À l’occasion du 10e anniversaire de la disparition d’Omar Bongo, René Ndémezo’Obiang revisite sa relation avec l’ancien président de la République. Partant de ses années d’étudiant contestataire, à son retour au pays, en passant par son entrée au Parti démocratique gabonais (PDG), sa première rencontre avec le chef de l’Etat, le président de Démocratie nouvelle (DN) se remémore de l’héritage d’Omar Bongo. Un héritage basé sur la paix, le partage, de dialogue, l’acceptation de la différence. Riche d’anecdotes instructives, de noms de personnalités et de petites révélations, ces libres propos méritent le détour.

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René Ndemezo’Obiang, président du Conseil économique, social et environnemental ; ancien collaborateur d’Omar Bongo. © D.R.

Le 8 Juin 2019 marque le 10e anniversaire de la mort d’Omar BONGO ONDIMBA. Président de la République Gabonaise de 1967 à 2009, Président Fondateur du Parti au pouvoir, le Parti Démocratique Gabonais, durant quasiment la même période, Omar BONGO ONDIMBA a dirigé notre pays, le Gabon, pendant près de la moitié d’un siècle. Acteur principal de la vie politique gabonaise pendant plusieurs décennies, Omar BONGO ONDIMBA, du fait de cette position incontournable, a eu nécessairement des contacts et des rapports, passagers ou approfondis, avec la quasi-totalité des personnalités gabonaises de cette période historique.

Je fais partie de ces personnalités qui, a un moment donné de leur parcours politique, ont rencontré Omar BONGO ONDIMBA et cheminé par la suite pendant de longues années à ses côtés, jusqu’à sa disparition brutale le 8 juin 2009.

En ce 10e anniversaire de la mort de l’ancien Président de la République, il m’a semblé utile d’écrire les lignes qui suivent. Pour rendre hommage à cet éminent compatriote en évoquant certains épisodes importants ayant marqué ma vie à ses côtés.

D’entrée, je dois dire que je ne fais pas partie du cercle restreint des compagnons de la première heure d’Omar BONGO ONDIMBA. Autrement dit, de ceux qui, soit le connaissaient déjà lorsqu’il accède au pouvoir en 1967, soit l’ont rejoint dès les premières années de son long règne. Je n’ai pas connu le Bongo de l’époque de la Rénovation, de la Rénovation de la Rénovation, du Petit Livre Vert, du Libéralisme Economique Planifié et Dirigé, ou du Progressisme Démocratique et Concerté. La raison en est simple.

Fin 1967, lorsque Albert Bernard BONGO succède à Léon MBA, j’ai, quelques mois plus tôt, en Juin de la même année, obtenu mon Baccalauréat au Lycée National Léon MBA, synonyme à l’époque de départ pour la France, poursuivre des études supérieures, l’Université n’existant pas encore au Gabon.

J’ai séjourné pendant 12 ans en France, de 1967 à 1979, successivement à Caen, Rennes, puis Paris, ne revenant au Gabon qu’à deux brèves reprises pour des vacances universitaires, en 1969 et 1971.

Durant ce long séjour en France, j’ai fait quelques études, sanctionnées par une Maitrise en Sociologie. J’ai aussi et surtout milité activement au sein du mouvement étudiant patriotique gabonais et africain, très puissant à cette époque en Europe. Mes convictions idéologiques et politiques profondes, qui font de moi un intellectuel patriote africain orienté vers le socialisme ont été pour l’essentiel forgées à cette époque.

En Août 1979, j’ai pris la décision de rentrer définitivement au Gabon. Une grande partie de mes parents, du fait de ma réputation d’étudiant contestataire, craignait pour ma liberté et pensait qu’à mon arrivée à Libreville, je risque d’être jeté en prison.

C’est dans ce contexte que j’ai rencontré pour la première fois, en Août 1979, le Président Omar BONGO ONDIMBA. Deux amis ont joué un rôle déterminant pour faciliter cette rencontre. Le premier, aujourd’hui disparu, est le Général de Police David NZOUBOU, qui en 1979, avait encore le grade de Colonel. David était mon meilleur ami d’enfance. Nous sommes arrivés ensemble en 6e au Lycée Léon MBA en Octobre 1960. Lui, venant de Franceville dont il était originaire, et moi, de Mékambo où bien que natif de Bitam, j’avais fait le CM1 et le CM2, puis passé le concours d’entrée en 6e au Lycée. Nous avons fait toutes nos études secondaires ensemble jusqu’en Terminale.

Lorsque je m’envole pour la France après l’obtention du BAC en Juin  1967, David, qui devait repasser la session de Septembre, me dit qu’il a pris la décision, vu ses lourdes charges familiales, d’intégrer immédiatement la vie active. C’est ainsi qu’il avait choisi d’entrer dans la Police où il était devenu, rapidement, un Officier brillant et compétent. Pendant tout mon séjour en France et bien que, sur le plan idéologique et politique, nous ayons emprunté des chemins totalement différents, notre amitié est restée intacte. Lorsque nous nous retrouvons après mon retour au pays en 1979, il me dit en substance ceci. «Le Président Omar BONGO ONDIMBA a entendu parler de toi. Il sait aussi que tu es de retour au Gabon. Je te suggère de chercher à le rencontrer en personne pour discuter avec lui car il n’aime pas beaucoup les intermédiaires. Si tu es d’accord, je peux le dire au Président et faciliter votre rencontre». Malgré une certaine appréhension, je lui ai dit que je lui faisais confiance et qu’il pouvait agir dans le sens de sa suggestion.

Le second ami, encore en vie, ayant favorisé ma première rencontre avec le Président Omar BONGO ONDIMBA est Jean OVONO ESSONO, éminente personnalité de Bitam, aujourd’hui retraité. Jean, c’est pratiquement un de mes grands frères. En ce sens que bien qu’il soit du clan EBA’A de Bileossi, et moi Essandone de Mengang, nous avons grandi et fréquenté ensemble à l’école primaire protestante d’Ayananga en face de mon village, où la tante paternelle de Jean OVONO était venue en mariage et avait amené ce dernier pour faire ses études. Après Ayananga, nous nous sommes retrouvés à nouveau ensemble, Jean et moi, au Lycée National Léon MBA. Lorsque je pars en 1967 pour la France, Jean OVONO ESSONO, un des tout premiers et brillants Journalistes gabonais, qui avait aussi choisi d’entrer rapidement dans le vie active, se retrouve aux côtés du Président Omar BONGO ONDIMBA dès les premières années du règne de ce dernier. Lors de mon retour au pays en 1979, Jean occupe les prestigieuses fonctions de Porte- Parole de la Présidence de la République. Nos rapports amicaux et fraternels étant restés intacts, c’est lui qui m’introduisit dans le Bureau du Président Omar BONGO ONDIMBA pour ma toute première rencontre avec ce dernier en Août 1979. Après m’avoir serré la main et demandé de m’assoir, le Président s’adressa à moi me disant, en substance «ah, c’est toi NDEMEZO’O, j’ai beaucoup entendu parler de toi. Tu fais partie de ces étudiants qui me critiquent en permanence en France. Mais ceci ne m’intéresse pas. Ce qui compte pour moi c’est le fait que tu ais fini par prendre la décision de rentrer chez toi, dans ton pays, pour venir travailler au service de ton peuple». Après avoir marqué son accord pour que je sois intégré dans la Fonction Publique Gabonaise en qualité de Professeur de Lycée, le Président ajouta, s’agissant de ma première affectation. «Il parait que tu es fort en politique. Ici, au Gabon, nous sommes dans le Parti unique. Le lieu où nous concevons notre politique, c’est le Ministère de l’orientation Nationale et la Permanence Nationale du Parti. Je vais donc t’envoyer là-bas, travailler avec Messieurs Léon AUGE et Zacharie MYBOTO. Si tu as des idées sur l’avenir du pays, tu pourras les donner la-bas».

Je suis sorti de cette audience quelque peu perplexe. Je m’étais mentalement préparé à ce que celle-ci se passe sous la forme d’une discussion assez âpre, où le Président de la République, face à un des principaux leaders du mouvement étudiant contestataire de son régime, allait s’atteler à justifier sa politique et à poser des conditions préalables que je devais remplir avant de prétendre trouver un emploi au Gabon. Pour tout dire, je m’attendais à ce que le Président Omar BONGO ONDIMBA exige que j’adhère préalablement au Parti Démocratique Gabonais. Cette exigence ne fut jamais évoquée, à un moment quelconque de notre long entretien. C’est tout à fait librement que près de sept années plus tard, en 1986, à l’occasion du 3e Congrès Ordinaire du PDG, j’ai pris la décision d’adhérer à ce Parti, devenant par ailleurs Membre de son Comité Central à l’issue des travaux dudit Congrès.

Cette nouvelle qualité, celle de Membre du Comité Central, m’a rapproché un peu plus d’Omar BONGO ONDIMBA, Président-Fondateur du Parti, même si, dans la pratique, le Comité Central du PDG, instance assez pléthorique, ne se réunissait que très rarement. En qualité de Membre du Comité Central, j’ai pu, à l’époque, en concertation avec beaucoup d’autres, faire de nombreuses propositions de réformes au Président Omar BONGO ONDIMBA allant toutes dans le sens d’une plus grande démocratisation du pays, y compris du PDG lui-même, quoique encore Parti unique. Homme d’écoute et d’ouverture, le Président Omar BONGO ONDIMBA a donné une suite favorable à certaines de ces propositions de réformes. C’est ainsi par exemple qu’à partir des élections locales de 1987, le PDG, tout en demeurant Parti unique, a admis et mis en pratique le principe de candidatures multiples. C’était déjà un pas, certes timide, vers le multipartisme. Dans le même sens, le Président Omar BONGO ONDIMBA a, début 1990, annoncé la création d’un Rassemblement Social Démocrate Gabonais (RSDG), cadre laboratoire, selon lui, pour préparer le pays à un retour au multipartisme. Avec des amis, en particulier, Paul TOUNGUI, Jean Robert NGOULONGANA, Léonard ANDJEMBE, Paul MBOUNDOUKOU LATHA, Lévy NTEM ALLOGO et d’autres, nous avons pris l’initiative de rédiger et de faire publier le 6 Mars 1990, une Déclaration Solennelle par laquelle nous avons soutenu ferment cette volonté du Chef de l’Etat d’aller vers davantage de démocratie. Cette déclaration, dénommée «Appel du 6 Mars » a rallié par la suite un nombre considérable d’intellectuels gabonais patriotes et progressistes.

Lors de la Conférence Nationale qui s’est tenue quelques temps après, les membres de «l’Appel du 6 Mars»  se sont organisés en 7 Associations à caractère politique. Lesquelles se sont résolument battus, au cours des travaux, pour imprimer une ferme orientation patriotique et démocratique à ce grand Forum Consultatif, tout en luttant pour éviter qu’il se transforme en putsch constitutionnel.

Au sortir de la Conférence Nationale de 1990, sur décision du Président Omar BONGO ONDIMBA, les anciens dirigeants du PDG qu’étaient Léon Augé et Zacharie Myboto ont été remplacés par une nouvelle équipe conduite par Jacques ADIAHENOT, nouveau Secrétaire Général. Au sein de celle-ci, j’ai fait mon entrée en qualité de Secrétaire National à la Communication, élevé dès 1991 au rang de Secrétaire Général Adjoint chargé de la Communication et de la Propagande, Porte-Parole du Parti. Du fait de la confiance dont m’a témoigné le Président Omar BONGO ONDIMBA au fil du temps, et vraisemblablement aussi en raison d’une certaine expérience, j’ai assumé sans interruption ces fonctions très sensibles au sein du Secrétariat Exécutif du PDG pendant plus d’une quinzaine d’années, jusqu’au Congrès de 2007 lorsque le Président a décidé de mettre fin au cumul des fonctions de Membre du Gouvernement et de Membre de l’Exécutif du Parti.

Le 25 Mars 1994, le Président Omar BONGO ONDIMBA m’a fait le grand honneur de m’appeler pour la première fois au Gouvernement, en qualité de Ministre de l’Enseignement Supérieur, dans l’équipe dirigée par le Premier Ministre Casimir OYE MBA. Cette première expérience gouvernementale fut brève. En effet, au Mois de Novembre de la même année, à la suite des Accords de Paris, un nouveau Gouvernement conduit par le Dr Paulin OBAME NGUEMA, fut formé. Gouvernement dont je n’ai pas fait partie. Je garde néanmoins un souvenir inoubliable de l’élégance, de la considération envers ma modeste personne avec lesquelles ce départ rapide du Gouvernement m’a été expliqué par le Président Omar BONGO ONDIMBA. Dans les principes et usages républicains, le Chef de l’Etat n’a pas l’obligation d’expliquer à un Ministre les raisons de sa non reconduction. Mais le Président BONGO avait tenu personnellement à me voir pour me dire en substance ceci, «mon petit, un nouveau Gouvernement va être formé dans quelques jours suite aux Accords de Paris. Dans ce Gouvernement, il n’y aura qu’une moitié des Membres choisis par moi, l’autre moitié sera proposée par l’opposition. Vous êtes deux de Bitam, Emmanuel  et toi, dans le Gouvernement actuel. Je ne peux malheureusement en garder qu’un seul. Emmanuel ayant déjà un peu plus d’expérience va rester. Quant à toi, tu vas continuer au Secrétariat Exécutif du Parti, je te ferais en même temps une autre nomination au sein de l’Etat. Pour le Gouvernement, au vu de ta valeur que j’ai pu apprécier, je suis sûr que tu reviendras plus tard».

Quelques mois après, tout en me maintenant dans les fonctions de Secrétaire Général-Adjoint du PDG, le Président Omar BONGO ONDIMBA m’a nommé Haut Représentant du Président de la République. Titre et avantages que j’ai conservés jusqu’à mon élection comme Député de la Commune de Bitam lors des Législatives de Décembre 1996.

Mon élection à l’Assemblée Nationale m’a encore plus, au quotidien, rapproché du Président Omar BONGO ONDIMBA. A cause des nouvelles et importantes responsabilités qui m’ont été confiées par ce dernier. En effet, aussitôt après les élections législatives et avant la formation du nouveau Gouvernement découlant de celles-ci, le Président m’a convoqué à son cabinet pour me dire grosso modo ceci «depuis que tu as remporté les élections, face à un baobab comme Simon OYONO ABAGA, beaucoup de gens de Bitam m’ont saisi en souhaitant que je te rappelle immédiatement au Gouvernement. Mais mon choix et ma décision sont de te laisser siéger à l’Assemblée Nationale, en y occupant les fonctions très sensibles de Président du Groupe Parlementaire du Parti». Le Président m’expliqua qu’il voulait absolument que ce poste soit occupé par un dirigeant important du Parti pour rappeler la nécessité de la discipline à tous les Elus du Parti. Il ajouta que la législature qui s’ouvrait serait marquée par d’importants débats à l’Assemblée Nationale vu la présence de nombreux poids lourds de l’opposition. Au regard de mes qualités unanimement reconnues selon lui comme bon débatteur, il me signifiait sa décision de m’envoyer m’occuper de ce Front.

J’ai, avec le soutien total du Président Omar BONGO ONDIMBA, occupé effectivement les fonctions de Président du Groupe Parlementaire PDG à l’Assemblée Nationale de 1996 à 2001. Outre la concertation permanente avec l’ensemble des Députés du Parti, ainsi qu’une étroite et sincère collaboration avec le Bureau de l’Assemblée, l’efficacité de la fonction de Président du Groupe Parlementaire Majoritaire exige avant tout d’être en phase avec la Direction du Parti et en premier lieu son Chef s’agissant de l’orientation générale des débats à mener et des objectifs à atteindre. Dans ce cadre précis, j’ai été régulièrement informé, souvent par le Président Omar BONGO ONDIMBA lui-même lorsque des projets de Lois d’une sensibilité ou  importance particulière, étaient transmis par le Gouvernement à l’examen du Parlement. Il en a été, à titre d’exemple, du projet de Loi portant révision de la Constitution de la République créant la fonction de Vice-Président de la République.

Avant l’envoi, par le Gouvernement, de ce projet de Loi à l’Assemblée Nationale, le Président Omar BONGO ONDIMBA me fit venir à son Cabinet pour m’expliquer l’importance qu’il accordait à ce texte et la responsabilité qu’il me confiait de convaincre l’ensemble des Députés du Parti pour son adoption rapide. Le Président perçut très vite l’hésitation qui était la mienne, comme celle de beaucoup de Députés du Parti sur l’opportunité de la création de cette nouvelle fonction. Cette hésitation se transformera pratiquement en surprise, lorsqu’avec un malin sourire, le Président me dit que ce nouveau poste qu’il demandait de créer n’était pas, dans son esprit, destiné au PDG mais à l’Opposition. Constatant mon étonnement il me dit en substance «j’ai l’impression que tu es finalement un pédegiste comme les autres. Vous voulez tout avoir, et les autres rien. Vous avez moi-même Président-Fondateur du Parti à la tête de l’Etat, vous avez le Chef du Gouvernement, vous avez la quasi-totalité des Ministres, qu’est-ce que cela vous coûte que je puisse donner un  poste de Vice-Président à nos frères et sœurs de l’opposition». Ce jour-là, avant beaucoup d’autres, j’ai su que la réforme de la Constitution que voulait le Président Omar BONGO ONDIMBA, s’inscrivait dans sa vision et sa volonté de construire au Gabon une démocratie de partage, qu’il résumait souvent par son fameux proverbe, «quand un gabonais va à la chasse, c’est tout le village qui partage le gibier». Ayant été convaincu par tous les arguments avancés par le Président, j’ai fermement soutenu le projet de révision de la Constitution soumis au Parlement et argumenté pour amener l’ensemble des Députés du Groupe à le voter.

Pendant la période où j’occupais, à la demande du Président Omar BONGO ONDIMBA, les fonctions de Président du Groupe Parlementaire cumulativement avec celles de Secrétaire Général-Adjoint du PDG, sont intervenues les élections présidentielles de 1998 dont je garde un souvenir impérissable. Près de huit mois avant ces élections, par l’entremise de Monsieur Georges Rawiri, Président du SENAT, le Président Omar BONGO ONDIMBA, candidat naturel du PDG, fit connaître son choix sur les 9 personnalités devant assumer les délicates et importantes fonctions de Directeurs Provinciaux de sa campagne. Pour le Woleu-Ntem, et j’en fus fier et honoré, ce choix se porta sur ma modeste personne. Quelques jours après que Monsieur Georges Rawiri nous ait communiqué cette décision, le Président Omar BONGO ONDIMBA me reçut à son Cabinet et me dit qu’étant donné que je serais son Directeur Provincial de campagne pour le Woleu-Ntem, il fallait que je me prépare déjà pour que lors de son passage à Bitam, il vienne manger chez moi.

Je ne disposais, à cette époque, dans mon village natal de Mengang Essandone, que de ma toute première et petite maison, construite quelques années après mon retour de France et où habite aujourd’hui ma sœur cadette, Yvonne ANGUE OBIANG. En quelques mois, j’ai fait des efforts et des sacrifices importants pour construire ma deuxième maison au village que les jeunes ont baptisé ‘‘Rapinta’’ C’est dans celle-ci que mon épouse Lisette et moi avons pu accueillir dignement, pour un petit déjeuner, le Président Omar BONGO ONDIMBA, son épouse Edith Lucie BONGO ONDIMBA et toute la délégation présidentielle en Novembre 1998. Cette manifestation a eu lieu dans une véritable liesse populaire, en dépit des tentatives de sabotage par certains jaloux et aigris locaux qui avaient, en vain, tenté de faire croire au Président Omar BONGO ONDIMBA que NDEMEZO’O n’avait pas d’habitation pour accueillir un Chef d’Etat. D’une manière générale, la campagne pour les élections présidentielles de 1998 dans le Woleu-Ntem et le déroulement même de ces élections furent un succès éclatant pour le Président Omar BONGO ONDIMBA et, accessoirement, pour son Directeur Provincial de campagne, René NDEMEZO’OBIANG, dont l’envergure provinciale se trouva renforcée.

Par Décret en date du 27 Janvier 2002, le Président de la République, Omar BONGO ONDIMBA m’a rappelé au Gouvernement, au poste de Ministre chargé des Relations avec le Parlement, Porte-Parole du Gouvernement, dans l’équipe conduite par le Premier Ministre Jean François NTOUTOUME EMANE.

Maintenu toujours dans le même temps au Secrétariat Exécutif du PDG comme Secrétaire Général-Adjoint, chargé de la Communication, Porte-Parole du Parti, cette période, qui va de 2002 à la disparition brutale du Président Omar BONGO ONDIMBA le 8 Juin 2009, a vu mes rapports multiples et diversifiés avec ce grand homme d’Etat prendre une dimension particulière. Au fil des années, le Président Omar BONGO ONDIMBA me connaissait mieux. Il me confiait des missions et des responsabilités de plus en plus nombreuses et de plus en plus complexes. De mon côté, bien que n’étant pas membre du Cabinet présidentiel et travaillant à une certaine distance du Chef de l’Etat, j’avais, du fait des contacts de plus en plus fréquents et approfondis, appris à mieux appréhender sa pensée et son action.

Durant la période de 2002 à 2009, j’ai été d’abord, de 2002 à 2005, Ministre des Relations avec le Parlement, Porte-Parole du Gouvernement.

Je suis resté Porte-parole du Gouvernement de Janvier 2002 jusqu’à la disparition du Président Omar BONGO ONDIMBA en juin 2009. C’est sans doute dans cette fonction que j’ai été amené à mieux comprendre les pensées et les volontés,  souvent complexes du Président, parce que travaillant souvent étroitement avec lui.

L’une des missions les plus importantes du Porte-parole du Gouvernement, sous Omar BONGO ONDIMBA, était le compte rendu des travaux du Conseil des Ministres. La rédaction de la partie introductive du communiqué final du Conseil devait être faite avec une précision  particulière parce que devant refléter exactement la pensée et les plus hautes instructions  du Président de la République. Cette pensée et ces hautes instructions, le Président les exprimait généralement lors de ses communications solennelles en Conseil des Ministres. Mais il les transmettait   aussi parfois, et même assez souvent,  au Ministre Porte-parole du Gouvernement en lui demandant de les faire ressortir dans le communiqué Final. Il arrivait donc que je sois convoqué par le Chef de l’Etat avant le début d’un Conseil des Ministres pour recevoir ses hautes instructions. Il se produisait, encore plus fréquemment, que pendant que je rédigeais, au Palais de la Présidence,  le Communiqué Final, le Président m’appelle au téléphone pour transmettre une nouvelle instruction  ou insister sur la rigueur avec laquelle  il demandait que je  formule telle ou telle instruction à laquelle il donnait une importance particulière.

Il arrivait que certains collègues membres du Gouvernement se rapprochent  de moi après avoir pris connaissance du Communiqué Final du Conseil pour exprimer leur étonnement sur certains passages dudit communiqué. Lorsque j’en faisais état au Président Omar BONGO ONDIMBA, il éclatait de rire et me disait en substance : «explique à tes collègues que le Conseil des Ministres débute avant l’entrée en salle et se poursuit après» !

L’une des qualités d’Omar BONGO ONDIMBA reconnue unanimement  par tous ceux qui l’ont connu c’est sa mémoire prodigieuse.  Le Président semblait se souvenir de tout, même des détails. Quelques exemples : à la fin du premier Conseil des Ministres auquel j’ai pris part, après mon retour au Gouvernement, en Janvier 2002, le Président me taquina gentiment en me disant : «tu vois mon petit, tu es de retour, je t’avais dit en 1994 que tu reviendrais». Je lui fis observer en riant que huit années s’étaient quand-même écoulées. Il me répondit : «l’essentiel est que tu sois là, occupe-toi bien des fonctions que je t’ai confiées». Un jour, en 2003, à l’issue d’un long Conseil des Ministres, j’ai donné lecture, à une heure très tardive, du Communiqué Final dudit Conseil. Le lendemain, le Président me fit venir à son bureau pour s’étonner du retard que j’avais  accusé la veille et exiger que cela ne se répète plus. En guise de défense, j’évoquais le fait que le Ministre Porte-parole  du Gouvernement  n’étant pas en charge  de la Communication, j’avais quelques difficultés à rassembler rapidement les responsables  des médias publics pour faire enregistrer  le Communiqué Final dès la fin de sa rédaction. Le Président prit acte,  sans commentaire, de mon observation et, de longs mois après, je pensais qu’il l’avait oubliée. Pas du tout. En 2005, quelques instants avant l’ouverture d’un Conseil des Ministres, le Président me convoqua au 1er étage. En présence du Premier Ministre, Jean François NTOUTOUME EMANE et du Ministre d’Etat Paul TOUNGUI, il me dit : «tu te souviens m’avoir affirmé il ya quelques années  que une des tes difficultés dans ton travail de Porte-parole du Gouvernement est le fait de n’être pas en charge de la Communication». Après que j’ai acquiescé de la tête, il m’annonça: «à partir de demain, tu seras Ministre de la Communication, Porte-parole du Gouvernement. Les Relations avec le Parlement  seront confiées à quelqu’un d’autre. Retourne dans la salle du Conseil et ne dit rien à personne».  Le lendemain, un remaniement Ministériel eut effectivement lieu,  à l’occasion duquel je fus nommé Ministre  de la Communication, Porte-parole du Gouvernement.

Je garde un souvenir d’autant plus particulier de cet instant qu’au cours de ma longue carrière ministérielle, c’était la première fois que j’étais informé par le Chef de l’Etat, d’une promotion avant que celle-ci soit officiellement prononcée.

La charge de Ministre de la Communication m’a fait découvrir d’autres facettes du Président Omar BONGO ONDIMBA. Celui-ci suivait de très près  l’actualité politique nationale et internationale. Il écoutait pratiquement  toutes les principales chaines  de Radios et regardait la plupart des Télévisions. Ceci était remarquable lorsqu’il m’arrivait d’aller au domicile du Président, à l’époque à la Sablière, au regard du nombre d’écrans de télévision allumés en permanence. Cette exigence d’être à la pointe de l’information, que le Président BONGO avait pour lui-même. Il voulait qu’elle soit la même pour ses Ministres, et naturellement pour son Ministre en charge de la Communication.

Il arrivait, très régulièrement, que le Président m’appelle, au téléphone, au moment du journal télévisé de 19h30, sur la RTG 2, et de 20h,  sur la RTG 1, pour faire observer telle ou telle lacune dans ce que venait d’exprimer un de nos journalistes.

De même, il n’était pas rare que dès 8h du matin, le Président m’appelle au téléphone pour me demander si j’ai bien suivi ce qui été dit sur le Gabon au journal de 7h30 de RFI ou de la BBC. Selon les réponses, précises ou évasives que je donnais, le Président se rendait parfaitement compte de ce que son Ministre de la Communication était, ou n’était pas,  au fait de l’actualité brûlante. Pendant mon passage au Ministère de la Communication, j’ai appris ainsi à rester  chez moi après mon retour du Bureau. Car le Président pouvait appeler à tout moment, jusqu’à tard dans la soirée, en fonction des informations provenant de telle Radio ou Télévision.

2005, restera dans l’Histoire comme l’année de la dernière campagne pour les élections présidentielles d’Omar BONGO ONDIMBA.

Plusieurs mois avant ces élections, un samedi après- midi, Monsieur OBEYE, que nous appelions affectueusement Fils,  Directeur du Protocole, m’appela au téléphone pour me dire que le Président voulait me voir en urgence à sa résidence  de la Sablière.  Je m’y rendis tout de suite et trouva le Chef de l’Etat assis avec à ses côtés la Première Dame, Mme Edith Lucie BONGO ONDIMBA. C’est cette dernière qui prit la parole en premier pour m’informer de ce que depuis le longs mois, une réflexion était en cours sur l’organisation de la prochaine campagne présidentielle.  Pour diriger cette campagne du Président Omar BONGO ONDIMBA, de nombreuses personnalités avaient affiché leur disponibilité. Mais le choix du Président s’est porté sur le Ministre de la Communication, Porte-parole du Gouvernement. Elle a toutefois ajouté, approuvée par le Chef de l’Etat lui-même, qu’à chaque  fois que, par le passé, le Président BONGO a eu à désigner un Directeur  de campagne, beaucoup de gens,  par jalousie, voulaient la mort de celui-ci parce qu’ils croyaient voir en lui le futur Premier Ministre. Voilà pourquoi me dit-elle, pour me protéger, la décision a été prise que je porte durant la prochaine campagne électorale présidentielle, le titre de Porte-parole du Candidat. J’ai été invité, séance tenante par le Président et la Première Dame à m’organiser dès ce jour pour assurer mes lourdes  responsabilités.

La campagne électorale de 2005 et le scrutin qui s’en est suivi furent un véritable triomphe pour le Président Omar BONGO ONDIMBA.  Le mérite essentiel en revient en premier, au Président lui-même, qui était, à cette période, au sommet de sa popularité. Une mention spéciale doit être décernée également à la Première  Dame, Edith Lucie BONGO ONDIMBA, au four et au moulin durant ces journées mémorables.  Quant à moi, je reste fier et reconnaissant à l’ égard du Président Omar BONGO ONDIMBA pour le choix porté sur ma modeste personne parmi tant d’illustres prétendants pour diriger ce événement exceptionnel  qui devait malheureusement être sa dernière campagne électorale.

Par décret présidentiel daté du 28 décembre 2007, j’ai été nommé par le Président Omar BONGO ONDIMBA, Ministre de la Jeunesse, des Sports, des Loisirs, chargé de la Vie Associative, Porte-parole du Gouvernement.  Ce dernier était conduit par le nouveau Premier Ministre, Jean EYEGHE NDONG. Quelques jours après cette nomination,  le Président m’a reçu à son Cabinet. Il m’a dit,  «mon petit, beaucoup de gens pensent que lorsqu’on envoie quelqu’un au Ministère des Sports, c’est déjà le début de sa sortie du Gouvernement. C’est faux. Si j’ai voulu que tu prennes ce Ministère, c’est parce que de nombreuses personnes ont attiré mon attention sur le fait que tu es, parmi les Ministres actuels, un des meilleurs connaisseurs des questions  de sport, notamment du football.  Nous devons organiser la CAN 2012. Ta mission principale est de faire en sorte que ce projet, sur lequel je me suis engagé devant toute la jeunesse africaine, soit une réussite».

C’était la première fois que le Président Omar BONGO ONDIMBA me confiait un dossier avec une très forte incidence financière. La construction des infrastructures Sportives, Hôtelières et autres de la CAN nécessitait  en effet des investissements d’un montant très élevé. Au regard de ces lourdes dépenses que l’Etat devait assurer, plusieurs membres du Gouvernement étaient réticents sur l’opportunité de l’engagement  pris par le Gabon d’organiser la CAN. Beaucoup, en sourdine estimaient que le pays avait d’autres priorités. Le Président était au courant de ces états d’âme et hésitations au sein de l’équipe gouvernementale.

Début 2008, à l’occasion d’un Conseil des Ministres qui devait débattre de la question de savoir si, en définitive, le Gabon devait confirmer son engagement à organiser la CAN 2012 (conjointement avec la Guinée-Equatoriale), le Président piégea, après m’avoir mis dans la confidence, les membres du Gouvernement hostiles à l’organisation de la CAN.  Il demanda solennellement à chaque Ministre de donner sa position sur ce dossier important. Lui-même, dans son propos introductif, donna l’impression qu’il était réservé sur l’opportunité du projet. Beaucoup, dans leurs interventions, s’engouffrèrent dans cette véritable fausse piste ouverte par le Chef de l’Etat. A la fin du débat, le Président Omar BONGO ONDIMBA trancha, de façon nette et définitive. Il était hors de question, tonna-t-il, qu’il revienne sur son  engagement solennel pris devant la jeunesse africaine. La Coupe d’Afrique des Nations 2012 aura bel et bien lieu au Gabon.

Dans la foulée, constatant que la Loi de Finance initiale 2008n’avait inscrit que 500 000 000 FCFA pour les études en vue de la construction des infrastructures de la CAN, le Président demanda au Conseil des Ministres de retirer la somme de 15 milliards FCFA de l’enveloppe des Fêtes Tournantes 2008 prévues dans la Ngounié et la Nyanga pour les affecter au Ministère des Sports, afin que puisse démarrer la construction des infrastructures de ce qui aura été finalement, en 2012, une belle fête du Sport, la Coupe d’Afrique des Nations organisée conjointement par le Gabon et la Guinée Equatoriale.

2007 c’est également l’année où, à la demande du Président Omar BONGO ONDIMBA lui-même, j’ai quitté le Secrétariat Exécutif du PDG, tout en restant membre du Gouvernement. Le Chef de l’Etat ne voulant plus d’un cumul de ces fonctions.  Avant de partir du Secrétariat Exécutif et pendant toutes les années qui ont précédé ce départ, le Président me fit jouer un rôle toujours  plus important  au sein de son Parti, m’associant étroitement en particulier à toutes les principales réformes organisationnelles. Tout observateur averti de cette période  a pu s’apercevoir ainsi que lors des deux derniers Congrès du PDG tenus avant la mort du Président BONGO ONDIMBA, ce dernier m’a toujours confié la responsabilité  de présider la Commission Organisation  devant en particulier réviser les Statuts et Règlement  Intérieur du Parti. L’une des réformes les plus importantes voulues alors par le Président Omar BONGO ONDIMBA  fut la création du Comité Permanent du Bureau Politique. En tant que Président de la Commission organisation,  il me convoqua et me dit qu’il envisageait de dissoudre le Bureau Politique qui avec, près de 300 membres, était devenu selon lui totalement inefficace. Avec respect, je lui fis observer que les Membres  du Bureau Politique n’étant pas rémunérés, ils ne représentaient aucune charge financière pour le Parti. Par contre ceux qui portent ce titre en sont fiers et se donnent  à fond, pour la plupart, au service du Parti. Il acquiesça  et me demanda : chez nos amis Chinois, ils ont une structure  restreinte, comment l’appellent–ils ?  Je répondis : ils la dénomment Comité Permanent du Bureau  Politique. Il  me donna l’instruction de créer une telle structure en procédant à la révision des Statuts. Au départ, il voulait que le Comité   Permanent se compose de 10 personnes, une par province, plus le Président-Fondateur lui-même. Je lui fis à nouveau remarquer que soucieux des équilibres géo-politiques, il aurait du mal à tenir ce chiffre.

Il trancha en décidant qu’il y aurait en définitive deux membres du Comité Permanent par Province. Il me confia aussi la primeur de sa décision selon laquelle pour la composition du tout premier Comité Permanent du Bureau Politique, les Membres pour la province du Woleu-Ntem seraient René NDEMEZO’OBIANG et André MBA OBAME. Cerise sur le gâteau : prenant en considération les longs et loyaux services que j’avais rendus au Parti pendant mes 17 ans de présence continue au sein du Secrétariat Exécutif, le Président Omar BONGO ONDIMBA me chargea, personnellement, au moment où je quittais définitivement cette structure en 2007, de lui faire des propositions sur les cadres de la Province du Woleu-Ntem pouvant accéder aux fonctions de Secrétaire Général-Adjoint et de Secrétaire National pour le compte de la Province . Mme Angèle ONDO et Monsieur Charles MVE ELLAH sont entrés ainsi au Secrétariat Exécutif du PDG.

Je n’ai pas souvent voyagé à l’étranger dans les délégations du Président Omar BONGO ONDIMBA. Je me souviens toutefois avoir, à deux ou trois reprises, eu le privilège de l’accompagner en France. Je garde aussi un souvenir spécial de mon séjour à ses côtés à Bangui lors du Dialogue Centrafricain au cours duquel il fit une intervention remarquable, moitié en français, moitié en sango, langue nationale centrafricaine. Mes amis centrafricains tel l’ancien Premier Ministre Jean Paul NGOUPANDE étaient émerveillés en constatant que le Président Omar BONGO ONDIMBA parlait un excellent sango !

Omar BONGO ONDIMBA, c’est connu, était un grand ami de la Chine.

Sur ce terrain aussi, à partir de positions idéologiques certes différentes, je me suis profondément senti en phase avec lui.

A plusieurs reprises et à divers titres, le Président Omar BONGO ONDIMBA m’a envoyé en mission en Chine. Insigne honneur, j’ai eu l’ultime privilège de faire partie de la délégation du Président lors de son dernier voyage à l’étranger. Ce long périple débuta par la Chine où Omar BONGO ONDIMBA et sa délégation visitèrent notamment Beijing, Shangaï, Sheushen et Hong-Kong, avant de se poursuivre par New York, aux Etats-Unis d’Amérique. Je conserve de ce dernier voyage avec le Président un souvenir ineffaçable, ponctué de quelques faits certes anodins, mais pour moi inoubliables.

Ainsi, à Beijing, après ses entretiens officiels avec son homologue HU JIN TAO, en présence des membres des deux délégations, le Président,  me voyant quelque peu pensif, me demanda ce qui semblait me préoccuper. Je lui dis qu’au  regard de la considération énorme dont il jouissait auprès des Chinois,  j’avais eu l’impression que la délégation gabonaise qu’il conduisait aurait pu demander et obtenir encore plus de choses.

A Hong Kong où le Président fit escale quelques jours avant  de poursuivre vers New-York, j’ai, au cours d’une après-midi où j’étais resté dans ma chambre d’hôtel alors que la plupart  des membres de la délégation étaient allés faire des courses, été appelé au téléphone par M. OBEYE. Il me demandait de monter à l’étage  où se situaient les appartements du Président qui voulait me voir. Je m’y suis retrouvé quelques instants après, en compagnie du Ministre Egide BOUNDONO SIMANGOYE resté comme moi à l’hôtel.

Le Président s’est mis à bavarder tranquillement avec nous. En fait, j’ai vite compris qu’il  n’y avait en réalité aucun problème, sauf que le Président n’aimait pas rester seul. Après avoir fait commander un repas qu’il a partagé avec nous, il a demandé à Egide et moi pourquoi nous n’étions pas sortis comme les autres faire des courses. Après que nous ayons avoué être quelque peu fauchés, il est rentré dans sa chambre, puis en est revenu avec des liasses de dollars dont il a remis 20 000 à chacun de ses deux Ministres. Il m’a conseillé, en tant que Ministre Porte-Parole du Gouvernement, avec une partie de cet argent, de me faire coudre de beaux costumes. Avec un soin particulier, il m’a donné l’adresse de deux de ses couturiers à Hong-Kong ! J’étais profondément ému d’autant de délicatesses du Président pour ma modeste personne. J’étais loin de m’imaginer qu’à peine un an plus tard, le Président Omar BONGO ONDIMBA nous quitterait à jamais le jeudi 8 Juin 2009.

Au moment où le Gabon tout entier célèbre le 10 anniversaire de la mort de ce grand homme, la question que l’on peut et doit se poser est celle de savoir que faut-il principalement retenir de lui ?

Tout personnage historique, grand ou petit, présente nécessairement deux facettes contradictoires, l’une positive, l’autre négative.

Les historiens ou biographes professionnels, dont je n’ai pas la prétention de faire partie, se chargent déjà ou se chargeront sans nul doute de passer au crible les erreurs et les défauts d’Omar BONGO ONDIMBA.

Pour ma part et dans le cadre du présent article destiné à rendre un hommage mérité à ce dernier, je voudrais surtout, sans prétendre à l’exhaustivité, relever certaines qualités de cet éminent homme.

1 – Omar BONGO ONDIMBA était un homme ouvert, ferme dans ses convictions, mais acceptant la différence.

J’ai relaté l’épisode de notre première rencontre en 1979. A aucun moment au cours de nos échanges de ce jour, il n’a essayé de m’imposer l’adhésion à ses points de vue. A maintes reprises, plusieurs années plus tard lorsqu’une plus grande confiance s’est instaurée entre nous, il m’a souvent dit : «je sais que toi, tu es socialiste, voire même communiste». Mais il ajoutait aussitôt : «cela ne m’empêche nullement de travailler avec toi, au contraire».

De fait, avec recul, je me suis aperçu de ce que l’une des grandes forces d’Omar BONGO ONDIMBA, c’était précisément cette capacité à travailler avec des personnalités d’origines et de convictions idéologiques différentes. Le Président concevait et vivait les différences comme un signe de richesse. Il avait le don de savoir tirer le maximum de chacun à partir d’une observation attentive des qualités et des  défauts, des uns et des autres. C’est ainsi qu’il a pu rassembler autour de lui des gens totalement différents dont le lien avec Omar BONGO ONDIMBA est devenu le dénominateur commun.

Omar BONGO ONDIMBA était un homme de dialogue

Il était absolument convaincu de ce que les différents conflits, aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’échelle internationale, devaient être réglés par la discussion, la négociation, le dialogue. Le dialogue exige le respect de l’un par l’autre. Le Président BONGO résumait cela par des formules fortes et imagées telles : il ne faut pas avoir peur de négocier, il ne faut pas négocier dans la peur.

Au plan politique national, le Président a donné de nombreux exemples de sa volonté de dialogue, en particulier la Conférence Nationale, les Accords de Paris, ainsi que les Accords d’Arambo.

Lorsque nous sommes allés aux discussions pour les Accords d’Arambo, en tant que Membre de la délégation de la Majorité, je demandais au Président Omar BONGO ONDIMBA jusqu’où nous pourrions aller dans les discussions. Il me dit : «En face, ce sont des gabonais comme vous. Je pars du principe que tout ce sur quoi vous pourrez tomber d’accord ensemble ne peut être que positif pour le Gabon». C’etait sa façon nette d’affirmer sa foi absolue dans le Dialogue.

Omar BONGO ONDIMBA croyait en une démocratie de partage

Tous ceux qui, comme moi, ont fréquenté Omar BONGO ONDIMBA, ont pu constater combien ce grand homme était généreux. Cette générosité, dans ses Actes de la vie de tous les jours reflétait en vérité sa conviction dans la vision selon laquelle la démocratie au Gabon et en Afrique, ne pouvait être qu’une démocratie de partage. J’ai eu souvent l’occasion de m’entretenir sur ce sujet avec l’illustre disparu. Il ne croyait pas au rigide principe occidental selon lequel la Majorité gouverne, l’opposition s’oppose. Il était convaincu de ce que tout en gouvernant, la majorité devait laisser des parcelles de pouvoir à l’opposition. Quand un gabonais va à la chasse, c’est tout le village qui partage le gibier. Loin d’être une formule terre à terre, le Président Omar BONGO ONDIMBA pensait que c’était la bonne posture pour asseoir la démocratie en Afrique. Au vu des expériences aujourd’hui en cours sur notre continent, il est difficile d’affirmer que le Président Omar BONGO ONDIMBA, grand visionnaire, ait eu tort. On peut légitimer au contraire penser que la démocratie africaine sera une démocratie de partage, apaisée ou alors nos pays sombreront dans la dictature.

Le Président Omar BONGO ONDIMBA était un homme de paix

Le Président Omar BONGO ONDIMBA s’est battu durant toute sa vie pour la paix, aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’échelle de l’Afrique où il a pris part au règlement pacifique de nombreux conflits. La paix, qui n’est pas synonyme d’acceptation de l’injustice, est capitale pour le développement de tout pays, particulièrement pour un pays tel le Gabon, dont la faible population exige encore plus que tous les processus démocratiques soient menés en préservant la paix.

Voilà pourquoi, l’alternance politique à laquelle aspirent légitimement de nombreux gabonais doit être conçue, selon moi, comme ne devant être réalisée que par voie pacifique.

Ces quelques enseignements et beaucoup d’autres font partie de la part d’héritage d’Omar BONGO ONDIMBA dont nous nous réclamons et sommes solidaires.

Par René NDEMEZO’OBIANG

Président du Conseil économique, social et environnemental

Ancien ministre du Président Omar Bongo Ondimba

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8 Commentaires

  1. Martine dit :

    Tu as juste oublié d’écrire que ton idole était aussi un ASSASSIN et un USURPATEUR.

  2. Nguema Paul de Vincent dit :

    Mr René NDEMEZO’OBIANG, vous aurez pu écrire un livre au lieu de nous perdre du temps à lire ses merdiques. Tu as payé combien pour publier tes bêtises. Tu as cependant oublié de dire que tu es parti construire un stade à plusieurs kilomètres d’oyem pour qu’il ne soit pas utilisé par les oyemois. Il devient aujourd’hui un refuge des hérissons et des brigands. Il est dépouillé de ses équipements par toi même. Tu as construit un stade à ngouoni qui ne peut présenter une équipe de foot ball. Le stade est dépouillé de ses équipements par les habitants de cette bourgade. Je préfère m’arrêter par là de peur de l’attraper une fatigue sévère. Vous êtes un groupe de voyous.

  3. BIBOUBOUA dit :

    Merci de partager avec nous toutes ces informations vraiment inédites.

  4. Isabelle dit :

    Je n’ai pas grand chose à dire de vous si ce n’est que vous n’aimez pas le Gabon et les gabonais. Vous êtes comme vos idoles que sont ces Bongo. Vous n’admirez que votre propre nombril.

  5. Roger dit :

    Tantôt à gauche, tantôt à droite. Homme instable ce René Ndemezo’Obiang, comme d’ailleurs plusieurs autres hommes politiques de ce pays. Moi je constate que l’opposant tenace actuel s’appelle Jean Ping. Et personne ne me dira le contraire. Il est actuellement le seul opposant qui revendique toujours sa victoire de 2016. Les autres opposants (pour ne citer que le père Paul Mba Abessole) n’ont pas été combatifs comme lui. Ils ont jetés l’éponge et se sont ralliés à ce régime sanguinaire. Exception faite à Mr Manboundou et Mba Obame.

    Alors pourquoi ne pas se rallier à Jean Ping de nouveau pour mettre FIN à ce régime ? Nous avons déjà la diaspora qui le soutien depuis 2016. Il vaut mieux le soutenir. Parce que le piège de la vacance du pouvoir (qui sera bien déclaré un jour, puisqu’il qu’Ali Bongo est bien mort, on le sait. Ce régime de connivence avec la France nous le cache), c’est qu’une fois déclarée, dites-vous bien que la France nous imposera de nouveau son préfet ou valet. Alors, SVP, peuple gabonais, il n’est pas trop tard pour de nouveau SOUTENIR Mr Jean Ping. Au travail chers gabonais. La victoire est au bout du COMBAT…

  6. Jacouille dit :

    C est sa façon à lui de nous dire que sous Bongo père, il était vraiment à la mangeoire

  7. Paul Bunduku-latha dit :

    Merci René pour cette analyse profonde et concrète. Je ne savais pas que tu fus collègue et ami de David Nzoubou, brillant cadre et officier gabonais dans la Police.
    Ta communication rejoint la mienne livrée au Palais du Sénat, le 07/06/19 , lors du débat avec Alain Fokka sur Omar Bongo et la Paix.

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