Consulter un psychologue en Afrique, s’apparente encore pour beaucoup, à être atteint de troubles psychiatriques. Il n’est donc pas question d’aller en consultation. Le tabou est tel que le voile autour de ce métier nourrit la souffrance des patients et empêche le psychologue de bien exercer son métier. Au Gabon, les psychologues sont en quête de reconnaissance mais le coût élevé de leurs prestations découragent ceux qui s’en approchent.

Une patiente en consultation, allongée sur un divan (illustration). © D.R.

 

Solitude, chômage, perte d’un être cher, traumatisme, peine de cœur, sont autant de facteurs qui peuvent amener à consulter un psychologue. La vocation de ce dernier est d’accompagner le patient dans un processus de rééquilibre émotionnel. Mais, entre honte et mépris du métier du psychologue, beaucoup n’osent pas le rencontrer. «Peu de personnes viennent consulter un psychologue. Pourtant, il y a des fléaux dans notre société qui nous montrent que la santé mentale des populations, du moins de certaines personnes, est très affectée», a déclaré Francine Mambana Massounga, psychologue clinicienne.

Fort de ce constat, le Samu social gabonais a récemment organisé une campagne pour la promotion du métier du psychologue et la prise en charge des patients. Contrairement aux autres caravanes médicales, elle n’a pas connue de succès tant le Gabonais croit qu’il faut être atteint de troubles de folie pour consulter un psychologue.

Au-delà du tabou, le coût des prestations

Francine Mambana estime que cette difficulté est liée au manque d’information et de mesures d’accompagnement, pour permettre aux psychologues de bien faire leur travail. «On peut avoir des patients qui viennent mais qui ne sont pas partis de chez eux pour voir un psychologue», a-t-elle expliqué. «Ils viennent parce que le médecin a remarqué des incohérences dans leurs discours, ou que leurs plaintes n’ont rien à voir avec le côté médical», a-t-elle poursuivi, indiquant que tous les médecins ne réfèrent pas les patients en psychologie même quand c’est nécessaire. Qu’à cela ne tienne, a-t-elle souligné, «quand le patient vient, il est étonné. Il se dit, moi je ne suis pas fou, je fais quoi là ?». «Donc parfois ils mettent des barrières dans le travail qu’on veut bien faire. Souvent, ils ne reviennent pas, on les perd comme ça et ils continuent dans leur souffrance».

La psychologue note également que certains patients se plaignent des coûts des prestations des psychologues. Ils sont jugés trop chers. Ce qui, au-delà du tabou, ne favorise pas le contact avec les praticiens. «Les soins en psychologie peuvent coûter plus chers que les autres». «Quand le suivi se met en place, s’il faut payer toutes les semaines 20.000 francs CFA en privé pour une consultation psychologique, ce n’est pas toujours à la portée de toutes les bourses. Du coup, les populations sont butées», affirme la psychologue.

Entre consommation abusive des drogues, crimes passionnels et bien plus, les psychologues disent lire la souffrance de plus d’un et estiment qu’ils doivent être mis à contribution pour aider la société à retrouver ses repères. «Le vrai problème auquel nous sommes confrontés c’est le manque de sensibilisation ainsi que le manque de reconnaissance», a plaidé Francine Mambana Massounga.

 
 

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