Si le manque d’intérêt des autorités pour ces pathologies ne se discute pas, la situation des patients de l’unique centre du pays se détériore chaque jour davantage. Phénoménologie sommaire de la folie à l’ère de l’émergence, à la suite de Christian Alex Nkombegnondo, alias Dangher, qui y a effectué une descente le 10 mai dernier.

Un malade mental. © observers.france24.com

Un malade mental. © observers.france24.com

 

Un malade mental a-t-il pour autant perdu toutes ses qualités, ses caractéristiques et toute dignité humaine ? Est-il un sous-homme ? Ne pas s’interroger serait faire preuve de mauvaise foi et d’hypocrisie envers ces hommes et femmes qui n’ont jamais souhaité être à cette place et subir cette humiliation. Ce serait aussi se moquer des compatriotes qui ont choisi d’exercer leur sacerdoce dans ce milieu délicat dépourvu de tout, y compris du strict minimum. Des malades mentaux livrés à eux-mêmes dans des bâtiments délabrés ? Telle est la triste réalité qu’offre le Centre national de santé mentale de Mélen (CNSM). Visité dernièrement par Christian «Dangher» Nkombegnondo, objecteur de conscience membre de la coalition des Gabonais des Etats-Unis, le no man’s land qu’est devenu le plus grand hôpital psychiatrique du Gabon a fini par attirer l’attention de France 24 qui lui a consacré un numéro de son émission participative, les Observateurs.

Images du reportage amateur de Dangher, avec des «fous» couchant à même le sol. © youtube.com

Images du reportage amateur de Dangher, avec des «fous» couchant à même le sol. © youtube.com

«J’ai déambulé dans l’enceinte du centre pendant presqu’une heure, mais je n’ai croisé aucun personnel médical et j’ai vu seulement cinq ou six patients. J’ai discuté avec l’un d’entre eux, qui s’exprimait de façon tout à fait cohérente. Les autres étaient sortis du centre, donc presque toutes les chambres étaient inoccupées. Il n’y avait pas de matelas dans certaines d’entre elles. J’ai aussi vu quelques baguettes de pain sur une table, sans rien d’autre», raconte le membre de la coalition des Gabonais des Etats-Unis.

Ainsi que relayée par le reportage amateur de sieur Nkombegnondo, la situation de cette structure sanitaire ne peut en effet laisser indifférent. Privés de traitements du fait de la grève du personnel, les malades se sentent obligés de chercher consolation et réconfort hors de l’hôpital, notamment dans les artères de la capitale. Sur la centaine de patients seuls cinq se sont résolus à garder le centre et ses 22 pavillons construits depuis plus de 30 ans. Plus de contrôle à l’entrée : on peut y entrer et en sortir le plus librement du monde, comme dans un moulin. Dans la vidéo sus citée, à moitié nu devant le portail, un malade sert de cerbère à l’établissement devant lequel passent des petites écolières habituées à ce spectacle de nudisme inconscient.

Malgré la situation chaotique de ce centre, ses trois psychiatres, ses cinq ou six psychologues, sa trentaine d’infirmiers psychiatriques et ses quelques assistantes sociales, s’y rendent deux fois par semaine. «On s’est mis en grève car la situation était devenue vraiment catastrophique pour les patients. Comme on manquait de tout pour les soigner, on ne faisait plus que du gardiennage. Notre mouvement ne change finalement pas grand-chose pour eux : ils reçoivent toujours à manger, et on continue de venir au centre plusieurs heures par jour, pour ne pas les abandonner totalement. Mais on ne les soigne ni plus ni moins qu’avant, sauf s’il y a des cas vraiment extrêmes», a confié Godefroy Mayombo, psychologue, aux observateurs de France 24, avant de relever que les patients ne sont pas diagnostiqués correctement quand ils sont accueillis. «Lorsqu’ils arrivent, leurs problèmes ne peuvent pas être diagnostiqués correctement car ils sont accueillis par des infirmiers en psychiatrie, et non par des psychiatres. Par ailleurs, on n’a pas d’encéphalogramme, donc on ne peut pas réaliser d’examens neurologiques. Outre les pathologies relevant de la santé mentale, la moitié des patients qui arrivent ici ont également d’autres problèmes de santé. Beaucoup sont atteints du sida par exemple, mais ils ne sont pas forcément détectés, faute d’examens médicaux».

Il existe très peu de textes dans le domaine de la santé mentale. La première loi a été adoptée en 1962, dans un contexte postcolonial. Elle est donc dépassée. Depuis, il n’y a eu aucun texte. Une proposition de loi est cependant à l’étude. Portée par le député Gabriel Malonga, elle entend clarifier le statut des malades ou encore leur prise en charge. Selon l’Organisation mondiale de la santé, moins de 1 % du budget total alloué à la santé est consacré à la santé mentale au Gabon. Lire également «Histoire de la folie à l’âge de l’Emergence».

 
 

2 Commentaires

  1. Bonga Bonga dit :

    Ça fait vraiment pitié. Un pays qui ne compte qu’un petit million 600 âmes et qui laisse une partie de ses enfants errer dans la nature ainsi. Mais à défaut de terminer en taule certains pédémergents finiront dans cet asile psychiatrique.

  2. Makita Pendy Amandine Sonia dit :

    Aujourd’hui je prends l’engagement de défendre les droits de tous les malades mentaux dans mon pays cette situation chaotique ne pas me laisser insensible alors je vais améliorer les conditions de vie de ces personnes errant dans les rues et le cadre de travail du corps médical spécialisé dans la psychologie au niveau du centre psychiatrique et des personnes du troisième âge je ne sais pas comment je vais faire ce que je sais ce que j’y arriverai car mon Dieu est celui qui change les temps et les circonstances.

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