Le samedi 25 avril à Paris, ils ont bravé l’hésitation, les caméras et la peur des représailles pour se planter, debout, face à l’ambassade du Gabon. Des membres de la diaspora ont tenu un sitting remarqué aux abords de la représentation diplomatique gabonaise dans la capitale française, brandissant leurs griefs contre un pouvoir qu’ils accusent de piétiner méthodiquement les libertés civiques. Le message était sans équivoque : le Gabon d’Oligui Nguema ne tient pas ses promesses.

Thibault Adjatys au premier plan, visage de la mobilisation numérique gabonaise. Le samedi 25 avril à Paris, les claviers ont laissé place aux pavés. © D.R.

 

Joint au téléphone, c’est Bernard Rekoula, lanceur d’alerte et commentateur politique et environnemental, qui a restitué le décor avec la franchise qui le caractérise. Pas de détour, pas d’ambiguïté : «Nous avons voulu marquer notre désapprobation face à la situation du pays qui, pour nous, se détériore de plus en plus. Notamment, les droits civiques, les libertés et autres, qui sont attaqués au profit de la volonté du dirigeant actuel.» Une phrase qui résume à elle seule la désillusion d’une frange croissante de la diaspora, qui croyait, il y a encore peu, à l’aube d’une ère nouvelle.

Des noms, des visages, des scandales

Quelques visages, moments et pancartes d’un samedi parisien de résistance. Derrière eux, de nombreux étudiants gabonais présents mais hors champ, la peur des représailles plus forte que l’envie d’exister sur une image. © D.R.

La colère n’est pas abstraite. Elle porte des noms. Les manifestants ont réclamé la libération immédiate de Bob Fernand Mengome, en détention préventive prolongée sans, selon eux, aucune nécessité légale. Ils ont surtout mis en lumière le cas glaçant de Kelane Obone Eyeme, mère la petite Bibana Berekia, âgée de 23 mois, disparue depuis près d’un an en plein Libreville, dont le seul crime aura été de crier son désespoir sur les réseaux sociaux et d’interpeller personnellement le président Oligui Nguema ainsi que son épouse Zita Oligui. Résultat : une arrestation, des jours de détention, des sévices. «Elle avait été arrêtée, molestée pendant plusieurs jours», rappelle Christain Bernard Rekoula, la voix sans tremblement.

Les ordonnances controversées, le code de la nationalité, la suspension des réseaux sociaux, ont également été clouées au pilori. Les manifestant se sont interrogés sur l’urgence les justifiant. Introuvable, selon eux. La situation de Bilie-By-Nze a par ailleurs été évoquée en marge du rassemblement.

Le réveil d’une diaspora qu’on croyait résignée

C’est peut-être là la donnée la plus significative de ce samedi parisien : ceux qui avaient raccroché sont revenus, et pas des moindres. Éloïse Bouanga, fille de l’ancien international de football Guy Mbina, était de la partie. Thibault Adjatys, voix influente de la diaspora sur les réseaux sociaux, et Franck Jocktane, militant chevronné des droits humains et de la démocratie, avaient également répondu présent. L’activisme numérique gabonais était incarné par Mister le Phénix, figure de proue de la mobilisation en ligne. Et pour donner à ce rassemblement toute sa profondeur historique, Hugues Sylvain Méfane Métoua, l’homme qui a organisé, sous Ali Bongo, les marches du Trocadéro durant neuf ans consécutifs, était là, fidèle au poste.

Des étudiants avaient fait le déplacement, mais ont refusé d’être filmés, redoutant des représailles ou des ruptures de bourse au pays. Les renseignements généraux français veillaient, sans hostilité, garants du bon ordre républicain. Encadrée, déterminée, la diaspora gabonaise annonce déjà la prochaine mobilisation. Le brasier, visiblement, ne demandait qu’à se rallumer.

 
GR
 

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