Cabinda : du feu des armes à l’espérance d’une autonomie accrue

Enclave riche en pétrole et longtemps marquée par la rébellion, le Cabinda cherche à tourner la page d’un demi-siècle de tensions. L’Alliance Panafricaine pour la Paix au Cabinda (APPC) propose une issue singulière : une autonomie accrue, entre indépendance impossible et unité nationale, pour transformer une fracture historique en horizon de réconciliation.

Le Cabinda ne veut plus être une plaie béante, mais un modèle de réconciliation et d’inclusion. © GabonReview
Isolée du reste de l’Angola par un mince corridor congolais, le Cabinda vit depuis un demi-siècle avec une blessure ouverte. Ancien protectorat portugais, elle fut intégrée à l’État angolais au lendemain de l’indépendance de 1975, sans consultation réelle de sa population. Dès lors, l’enclave n’a cessé d’être le théâtre d’une contestation sourde, parfois sanglante, incarnée par des mouvements séparatistes qui réclament l’indépendance et par des affrontements dont la mémoire collective porte encore les cicatrices.
De cette terre paradoxale (minuscule mais immensément riche en pétrole, oubliée mais convoitée) a surgi une lassitude, celle d’un peuple qui aspire à vivre en paix, sans renoncer à son identité. C’est dans ce contexte qu’émerge l’Alliance Panafricaine pour la Paix au Cabinda (APPC), porteuse d’une proposition audacieuse : une autonomie accrue qui, sans aller jusqu’à l’indépendance, offrirait au Cabinda une véritable souveraineté fonctionnelle.
Une souveraineté fonctionnelle
L’APPC défend l’idée d’un statut politico-juridique spécifique, permettant à Cabinda de disposer d’institutions propres, de contrôler directement ses ressources naturelles, d’adopter ses lois locales et de faire reconnaître officiellement sa langue, sa culture et son histoire. Une autonomie qui consacrerait l’originalité cabindaise, tout en maintenant l’intégrité de l’État angolais.
Ce projet vise à transformer une revendication explosive en compromis historique : ni sécession, ni soumission, mais un modèle de gouvernance adapté aux réalités locales et porteur de paix durable.
Un appel à tous les acteurs
Dans ses messages, l’APPC s’adresse à toutes les composantes du conflit. Aux anciens combattants, elle rend hommage et promet une réintégration digne. Aux groupes armés, elle tend la main, les invitant à remplacer les fusils par le dialogue. Au gouvernement angolais, elle rappelle les Accords de Namibe de 2006, restés inachevés, et exige leur application concrète.
L’organisation va plus loin en proposant la création d’une commission mixte de suivi élargie, intégrant non seulement les signataires des accords, mais aussi les mouvements non signataires, la société civile, la diaspora et des observateurs indépendants. Objectif : donner au processus de paix une légitimité incontestable et une inclusivité irréversible.
Entre histoire et renaissance
Le Cabinda est un paradoxe : une petite enclave, mais un immense symbole. Pendant des décennies, son nom a été associé à la violence et aux promesses brisées. Aujourd’hui, l’APPC veut l’associer à la réconciliation et à l’avenir. Son pari est simple et redoutable : faire de l’autonomie accrue une voie médiane, un chemin de dignité, où la politique cesse d’être confrontation pour devenir l’art de préserver la paix et l’identité.
Dans la douleur de son histoire, le Cabinda tient peut-être la clé d’une renaissance angolaise plus large : celle d’un pays capable d’unir ses diversités sans les étouffer.

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