Regroupant le PGP, CDJ, URDP, PNPT, ACR et le PDN, la Coalition pour la nouvelle République (CNR) et ses alliés, Ensemble pour le Gabon (EPG) d’Alain-Claude Bilie-By-Nze et REAGIR, ont prononcé, le samedi 7 mars à Libreville, un discours sur l’état de la nation. Lu par Benoît Mouity Nzamba (PGP) en l’absence du président Vincent Moulengui Boukosso, leur déclaration dresse un réquisitoire sévère contre le pouvoir en place : promesses non tenues, engagements bafoués, et un bilan jugé catastrophique depuis le coup d’État du 30 août 2023. L’exécutif est accusé de mensonges, d’inhumanité, de machiavélisme et de dérive autocratique.

Le président du PGP, Benoît Mouity Nzamba (4è à partir de la gauche), s’exprimant pour tous les membres de la CNR et alliés dont l’ancien Premier Alain-Claude Bilie-By-Nze. © GabonReview

 

Comme lors de la première sortie de ce conglomérat de formations politiques, en décembre 2025, la Coalition pour la nouvelle République (CNR) a réuni, le 7 mars, à la Chambre de commerce de Libreville, le PGP, le CDJ, l’URDP, le PNPT, l’ACR et le PDN et ses alliés Ensemble pour le Gabon (EPG) et REAGIR pour une déclaration sur l’état de la nation gabonaise. En présence des responsables de ces forces politiques inscrites dans l’opposition parmi lesquels l’ex-chef de gouvernement, Alain-Claude Bilie-By-Nze, et Michel Ongoundou Loundah de REAGIR, en lieu et place du professeur Vincent Moulengui Boukosso, Benoît Mouity Nzamba, le président du PGP, a lu un texte qui inventorie, de fond en comble, selon eux, l’ensemble des manquements du pouvoir dirigé depuis le 30 août 2023 par le président Brice Clotaire Oligui Nguema.

«Le Gabon est devenu le pays des coupés-coupés…»

Moments de la déclaration de la CNR, le 7 mars 2026 à Libreville. © GabonReview

De plus d’une quarantaine de minutes, la déclaration de la CNR a évoqué et dénoncé ce qu’elle considère conne des «mensonges d’État». Le premier grief a porté sur le mensonge érigé en mode de gouvernance, avec un «bilan accablant» sur l’emploi des jeunes. Le chef de l’exécutif avait promis, ont-ils rappelé : «je n’ai pas d’adversaire, mon seul adversaire, c’est le chômage des jeunes», invitant les jeunes à déposer, à la Fonction publique, des dossiers de recrutement. Plus de 140.000 dossiers ont de ce fait été déposés, a assuré la CNR ajoutant que le chef de l’Etat avait de même annoncé, courant 2025, qu’il allait créer 163 000 emplois.

Or, pour le collectif de l’opposition, aucune réalisation n’a suivi, tandis que la dette publique a explosé : partant de 56,7% du PIB fin-2023, il pourrait atteindre 87% en 2027, selon l’Agence Fitch Ratings, sans investissements productifs, alors même que les services essentiels sont coupés. «Le Gabon est devenu le pays des coupés-coupés : l’eau coupée, l’électricité coupée, la bourse des élèves et étudiants coupée, les routes coupées, l’école coupée, le travail coupé, les réseaux sociaux coupés», a ironisé Benoit Mouity Nzamba.

Il a de même dénoncé et déploré le fait des enseignants précarisés dont les accords signés n’ont produit aucun effet. «Le gouvernement se cache désormais derrière des «soucis techniques» pour justifier ce que la CNR et les partis alliés qualifient sans ambiguïté d’un énième grossier mensonge d’État», a lancé Mouity Nzamba, relevant de même que Nazih Marwan Al-Azzi, le célèbre activiste libanais au verbe incendiaire, n’a toujours pas été extradé du Liban vers le Gabon.

Un visage hideux envers les vulnérables

Dans le sillage des dénonciations, pour la CNR le pouvoir affiche un visage hideux envers les vulnérables, avec une vie chère galopante et des déguerpissements forcés à Libreville, Ntoum ou Port-Gentil sans préavis ni relogement. «Au moment où nous parlons, les déguerpis du carrefour SNI sont parqués dans un gymnase, à proximité du Lycée technique Omar-Bongo, dans des conditions d’hygiène inhumaines, quand d’autres compatriotes continuent de squatter, sous les décombres érigés en abris de fortune, derrière l’Assemblée nationale, sans que cela n’émeuve les gouvernants», a relevé le porte-parole de la CNR évoquant des conditions inhumaines, tandis que la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et la Caisse nationale de garantie sociale (CNAMGS) ont suspendu les remboursements, les hôpitaux forçant les familles à payer 70 000 francs CFA pour une ambulance publique.

Selon ce front de l’opposition, en effet, «sur le plan de la couverture sociale, la CNSS et la CNAMGS traversent une crise de gouvernance profonde dont les responsabilités peinent à être établies. Les remboursements de soins sont suspendus ou fortement réduits». L’inflation des produits de base et la suppression des subventions au groupe Ceca-Gadis font partie du tableau sombre brossé par les opposants qui estiment que cela aggrave le chômage à travers le pays.

Affaiblir l’opposition et ériger l’UDB en parti unique

La CNR a par ailleurs évoqué ce qu’elle qualifie de machiavélisme et autocratie du pouvoir qui, selon elle, se manifeste par des intimidations, arrestations arbitraires de syndicalistes, opposants et journalistes, violant la Constitution et la Charte africaine. Le groupe conduit pour la circonstance par le président du PGP a, en outre, abordé la suspension des réseaux sociaux suspendus par la Haute autorité de la Communication (HAC), en février, qui isole les citoyens et viserait à affaiblir l’opposition et à ériger l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB) en parti unique.

«Ce qui est, pour la CNR, les partis politiques alliés et des nombreux abonnés, un recul démocratique inacceptable», regrettent-ils. Ces pratiques bafouent l’état de droit promis, créant un climat de peur pour liquider, estiment-ils, le pluralisme politique. «La suspension par la Haute Autorité de la Communication des réseaux sociaux, en flagrante violation de l’article 14 de la Constitution qui consacre la liberté d’accès à l’information, s’inscrit dans le continuum d’isolement et de bâillonnement systématique des abonnés», ont-ils fait savoir.

Appel à un plus large front uni démocratique des patriotes gabonais

Alertant donc sur ces dérives amplifiées depuis 2023, loin des espoirs initiaux, la CNR et ses alliés appellent à un front uni pour une vraie rupture. Ils comptent sur la presse pour porter cette voix alternative et élargir le cercle des alliés face à un «pouvoir cynique et amateur». Appelant à un large front uni démocratique des patriotes gabonais, la CNR a indiqué que «la dignité d’un peuple n’est pas une notion abstraite. Elle se mesure à sa capacité à nommer les choses par leur nom, à refuser de se laisser gouverner par le mensonge et à exiger pour ses enfants un avenir meilleur que celui qu’on tente de lui voler une génération de plus».

«Nous n’acceptons pas que le coup d’Etat du 30 août 2023 ait simplement servi à remplacer un système prédateur par un autre plus militarisé. Nous n’acceptons pas que notre dignité soit tournée en dérision par des gouvernants qui, de façon cynique, utilisent les concepts de la démocratie pour couvrir les pratiques de l’autocratie. Nous n’acceptons pas que nos enfants soient toujours victimes des crimes dignes rituels. Nous n’acceptons pas que la quiétude des Gabonais soit troublée par une criminalité galopante», ont récusé les membres de la CNR.

 
GR
 

0 commentaire

Soyez le premier à commenter.

Poster un commentaire