Sur le système productif comme sur le fonctionnement des institutions, les conséquences des événements de Riyad ne se discutent plus.

Rythmés par des intrigues de cour, les 7 derniers mois auront été riches en curiosités. Se prévalant d’un accès exclusif à Ali Bongo, le directeur de cabinet et les siens en ont profité pour s’imposer. Il s’est senti pousser des ailes, s’autorisant une inédite «tournée républicaine». © facebook/TeamBLAOfficielle

 

Il y a un an, jour pour jour, Ali Bongo était frappé d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Dans l’assourdissant silence de ses hôtes et le mutisme complet des institutions nationales, il était admis au King Fayçal hospital de Riyad en Arabie Saoudite. Depuis un an maintenant, cet incident rythme la vie publique nationale. Ses répercussions sur l’économie ou le vivre-ensemble se ressentent chaque jour un peu plus. Ses conséquences sur le jeu politico-institutionnel ne se discutent plus. Comme le système productif, l’ensemble de l’appareil d’Etat est en phase de déstructuration. D’aucuns disent en voie de déliquescence. Il s’en trouve même pour dépeindre le pays comme la risée du reste du continent.

Déliquescence de l’Etat

Peu importent les considérations personnelles, un fait s’impose à tous : tout au long de l’année écoulée, les institutions ont administré la preuve de leur incapacité à faire face à la situation dans les règles de l’art. En novembre 2018, le recours à la notion d’«indisponibilité temporaire» avait permis de contourner le débat sur la vacance du pouvoir, ouvrant la voie à de nombreuses dérives. A compter de mars 2019, mois du «retour définitif» d’Ali Bongo, le centre de gravité du pouvoir s’est progressivement déplacé vers l’administration de la présidence de la République. Jour après jour, le directeur de cabinet du président de la République a gagné en autorité, plaçant proches et affidés au gouvernement, dans la haute administration, à la tête des établissements publics et même au sein de l’appareil sécuritaire. A son instigation, de nombreux ténors du régime ont été éjectés. Comme jamais auparavant, l’essentiel du personnel politico-administratif a été recruté dans ses écuries. Au final, l’appareil d’Etat est passé sous le contrôle d’une personnalité absente de l’ordonnancement institutionnel prévu par la Constitution.

Rythmés par des intrigues de cour, les sept derniers mois auront été riches en curiosités. Jouant d’une proximité supposée d’avec le président de la République, le directeur de cabinet et les siens en ont profité pour s’imposer. Se prévalant d’un accès exclusif à Ali Bongo, ils ont installé un climat de terreur. Prétendant détenir l’information exacte sur son état de santé, ils lui ont prêté moult décisions. A la fois déboussolés et tétanisés, leurs adversaires ont plié l’échine, avalant bien des couleuvres. Se réfugiant derrière un légitimisme nourri par un déficit d’information, ils ont cultivé une rhétorique fataliste, s’en remettant à la providence. Dans ce contexte, Brice Laccruche-Alihanga s’est senti pousser des ailes, s’autorisant une inédite «tournée républicaine». Même si d’aucuns ont cherché à la justifier, cette initiative a choqué de nombreux observateurs, y compris hors de nos frontières. A maints égards, elle a mis en lumière la faiblesse des institutions.

L’heure du recentrage ?

Sauf à accuser le président de la République de s’être affranchi de toutes les règles, l’attitude des membres du gouvernement, des personnels de commandement, des élus locaux et des forces de sécurité ne se justifient pas. Ni la Constitution, ni la loi organique n° 11/98 du 23 juillet 98 relative à la délégation des pouvoirs du président de la République, ni les statuts du Parti démocratique gabonais (PDG) ne prévoient d’habilitation ou de délégation au bénéfice du directeur de cabinet. Aperçus tout au long de cette «tournée républicaine», ces hauts commis de l’Etat l’ignoraient-ils ? Nul ne peut l’affirmer. Toutes occupées à défendre des intérêts partisans, les institutions ont refusé de tirer la sonnette d’alarme. S’étant gardées de rappeler les dispositions légales, elles ont avalisé cette surréaliste séquence historique. Pourtant, leur comportement aurait dû être déterminé par le souci de préserver l’ordre constitutionnel. Autrement dit, elles auraient dû songer à garantir le fonctionnement régulier des institutions. Elles pouvaient ainsi exiger la conformité des initiatives aux textes en vigueur. Malheureusement, il n’en fut rien…

Pour autant, un an après les événements de Riyad, l’heure du recentrage institutionnel a peut-être sonné. A moins de se satisfaire du délitement de l’Etat, les institutions ne peuvent se contenter de postures partisanes. Elles doivent tout mettre en œuvre pour parvenir à un consensus national sur l’état de santé d’Ali Bongo. Pour ce faire, elles doivent exercer leurs prérogatives constitutionnelles, pleinement et sans arrière-pensées politiciennes. Au risque de faire le lit à une chienlit institutionnelle aux effets inconnus, elles doivent refuser de cautionner ou relayer les formules toutes faites vantant une «exceptionnelle capacité de récupération».

 
 

2 Commentaires

  1. Lavue dit :

    Très bonne analyse. Mais au Gabon on est entrain de payer les conséquences du système clientéliste mis en place par papa OMAR durant de longues années de règne. Ce clientélisme trouve ses origines dans l’économie de rente dans laquelle le Gabon se morfond depuis des années. On ne sait rien faire. Pas de véritables d’hommes d’affaires (quand on veut s’essayer on passe d’abord par la case politique, sachant bien que ce sont des choses incompatibles), absents des petits-commerces, absents dans l’auto-emploi et les petits métiers (coiffeurs, restaurateurs, cultivateurs, bagagistes, etc. La cupidité et l’assistanat cultivé par les relations familiales d’une époque dépassée ont tué chez les Gabonais toute initiative entrepreneuriale. Les préférences ethniques et ésotériques ont fini par emprisonner les Gabonais dans la subordination et la médiocrité. Le seul espace qui continue de faire rêver la grande majorité c’est la politique. Et comme le système BONGO-PDG est toujours en place ceux qui en profitent ne souhaitent surtout pas qu’il change et ceux qui sont en dehors rêvent de pouvoir en bénéficier (Regardez les soi-disant “opposants” MAGANGA-MOUSSAVOU et NDEMEZO’O, qui ne représentent en rien une partie de la population gabonaise, ne se sont pas gênés d’aller figurer au “Dialogue National” sachant pertinemment qu’ils ne représentent même pas leurs familles biologiques respectives et que de cette mascarade rien n’en sortirait. Aujourd’hui le dernier, toujours en quête du gain, semble surpris que les conclusions de cette messe ne soient pas encore appliquées. C’est juste du bruit pour essayer de recevoir quelque chose et de se taire par la suite. Les Gabonais sont tombés dans le piège tendu par le système BONGO-PDG. Le clientélisme à tous les niveaux et l’achat des conscience. Gabonais, le pays est grand, a des richesses, y a de la terre partout, il faut travailler, il faut prendre ses distances avec les politiciens dont les recettes pour la gestion du pays sont connues. Il faut penser aux générations futures. On ne peut continuer dans la médiocrité entretenue par des opportunistes de tout poils. L’éveil des consciences prend du temps, mais il se fera. Pensez aux générations futures c’est ça notre responsabilité commune. Les Laccruche Fargeon, Accrombessi NKANI, DOUSSOU,DIOP, DUPONT, VALENTIN et que sais-je encore, eux ont au moins 2 pays. Ils ont des pays de rechange. Nous Gabonais nous n’en avons qu’un seul, comme aime à le dire ALI lui même, nous n’avons pas de pays de rechange. En disant cela c’est aux Gabonais de souche qu’il s’adresse il ne faut pas l’oublier. Les autres sont là par opportunisme et ont le droit de s’enfoutre. Ca ont doit être capables de le comprendre malgré nos petits intérêts éphémères.
    Vive le Gabon

  2. Eyi Nkissy dit :

    Qu’est ce qu’en dit le Makaya de l’Union?

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