Face à la détermination des élèves, décidés à le contraindre à revoir les nouveaux critères d’attribution des bourses, le gouvernement a décidé de suspendre les cours. Cette fuite en avant ne règle pas le problème. Le gouvernement Nkoghe Bekale n’a pas d’autre choix que de revoir sa copie.

Michel Menga M’Essone et Moukagni-Iwangou, les ministres chargés de défendre la réforme. © Primature-Gabon

 

Désarçonné par l’ampleur du mouvement d’humeur des élèves, le gouvernement a brutalement suspendu les cours le 10 avril, sur l’ensemble du pays. Face aux élèves déterminés à le contraindre à revoir les nouveaux critères d’attribution des bourses, le gouvernement craignait certainement une escalade de la violence. Notamment, plus d’affrontements entre policiers et élèves. C’est du moins ce que pensent certains observateurs et les élèves eux-mêmes qui affirment n’attendre qu’une chose, que le gouvernement rectifie le tir.

Durant trois jours successifs, ces derniers n’ont pas décoléré. Ils ont en prime eu le soutien des syndicalistes et des acteurs politiques de tout bord. Ceux-ci ont vertement invité le gouvernement à établir des priorités, améliorer les conditions de travail des enseignants ainsi que les conditions d’apprentissage des élèves, avant d’imposer des réformes, combien nobles. En effet, si «la quête de l’excellence commande des réformes ambitieuses et pertinentes dans les secteurs de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, nous en convenons», a posté sur sa page Facebook, Berni Bie Emane, sénateur PDG (Parti démocratique gabonais) de l’Ogooué-Ivindo. Cependant, a-t-il dit, le gouvernement devrait «redéfinir de nouveaux critères d’attribution», et privilégier le dialogue afin d’«avoir l’adhésion de tous les partenaires».

C’est également ce que pensent plusieurs enseignants qui estiment que toutes les décisions concernant le secteur Éducation doivent avoir le consentement des acteurs du secteur et même des responsables du ministère de l’Éducation nationale. Cette décision «impopulaire et inique peut être revue et corrigée». Ils proposent de «revenir aux fondamentaux». Soit, 10 de moyenne pendant l’année de terminale et 22 ans. C’est d’ailleurs ainsi que fonctionnait ce mécanisme avant l’abrogation du critère d’âge et le conditionnement de l’obtention de la bourse rien que par l’obtention du Bac, avec la bienveillance d’Ali Bongo. Certains observateurs avaient d’ailleurs jugé ces réformes «suicidaires pour l’État», et le temps semble leur donner raison.

Les finances publiques sont certes grevées, mais faut-il faire trinquer les élèves ? Même si le gouvernement brandit la quête de l’excellence à travers sa nouvelle réforme, d’aucuns estiment qu’il veut juste faire payer aux élèves la note de son «incohérence». Ceci d’autant plus que les conditions ne sont pas réunies pour permettre aux apprenants d’être performants. Le gouvernement a l’obligation de mettre les moyens pour réformer le système éducatif avant d’exiger l’impossible aux élèves. Or, «l’impossible» est soutenu bec et ongle par l’actuel ministre de l’Éducation nationale, Michel Menga M’Essone. «La loi qui a été prise consécutive aux états généraux, c’est vous qui avez dit ça. Vous avez présenté l’école gabonaise comme une école de rêve. Vous vous êtes retrouvé je ne sais où, et vous avez pondu des textes en oubliant que nous sommes au Gabon», a-t-il apostrophé les enseignants, au cours d’une rencontre avec les élèves le 10 avril. «Pour qu’un élève arrive en Terminale à 17 ans, il faut qu’il soit passé par le préprimaire. Est-ce que tous les enfants du Gabon ont cette chance-là ? Mais pourquoi vous avez écrit ça?», a-t-il poursuivi.

Pour se donner une marge dans l’application de mesure, a indiqué le ministre, le gouvernement a prévu 2 ans d’échec dans ce parcours pour donner plus de chance aux élèves. Après ce discours face aux élèves, les enseignants ont conclu qu’ils voulaient leur faire porter le chapeau, et retourner les élèves contre eux. Ceux-ci attendent du gouvernement qu’il «annule» simplement sa décision. Pour eux, la suspension des cours ne règle rien. «Si cette mesure n’est pas revue, dès qu’on reprendra les cours, les élèves retourneront dans la rue. Le gouvernement doit tout simplement reculer», a estimé un enseignant. Le Premier ministre qui ne s’est pas exprimé depuis la «sortie des élèves» tient ce 11 avril un Conseil interministériel. D’aucuns s’attendent à ce qu’il annonce l’annulation de cette mesure.

 
 

4 Commentaires

  1. Adolf Mosséssé dit :

    Et pendant ce temps, le parlement reste muet…Les Démocrates qui s’autoproclament première force de l’opposition, sont incapables de déposer une motion de censure. Tous les députés émergents ne soutiennent pas, forcément, toutes les mesures impopulaires prises par ce gouvernement sorti des ténèbres.

  2. diogene dit :

    L’âge du bac est de 18 ans pour un parcours sans faute et sans cp1 cp2…qui le porte à 19ans. Donc si le généreux sinistre de l’éducation donne deux ans de marge nous arrivons à 21 ans.

    Les sous mariniers souffrent d’hyper ventilations lorsqu’ils remontent à la surface,
    Les infiltrés de schizophrénie et de paranoïa, les capos (prisonniers qui assume la garde de autres prisonniers, cf camp de concentration) de complexe de supériorité…
    Menga n’est pas un héros de manga, mais un renégat. De plus sa gestion de la crise démontre son aversion pour la démocratie. un pdgiste dans un marigot ne devient pas un démocrate mais un bâton merdeux.

  3. azerty dit :

    Si pendant 3 ans on a que des bacs A2 qui ont 12 de moyenne au Bac et moins de 19 ans, on ne donnera jamais la bourse aux 10 bacs C de 20 ans chaque année qui ont 11,89 de moyenne …

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