Au lendemain de la tentative de coup d’Etat menée par un jeune officier de la garde républicaine (GR), seule l’application scrupuleuse de la loi, dans la transparence et la responsabilité, peut permettre de nous prémunir définitivement contre de telles dérives.

En régime démocratique, l’armée est censée être apolitique. Supposée se tenir à équidistance de toutes les forces sociales, elle assure l’intégrité du territoire et la protection des populations. © DCP-Gabon

 

Notre pays a été ébranlé. Une tentative de coup d’Etat menée par un jeune officier de la garde républicaine (GR) lui a fait vivre des moments inédits. Pourtant, depuis des mois, de nombreux observateurs ont tiré la sonnette d’alarme. Depuis des semaines, des voix s’élèvent contre la désinvolture affichée dans le traitement de la crise née des ennuis de santé d’Ali Bongo. Malgré l’autosatisfaction manifestée par le gouvernement (lire «Vaquez librement à vos activités»), le fin mot de cette affaire reste une inconnue. En dépit de ses bravades (lire «Un songe qui a mal tourné»), la question de fond demeure : comment et pourquoi en est-on arrivé là ? Au-delà des aspects militaires ou sécuritaires, il faut se pencher sur la dimension politique et institutionnelle de ces événements. Autrement dit, au lieu de se gargariser d’avoir neutralisé ces «mutins», il y a plutôt lieu d’analyser la portée de leur message. Faute de s’y résoudre, l’avenir pourrait réserver bien des surprises.

Appliquer la loi

A la faveur de son assaut contre les locaux de Radio Gabon, le commando mené par le lieutenant Kelly B. Ondo Obiang a livré sa compréhension du climat politique actuel (lire «Déclaration militaire sur Radio Gabon»). Évoquant les vœux d’Ali Bongo à la nation, il a remis en cause la «capacité de (ce dernier) à assumer les lourdes charges liées à la fonction de président de la République», accusant au passage des «conservateurs acharnés du pouvoir» de «(continuer) d’instrumentaliser et de chosifier (sa) personne (…) en mettant en scène un malade dépourvu de plusieurs de ses facultés physiques et mentales». Revenant sur la dernière présidentielle, il a mis à l’index «ceux qui, dans la nuit du 31 août 2016, ont lâchement fait assassiner nos jeunes compatriotes avec le soutien des institutions illégitimes et illégales». Même s’il s’exprimait au nom du fantomatique Mouvement patriotique des jeunes des Forces de défense et de sécurité du Gabon (MPJFDS), on peut se demander si le débat sur la nécessité d’une expertise médicale n’a pas cours au sein de l’armée. Quand bien même la loyauté de la grande muette ne saurait être remise en cause, on doit se demander si la crise postélectorale n’y a pas laissé de traces.

Au vu des «doutes» ainsi exprimés, il faut recourir à l’éthique républicaine. Face à la tentation d’user des méthodes alternatives de prise du pouvoir, il faut appliquer la loi. À l’opacité, il faut préférer la transparence. À l’arrogance du plus fort, il faut substituer la responsabilité de l’homme d’État. Aux manigances et combinaisons d’arrière-cour, il faut opposer le strict respect des dispositions juridiques sur la vacance du pouvoir et l’empêchement du président de la République. Comment attester des réelles capacités physiques, mentales et intellectuelles d’Ali Bongo sans présenter un bulletin de santé, fut-il partiellement caviardé ? Comment clore ce débat sans se soumettre aux préconisations de l’article 92 de la loi organique sur la Cour constitutionnelle ? Comment conjurer l’immixtion des hommes en armes dans le jeu institutionnel quand on laisse le sentiment de chercher à contourner l’article 13 de la Constitution ? Comment ne pas aiguiser l’appétit des militaires quand on les tient pour une pièce essentielle de la stratégie politique ? En un mot comme en mille, il faut recentrer les choses pour éloigner l’armée du débat politique.

Incursions répétées dans le champ politique

De par leur attitude, les détenteurs de l’autorité publique exposent la république, fragilisant ainsi notre démocratie. Faisant fi des demandes des forces sociales (lire «Kevin Nzigou exige un collège de médecins»   ou «Issoze-Ngondet interpelé»), ils s’opposent à toute idée d’expertise médicale. Privilégiant les intérêts partisans, ils ne se privent jamais de faire appel à la grande muette, lui donnant ainsi une coloration politique. On l’a vu durant les présidentielles de 93, 2005, 2009 et 2016 (lire «Moukagni-Iwangou accuse la Garde républicaine»). Seulement, en régime démocratique, l’armée est censée être apolitique. Supposée se tenir à équidistance de toutes les forces sociales, elle assure l’intégrité du territoire et la protection des populations. Malheureusement, comme n’ont eu de cesse de le dénoncer de nombreux observateurs, notre armée a trop souvent été invitée à sortir de ce rôle. Ses incursions répétées dans le champ politique ont, du reste, fini par lui donner l’image d’une milice au service du pouvoir en place.  Pour de nombreux compatriotes, elle est d’abord et avant tout l’assurance-vie du régime. Comment s’étonner ensuite d’assister aux vaudevilles comme celui du 7 janvier courant ? Pour s’en prémunir définitivement, une seule voie : la restauration de l’éthique de républicaine, c’est-à-dire : l’application scrupuleuse de la loi, dans la transparence et la responsabilité.

 
 

5 Commentaire

  1. Nathan DZIME- Expert en Sécurité Numérique et Continuité d'Activité dit :

    Et si tout ceci n’était qu’un gros canular, en somme un exercice?

    1- La vidéo de prise de la Radio et le communiqué: pourrait être un “Deep Fake” comme on peut chacun en fabriquer avec des outils open source (par exemple, certains ont reproduit Barack Obama à la perfection, insultant le président Trump de pire idiot de la Terre et certaines stars planétaires de la chanson ont été transformées à la perfection en actrices de films pornos);

    2- Les coups de feu entendus pour déloger les membres du groupe d'”insurgés”: des munitions à blanc;

    3- Les deux dépouilles : pourraient bien être des images aisément fabriquées derrière des ordinateurs, et pas forcément besoin de grands studios de production à Lbv ou Paris pour cela;

    Nous sommes encore tous sous le coup de l’émotion: “Comment a-t-on pu en arriver à un Coup d’Etat dans notre pays”? Mais sachons tout de même que, si nous ne voulons pas avancer avec les technologies du monde actuel, ces dernières ne nous attendrons pas; et de toutes les façons s’imposerons à nous.

    En direction des décideurs, je dirai que toutes ces technologies existent et constituent une question de Sécurité nationale. En effet, s’il est aujourd’hui possible de faire dire ce que l’on veut au “président de la République”, au “Premier Ministre” ou à la “Présidente de la Cour Constitutionnelle” par exemple, dans des vidéos “Deep Fakes” montées de toutes pièces et ces personnalités seront mimées à la perfection, y compris dans la concordance du mouvement des lèvres avec les paroles, cela signifie qu’un Etat ennemi pourrait rendre notre pays “Etat zombie”: un Etat dont les décisions sont pilotées par des hachers gouvernementaux ou pas, intérieurs ou extérieurs, avec les conséquences qu’on sait sur les populations et j’en passe. Ces technologies existent à ce jour sur internet et sont même de fois gratuites.

    Une attention particulière doit donc être portée non seulement sur la sécurité(içi le volet Intégrité=Véracité) des documents échangés entre les différentes administrations (scans, appels téléphoniques, vidéos…), mais aussi sur les canaux d’échanges de ces documents; afin de ne pas tomber dans le piège des hackers et finalement des usurpations et falsifications de toutes sortes de pièces administratives comme les décrêts de nomination et autres, voire les lois.

    La mise en place de véritables systèmes d’information doit être une priorité absolue de cet instant, en lieu et place des aberrations qu’il nous est arrivé d’observer comme les échanges de courriels administratifs officiels (entre administrations) par le canal des systèmes de messagerie vulgaires du type “@gmail.com” et autre “@yahoo.fr”; dont on ne maîtrise ni le lieu et la politique de stockage et de récupération des données, ni la politique de sécurisation d’accès à ces données, rien!

    Je n’ai jamais été Ministre par exemple, mais je sais que gérer un département ministériel, encore plus un Etat requièrt une attention de tous les instants. L’amateurisme ne peut y être permit car ce serait indubitablement au détriment des populations.

    En sécurité numérique, il n’ya pas d’amis: nous devrons garantir la nôtre par nos propres moyens, avec nos propres experts: s’il n’en existe pas suffisament, alors en former dès maintenant est une urgence absolue pour la survie de ce pays.

    Humblement.

  2. SERGE MAKAYA dit :

    JEAN PING SERA PRÉSIDENT DU GABON…

    QUE LE CIRQUE DU PALAIS ACTUEL CESSE…

    QUE LE ROITELET DU MAROC NE S’INGÈRE PLUS JAMAIS DANS NOS PROBLÈMES…

    CE MATIN JE VAIS FAIRE UNE DESCENTE AU PALAIS DE MERDE…

    MAKAYA SERGE

  3. diogene dit :

    Appliquer la loi commence par la démission du président, son incarcération pour tous ses méfaits, délits et crimes, la confiscation de tous les biens mal acquis, des milliers d’enquêtes sur la gestion de l’état par le PDG, etc…
    Mais jamais cela n’a été prévu, ni même envisagé par les fascistes sans idéologie qui nous gouvernent.
    Il serait vain d’appliquer une loi juste par morceaux, quand cela nous chante ou seulement aux autres. Soit c’est la loi, soit pas du tout.
    L’étique républicaine elle aussi ne peut agir que sur des républicains or ce n’est pas le cas du Parti des Dégénérés Grotesques (PDG)qui domine.

    Un bilan de santé fut il caviardé serait un début de solution ?
    Quel délire ! Dans votre souci de bonté idéalisée vous passez à côté des vrai questions.
    Il n`y a rien à sauver dans cette folie qui dure depuis plus de 50 ans et qui se nourrit peu ou prou du colonialisme, de l’impérialisme, du fascisme, de la corruption dans toutes les sens du terme.
    Les faucons du grand Yaka n’y changeront rien.
    La république n’est pas une croyance, elle est concrète ou elle n’est pas.
    Au Bongoland point de république mais une monarchie brutale et perverse. Voilà la situation.

    Les militaires ne servent à rien si ce n’est sauver les fesses des dirigeants et parfois, mais rarement, les leur botter, or ces deux prérogatives sont anti républicaines, donc ils sont nuisibles sinon inutiles dans une république.
    Je ne parle pas aujourd’hui des militaires étrangers qui stationnent, passent ou infiltrent profondément la hiérarchie. A suivre.

    ” l’application scrupuleuse de la loi, dans la transparence et la responsabilité.” est une incantation mais c’est le comment y parvenir qui fait défaut. Quelles sont les actions concrètes qui peuvent aboutir à cela ?

  4. CHRISTINE Madeleine dit :

    ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii:
    VIVE LE GABON LIBRE… https://youtu.be/4ST_lZjVch4

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