L’essor du numérique a ouvert un boulevard d’opportunités pour les entrepreneurs gabonais, mais il a aussi créé un terreau fertile pour une nouvelle forme de criminalité : les arnaques en ligne. En effet, derrière de belles photos et des images alléchantes de produits, tels que des sacs, chaussures, ustensiles de cuisine, draps, etc., se cachent souvent des réseaux d’escrocs bien organisés. Sur le terrain, ce sont principalement les femmes, désireuses d’équiper leur foyer ou de se lancer dans le petit commerce, qui sont les victimes les plus vulnérables.

Au Gabon, les arnaques dans l’achat d’articles en ligne sont de plus en plus fréquentes. © D.R.

 

Au Gabon, l’achat en ligne, notamment via les réseaux sociaux, s’est imposé comme une solution de facilité pour de nombreux Gabonais. Il permet d’accéder à des articles venus de l’extérieur sans passer par les longs et coûteux circuits d’importation traditionnels. Pour les petites et moyennes entreprises dirigées par des femmes, l’e-commerce est synonyme de diversification de l’offre et d’un approvisionnement rapide. 

Cependant, la réalité est souvent cruelle. Les témoignages de déception et de perte d’argent se multiplient au Gabon. «J’ai payé pour un ensemble de marmites en inox, magnifiques sur la photo. J’ai reçu de la ferraille de mauvaise qualité. Quand j’ai réclamé, le compte avait disparu», nous confie Martine, une jeune commerçante au quartier Nzeng Ayong.

Le scénario est récurrent : les «entreprises» d’arnaqueurs utilisent une façade de légitimité en ligne. Elles publient des images de produits de marque ou de haute qualité, incitent à l’achat rapide et exigent un paiement anticipé, souvent via des plateformes de transfert d’argent mobile, rendant toute traçabilité et tout remboursement quasi impossibles. Un entrepreneur de 30 ans, Lauritha Biteghe nous raconte. «Aujourd’hui je possède mon magasin, mais je me suis fait escroquer un montant de 180 000 FCFA par une Camerounaise et une Gabonaise. Je cherchais un fournisseur et je suis tombée sur les publications d’une dame sur Facebook, une Camerounaise, mais j’avais tellement peur de me faire arnaquer et je le lui ai dit. Donc pour me rassurer, elle m’a passé le numéro de sa collègue gabonaise qui vit ici, mais c’était un complot», dit-elle en rappelant qu’après avoir effectué le dépôt des 180000, on lui a demandé de patienter deux semaines pour recevoir ses robes, sauf que l’attente est devenue longue allant jusqu’à un mois et Lauritha n’a jamais reçu son colis. «J’avais le cœur en petits morceaux, mais je n’avais rien d’autre à faire, je n’avais personne chez qui me plaindre». 

Une vulnérabilité ciblée

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Si les arnaques en ligne touchent tout le monde, les femmes au Gabon semblent particulièrement visées dans le contexte du commerce et de l’équipement domestique. Leur volonté d’améliorer leur cadre de vie ou de générer un revenu stable par le commerce les expose davantage aux offres d’achat groupé ou aux prix prétendument imbattables.

Le préjudice n’est pas seulement financier, il est aussi moral et social. Ces sommes perdues représentent souvent l’épargne d’une vie, le capital d’un futur commerce ou l’argent destiné aux besoins primaires de la famille. La honte et la colère empêchent parfois les victimes de dénoncer l’escroquerie, laissant les fraudeurs opérer en toute impunité. «Je voulais acheter les ensembles draps et rideaux pour la maison, j’ai fait un transfert de 150 000, la dame m’a bloquée juste après ça. J’ai appelé l’agence de transfert pour annuler la transaction, mais ils m’ont dit qu’elle avait déjà retiré les sous», nous confie Chalvie encore sous le choc  

Anatomie d’une arnaque numérique

D’après un informaticien contacté par GabonReview, les techniques des arnaqueurs sont de plus en plus sophistiquées. D’après O.N, ils passent par : «L’usurpation visuelle c’est-à-dire qu’ils utilisent de photos et vidéos volées de catalogues internationaux pour créer une illusion de qualité. Certains passent par l’urgence artificielle, autrement dit ils créent des offres limitées, des ventes flash ou encore exigent de payer immédiatement pour réserver l’article, coupant court à toute vérification », l’informaticien et étudiant en cybercriminalité souligne que les plateformes sociales deviennent aujourd’hui des vitrines trompeuses, où la confiance est l’unique monnaie d’échange, et la crédulité, le talon d’Achille des acheteurs.

Un appel à la vigilance et à la réglementation

Face à cette vague de fraudes, la société civile appelle à une vigilance accrue. «Il faudrait toujours vérifier l’existence physique de l’entreprise ou du commerçant et moi, ce que je fais c’est que je paie toujours à la livraison et ça, c’est si le produit est impeccable», explique Lauritha B. 

Mais au-delà des précautions individuelles, la nécessité d’un cadre réglementaire plus strict pour le commerce électronique au Gabon se fait également sentir. Lutter contre ces arnaques numériques est devenu un impératif pour sécuriser la transition digitale de l’économie gabonaise et protéger ses citoyens, en particulier celles qui portent l’ambition de l’entrepreneuriat et du bien-être familial. Sans mesures fortes, les miroirs aux alouettes numériques continueront d’attirer et de ruiner les plus confiants. Des mesures concrètes devraient être priorisées pour endiguer ce fléau qui mine la confiance dans l’e-commerce par les autorités gabonaises, reste à savoir quand elles seront effectives. 

Thécia Nyomba (Stagiaire)

 
GR
 

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