont toujours détenus à la prison Sans Famille. Isolés dans des cellules séparées du reste de la prison, sans possibilité de voir leurs proches, ils restent en attente de leur jugement.

Image à titre purement illustratif (Ici, le Slavery Memorial à Stone Town, Zanzibar). © Gabonreview/Shutterstock

 

Depuis le 7 février, l’instruction est ouverte dans l’affaire du coup de force manqué du 7 janvier. Aucune audience n’a encore eu lieu.  Les neuf militaires sont toujours gardés à la prison centrale de Libreville pour avoir été en lien avec l’appel au soulèvement du 7 janvier. Il s’agit des membres de la Garde Républicaine (GR) et de la Gendarmerie nationale : le Lieutenant Kelly Ondo Obiang, l’Adjudant Dimitri Wilfried Nze Minko, l’Adjudant Estimé Bidima Manongo, le Sergent-chef Alain Abdel Ango, l’Adjudant Paul Sadibi Ibinga, le Maréchal de logis chef major Armelle Ulrich Afana Ango, le Maréchal de logis chef Bell Mfoumbi Wora, le Maréchal de logis chef Guy Roger Mintsa et le Maréchal de logis chef Gille Yoka.

Le civil, Ballack Obame, est soupçonné de «complicité d’atteinte à la sûreté de l’Etat» alors qu’il s’était rendu à la Radiotélévision Gabonaise (RTG) au début du coup de force manqué, tout en prenant des photos des militaires débutant leur soulèvement. «Il n’y a rien dans le dossier, qui justifie qu’il ait eu une soit disant entente, soit préalable, soit postérieure avec l’équipe de militaires», avait déclaré sur RFI fin mai l’un de ses avocats, Me Anges Kevin Nzigou.

Ballack Obame, militant de l’Union nationale et qui a longtemps été leader des contestations estudiantines à l’Université Omar Bongo (UOB), a été arrêté le 21 janvier avec trois autres camarades, emmené au B2 avec les militaires, puis déferré à la prison le 7 février.

Le 13 juin, tous ces prisonniers ont été momentanément sortis de prison pour se rendre à la RTG en présence du procureur, des avocats et du juge d’instruction dans le cadre d’une reconstitution du coup de force. Le but de l’exercice était de connaître comment chacun des prévenus avait procédé le 7 janvier.

Privés de visites et dans des “conditions inhumaines”

Les dix détenus sont isolés depuis six mois dans trois cellules, prévues à l’origine pour une personne chacune. Ils sont privés de visites de leurs proches, a appris Gabonreview de sources concordantes. La loi gabonaise ne prévoit pourtant pas une telle durée d’isolement. L’article 100 du Code de procédure pénale indique en effet que le juge d’instruction peut, «pour des nécessités de l’information», interdire au détenu de communiquer pour une durée de 10 jours renouvelable une fois.

Me Irene Mezui, deuxième avocat de Ballack Obame, avait détaillé dans une conférence de presse fin mai les «conditions pires que celles d’un animal» dans lesquelles son client est enfermé avec trois autres détenus. Dans «ce cachot insalubre, il cohabite avec serpents, cafards et moustiques. En dehors de la porte en fer fermée en permanence, il n’existe aucune autre ouverture pouvant lui apporter de l’air», avait déclaré Me Mezui, précisant que son client n’est vêtu que d’un caleçon, fait face à une chaleur suffocante, et ne reçoit qu’une ration quotidienne de pain avec de la sardine en conserve ou du poulet.

Une demande de liberté provisoire a été déposée par la défense, le 28 mai, pour Ballack Obame. Me François Meye, l’avocat du leader du mouvement, Kelly Ondo, avait emboîté le pas à Me Mezui dans les médias, dénonçant sur RFI les «conditions inhumaines» dans lesquelles son client est gardé. «Il ne voit la lumière du jour que subrepticement quand les matons viennent lui donner à manger, c’est-à-dire une fois toutes les 24 heures. Nous voulons que notre client soit toujours en sérénité pour que l’instruction se poursuive», expliquait l’avocat sur la radio internationale.

Me Mezui avait également dénoncé des mauvais traitements – dont des brûlures à l’eau chaude – sur Kelly Ondo lors de sa garde-à-vue à son arrivée au service de contre ingérence du B2, dans lequel il a passé un mois entre le 7 janvier et le 7 février. L’avocat a demandé la levée de l’isolement de son client, parlant de l’isolement comme étant une «torture psychologique».

 
 

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