Si le Premier ministre a récemment menacé les défenseurs de la thèse d’une vacance de la présidence de la République, l’opinion n’en démord pas. De toute évidence, les institutions ont mal négocié la gestion de ce dossier depuis le début.

Mené de manière feutrée, le débat sur la vacance de pouvoir secoue les chaumières. Pour le pouvoir, il devient pernicieux. © Capture d’écran/Gabonreview

 

De toute évidence, le pouvoir semble gêné aux entournures par le débat sur la vacance de la présidence de la République. Entre oukase gouvernementale (lire «Le gouvernement menace») menaces tout à trac proférées par le Premier ministre (lire «Nkoghé Békalé face aux commerçantes»), dérobade de la Cour constitutionnelle (lire «Kevin Nzigou empêché d’exiger un collège de médecins»), tout en atteste. Si l’exécutif brandit le bâton, le juge constitutionnel refuse d’assumer ses responsabilités. Seulement, l’opinion n’en démord pas. De Richard Moulomba à Zacharie Myboto en passant par Bruno Georges Ngoussi ou le collectif de «citoyens libres, conscients et responsables», les élites donnent de la voix. Issues de la classe politique ou de la société civile, elles portent une même exigence : la constatation de la vacance du pouvoir.

Derniers retranchements

Mené de manière feutrée, le débat sur la vacance de pouvoir secoue les chaumières. Pour le pouvoir, il devient pernicieux. C’est, en tout cas, la conclusion à tirer de la fébrilité des tenants du pouvoir. De par son attitude, le gouvernement laisse éclater une crainte profonde : l’application pure et simple de l’article 13 de la Constitution. S’étant réfugiée derrière la fumeuse notion d’«indisponibilité temporaire», la Cour constitutionnelle s’emmêle les pinceaux, s’aventurant même sur le terrain de l’exécutif. Or, refusant de se satisfaire des «apparitions furtives» d’Ali Bongo, de nombreux observateurs en arrivent même à parler de «montages» (lire «Un remake de Fantômas ?»), poussant le pouvoir dans ses derniers retranchements.

Comme Gabonreview a déjà eu à l’écrire, les informations sur la santé d’Ali Bongo sont couvertes par le secret médical. Mais, au vu de l’étendue de la charge de président de la République, on ne saurait s’accommoder de l’opacité ou de l’irresponsabilité ambiante. Savamment entretenue, cette ambiance légitime les soupçons d’arrangements d’arrière-boutique, destinés à garantir la mainmise d’une coterie arriviste sur l’appareil d’État. Pour le reste, le Gabon dispose encore d’une Constitution. Sauf à la considérer comme une succession d’incantations sans prise sur le réel, elle doit être appliquée. À moins de confondre «vacance» et «empêchement définitif», on ne saurait parler de «lacune». Avec malice, la Cour constitutionnelle feint de ne pas le savoir, suscitant colère et incompréhension au sein de l’opinion.

Fuite en avant

Consacrée par l’article 13 de la Constitution, la vacance désigne «l’absence définitive du titulaire d’un mandat ou d’une fonction». Comme l’explique le constitutionnaliste français Jean Gicquel, ce «vide au sommet de l’État» est un fait objectif. Sa réalité ne doit être ni contestée ni contestable. Par contre, l’empêchement est défini comme un «obstacle à l’accomplissement d’une mission». Constitutif d’une entrave à l’action, il peut être temporaire ou définitif. Cette clarification préalable aurait sans doute permis aux différentes forces sociales de parler de la même chose. En s’y refusant, la Cour constitutionnelle a choisi d’évoluer dans le clair-obscur, ouvrant la voie aux thèses les plus surréalistes.

Conséquence d’une décision discrétionnaire et volontaire, l’«indisponibilité» renvoie à autre chose. En s’accrochant à cette notion inconnue de notre loi fondamentale, les tenants du pouvoir cherchaient à contourner une procédure bien connue : l’expertise médicale. Par cette fuite en avant, ils ont écarté le moyen le plus rationnel de rapprocher les positions. Autrement dit, loin d’éluder le débat sur la vacance, les inventeurs de l’«indisponibilité temporaire» lui ont plutôt donné un autre écho, une résonance encore plus forte. Plus personne n’évoque l’empêchement. Désormais, tout le monde se concentre sur la vacance, devenue la préoccupation essentielle des forces sociales. Toujours plus farfelues, les annonces et rumeurs de décès du président de la République participent de cette logique. La légende urbaine faisant état de l’existence d’un sosie poursuit, elle aussi, le même objectif. D’ailleurs, malgré les dénégations du porte-parole de la présidence de la République, une frange non négligeable de l’opinion persiste à le croire. C’est dire si le débat sur la vacance a gagné l’opinion. C’est aussi dire si les institutions ont mal négocié la gestion de la situation née des ennuis de santé d’Ali Bongo.

 
 

6 Commentaires

  1. Kabore Michel dit :

    Et les gabonais laissent faire comme des maboules. C’est bien vrai que vous êtes un peuple indolent, fainéant, peureux, etc… Un simple pétard, et vous voici prendre la poudre d’escampette. Pitié. Pauvres gabonais. Marie Madeleine Mborantsuo et toute sa bande d’assassins et voleurs vous connaissent tellement qu’ils vous ont dans leurs poches.

    Vous ne serez jamais un peuple libre comme le Burkina Faso, malheureusement…

  2. Qu’on le veuille ou non: la nécessité d’un dialogue entre Gabonais s’impose. Les signes ne trompent pas, ce qui arrive au Gabon depuis 2008 nous invite humblement à comprendre que la donne a changé. Le DIALOGUE, tout simplement: le DIALOGUE entre les enfants du pays pour se libérer de tout.

  3. Abel dit :

    On ne saurait construire quoi que ce soit avec du vent ; la tricherie, la fourberie et le mensonge sont les derniers ingrédients à-même d’assurer la cohésion sociale, la stabilité et l’épanouissement d’un peuple. Nos dirigeants ont failli à leurs devoirs et démontré, à la face du monde, leur incompétence notoire à assurer le bon fonctionnement de l’appareil d’Etat. Par ailleurs, ils semblent avoir perdu toute notion de dignité et de probité morale. C’est regrettable et cela finira inéluctablement mal…

  4. NESTOR MAGANGA dit :

    SI LA VACANCE DU POUVOIR SE FAIT ATTENDRE, C’EST AVEC LA COMPLICITÉ DE LA FRANCE HYPOCRITE : https://www.facebook.com/marielouise.ango1/videos/10210597611535366/

  5. Akoma Mba dit :

    Le peuple gabonais. Un peuple sans dignité!!

  6. nguema dit :

    Je suis fermement convaincu d’une chose…c’est que le Gabon n’est pas administré par des Gabonais…Ceux là que nous avons à la tête de notre pays ne sont Gabonais que de forme,c’est à dire leur apparence car aucun citoyen,républicain ou patriote soit-il ne peut se comporter de la sorte avec notre mère patrie et notre vivre ensemble.Cette imposture à la tête de notre pays va être stoppé net avant la date anniversaire des événements du 31 Août 2016 date commémorative de la disparussions de beaucoup de nos concitoyens.Tic Tac Tic Tac…”Vive le vrais peuple Gabonais pour que vive le GABON”

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