La torture persiste, l’OMCT et la société civile appellent à de vraies réformes au Gabon
À l’occasion de l’examen du Gabon par le Comité des Nations Unies contre la torture, l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et plusieurs organisations de la société civile, dont SOS Prisonniers Gabon (SPG), alertent sur la persistance de pratiques de torture et de mauvais traitements dans les lieux de détention. Dans un rapport alternatif publié ce mardi 21 avril 2026, elles exhortent les autorités à faire de la prévention de la torture une priorité centrale des réformes politiques en cours.

En plaçant la lutte contre la torture au centre de l’agenda politique, le Gabon pourrait répondre à ses obligations internationales et restaurer durablement la confiance entre l’État et les citoyens. © GabonReview
À la faveur de la 84e session du Comité des Nations Unies contre la torture (13 avril – 1er mai 2026), Organisation mondiale contre la torture, le Centre d’études et de soutien au développement local, SOS Prisonniers Gabon et le Réseau Foi, Culture et Éducation ont publié un rapport alternatif accablant sur la situation au Gabon. Les auteurs y dressent un constat préoccupant et appellent les autorités à placer la lutte contre la torture «au cœur des réformes politiques».
Selon ces organisations, les transformations institutionnelles en cours dans le pays constituent une opportunité décisive pour renforcer l’État de droit et aligner le Gabon sur ses engagements internationaux, notamment ceux découlant de la Convention contre la torture.
Des pratiques persistantes dans les lieux de détention
Le rapport met en lumière des allégations récurrentes de torture et de mauvais traitements dans les prisons, les commissariats et certains centres de détention relevant des services de sécurité. Témoignages à l’appui, il évoque des passages à tabac, des détentions au secret prolongées et des pressions visant à obtenir des aveux.
Ces dérives seraient favorisées par des garanties procédurales insuffisantes dès les premières heures de détention, notamment un accès limité à un avocat et un contrôle judiciaire jugé défaillant. Les auteurs pointent également l’existence de lieux de détention non officiels ou mal encadrés, où les risques d’abus sont accrus et les mécanismes de contrôle quasi inexistants.
L’ombre persistante des violences post-électorales de 2016
Le rapport revient longuement sur les violences ayant suivi l’élection présidentielle d’août 2016, considérées comme révélatrices de dysfonctionnements structurels. Les forces de sécurité sont accusées d’avoir fait un usage excessif de la force, incluant des tirs à balles réelles et des arrestations massives.
Malgré la gravité des faits rapportés, les organisations dénoncent l’absence d’enquête indépendante et approfondie à ce jour. Cette situation alimente, selon elles, un sentiment d’impunité et fragilise la confiance des citoyens envers les institutions.
Défenseurs des droits humains sous pression
Les auteurs du rapport s’inquiètent également du traitement réservé aux défenseurs des droits humains, syndicalistes et lanceurs d’alerte. Plusieurs cas d’arrestations, de détentions arbitraires et de poursuites judiciaires sont documentés.
Certaines personnes auraient été maintenues au secret plusieurs jours, sans accès immédiat à un avocat. Pour les organisations signataires, ces pratiques traduisent une instrumentalisation du système judiciaire à des fins de dissuasion, contribuant à restreindre l’espace civique.
Une série de recommandations structurantes
Face à ces constats, les organisations formulent une série de recommandations à l’attention des autorités gabonaises. Elles préconisent notamment :
- une révision du cadre juridique pour aligner la définition de la torture sur les standards internationaux ;
- la fin de l’imprescriptibilité des actes de torture et leur poursuite systématique ;
- la mise en place effective d’un mécanisme national de prévention de la torture (MNPT) ;
- l’ouverture des lieux de détention aux organisations de la société civile ;
- la lutte contre la surpopulation carcérale ;
- la conduite d’enquêtes indépendantes sur toutes les allégations, en particulier celles liées à 2016 ;
- la protection des victimes, témoins et défenseurs des droits humains.
Plus largement, les signataires insistent sur la nécessité d’une volonté politique claire pour rompre avec les pratiques dénoncées. «Sans réformes profondes et effectives, le risque de perpétuation des abus demeure élevé», préviennent-ils.
En plaçant la lutte contre la torture au centre de l’agenda politique, concluent-ils, le Gabon pourrait non seulement répondre à ses obligations internationales, mais aussi restaurer durablement la confiance entre l’État et les citoyens.













1 Commentaire
Pour mettre fin à tous les criminels le gvnmt,forces de défenses, tous devraient être poursuivi par le Tribunal penal Internacional à des lourdes peines jusqu’à 150 ans