Quelle est la sexualité féminine ? Pourquoi les femmes sont-elles coincées, leurs désirs sont-ils insatisfaits, comblés ? Comment s’autoriser à recevoir sans honte et sans peur ? Loin des stéréotypes, ce sont des problématiques que Frédérique Aya abordera le 30 mars au cours d’un atelier dédié à la gent féminine. Dans cette interview accordée à Gabonreview, la créatrice de «Dress Your Soul and Drink Your Coffe», plante le décor.

Frédérique Aya, la créatrice «Dress Your Soul and Drink Your Coffe». © D.R

 

L’affiche promotionnelle de l’atelier sexualité féminine «une rose qui éclore». © D.R.

Gabonreview : Qui est Frédérique Aya ?

Frédérique Aya : Je suis la créatrice des ateliers Dress Your Soul and Drink Your Coffe. Cela fait 10 ans que j’écoute les couples dans la pastorale chrétienne dans le diocèse de Libreville. Et il y a un thème qui revient souvent, c’est la sexualité, qu’elle soit féminine ou masculine. Il y a un gros tabou autour de la consommation sexuelle dans le couple, chez la femme et chez l’homme. Depuis trois ans, j’accompagne les femmes individuellement et je remarque que la sexualité n’est pas leurs trucs. Il y a un grand vide, un grand manque, une frustration, une méconnaissance de leurs corps, en plus, la sexualité ne se résume pas qu’au simple acte sexuel, mais c’est également érotisé son corps, savoir comment le corps fonctionne.

Vous organisez un événement dédié à la gent féminine. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’un atelier sur la sexualité féminine, baptisé «Une rose qui éclore». La rose qui éclore renvoie à l’appareil génital féminin, mais aussi à la femme elle-même qui pour s’épanouir doit s’ouvrir dans sa sexualité.

Comment définissez-vous la sexualité féminine ?

La sexualité féminine, c’est simplement comment la femme fonctionne avec son corps, comment elle bouge avec son corps. Comment elle fonctionne avec les saisons, comment la femme fonctionne avec son cycle, parce que nous en avons quatre. C’est tout ça qu’il faut apprendre à connaître pour pouvoir s’épanouir dans sa sexualité.

Selon une étude conduite par le Dr Philippe Brenot, une femme sur trois éprouve de la pudeur dans l’intimité sexuelle ! Quelles sont les raisons de cette pudeur ? Pensez-vous pouvoir les aider à soigner cette gêne ?

Soigner oui, mais pas tout de suite, mais déjà leur apprendre à avoir conscience de leurs corps, à réaliser qu’elles sont des femmes et qu’il faut s’en servir. C’est ça la problématique. Si on doit faire la genèse de la femme par exemple, quand elle est mise au monde, la première personne qui va s’en occuper, c’est la sage-femme qui la lavera, donc elle aura trait à l’appareil génital de la femme, ensuite, ce sont les femmes tout autour (la maman, la grand-mère et la tante). Avec un peu de chance vers 14 ans -16 ans, c’est le gynécologue qui ira voir en bas ce qui se passe. Et par la suite, c’est le «premier moi», c’est-à-dire la première relation. C’est en ce moment que la femme découvre qu’elle peut recevoir quelque chose à l’intérieur de son corps. Mais, elle-même n’a pas conscience, elle ne se regarde pas. Aucune des femmes ne se regarde à l’intérieur.

Pourquoi se gêne-t-elle de mieux connaître son corps et son fonctionnement ?

Elle se gêne parce qu’on ne lui a pas appris à regarder à l’intérieur d’elle-même. On nous apprend juste à faire une toilette intime, mais on ne nous apprend pas à aller plus loin, parce que ce n’est pas bien, parce que ça ne se fait pas, parce qu’on est chrétienne, parce qu’on a des tabous, parce qu’on est en Afrique, parce que culturellement parlant, la femme est juste faite pour donner du plaisir à l’homme et faire des enfants. Tout cela, nous le traînons derrière notre dos, ça devient un bagage et on fonctionne avec ça.

Quels sont les prérequis que doit avoir une femme pour prétendre vivre une sexualité normale ?

Je ne sais pas s’il y a une norme. Je pense par contre qu’il faut apprendre à connaître son corps, apprendre à érotiser son corps, c’est-à-dire apprendre à toucher le corps. La femme ne doit pas avoir honte de son corps. Mais, également apprendre à se donner du plaisir toute seule, c’est-à-dire apprendre à être en solo (manger seule quelque part, apprécier ce qu’on mange, regarder avec beauté ce qu’il y a autour de nous, être sensible à la musique qu’on écoute…) à partir de- là, je pense qu’on peut avoir une sexualité épanouie.

Pourquoi les femmes rencontrent-elles plus de difficultés dans leur sexualité que les hommes ?

C’est une question de culture, parce qu’on a toujours dit à l’homme que c’est un puissant, il se qualifie par la performance. Or, la femme, elle est plus dans l’émotion. L’homme, quand il naît, il arrive à voir son anatomie, il a la faculté de toucher et sait qu’il peut s’en servir plus tard, mais la femme non, tout se passe à l’intérieur. Et avec nos mamans et nos tantes, on n’a pas le droit de demander ce qui se passe sous nous. Il faut juste faire sa petite toilette et se faire belle.

Quel conseil pour ces femmes gênées par la question de la sexualité ?

La femme doit être simple dans sa tête, elle doit lâcher prise. Les femmes sont toutes dans un leadership, ce qui fait qu’elle s’oublie en tant que femme. Or, il est bon d’aimer, aimer c’est vivre, c’est donner du souffle à l’autre, mais si tu n’arrives pas à donner du souffle à toi-même, tu ne pourras pas le donner à l’autre. En ce moment, ce qu’on voit, c’est qu’il faut qu’elle prenne sa place, qu’elle soit leader, entreprenante, directrice, multimillionnaire. Oui d’accord et après, il se passe quoi ? Parce que nous avons aussi le phénomène des Tchiza et qu’est-ce qu’elles font ces femmes-là ? Elles célèbrent la défaite des autres femmes avec un peu de chance, dans leur propre lit, sinon dans un hôtel.

Interview réalisée par Loic Ntoutoume

 
 

1 Commentaire

  1. mouyopa dit :

    bonjour frederique,
    je suis elvire et tiens à vous remercier pour cette belle initiative.
    nous avons longtemps laissé de côté notre plaisir pour satisfaire l’autre.
    je veux personnellement franchir le Rubicon et apprendre à dépasser mes peurs, mes limites.
    je désir une sexualité plus épanoui et surtout découvrir mon corps, savoir mes zones érogènes.
    je serais à votre atelier le 30 mars 2019 et merci pour l’aide.

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