Le PNCD 2026-2030, le nouveau plan de développement du gouvernement post-transition, contient une confession que peu d’États africains auraient le courage d’écrire. Elle tient en quelques chiffres qui font mal.

Un quartier de Libreville. Derrière la capitale du pays le plus riche d’Afrique centrale, 20 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. ©GabonReview/DW/C.-M. Kostmann

 

7 540 dollars par an (approximativement 4,3 millions de francs CFA ; soit près de 358 000 francs CFA par mois). C’est le revenu théorique annuel par habitant au Gabon en 2022, selon la Banque mondiale : l’un des plus élevés d’Afrique subsaharienne.

Un pays assis sur du pétrole, du manganèse, du bois, des forêts classées patrimoine mondial. Un pays qui produit des richesses considérables depuis un demi-siècle. Et pourtant, le même document officiel lâche le chiffre qui devrait hanter chaque réunion ministérielle : 34,6 % des Gabonaises et des Gabonais vivent sous le seuil de pauvreté monétaire en 2024. Un habitant sur trois. Dans l’un des pays les plus riches du continent. Ce n’est pas une statistique de façade. C’est celle de la Banque mondiale, citée sans détour par le PNCD 2026-2030 lui-même.

Une fracture, pas un déséquilibre

Derrière ce chiffre national se cache une réalité encore plus brutale. Le PNCD la documente avec une précision inhabituelle : dans les zones rurales du sud, notamment la Nyanga, l’Ogooué-Lolo, le taux de pauvreté atteint 50 %, contre 20 % à Libreville. La moitié des habitants de ces provinces vit dans la pauvreté, pendant que la capitale concentre à elle seule 40 % de la population nationale et génère 60 % du PIB. Le plan chiffre l’abîme : «Le PIB par habitant urbain est de 10 000 USD en 2022, contre 3 000 USD en rural», selon les données de la Banque mondiale citées par le plan. Un écart de un à trois points, entre compatriotes, dans le même pays.

Les femmes sont les premières victimes de cette fracture : leur taux d’emploi n’atteint que 45 %, leurs revenus dans le secteur informel sont 30 % inférieurs à ceux des hommes, et ce secteur informel, sans couverture, sans retraite, sans filet social, absorbe 60 % de la main-d’œuvre gabonaise. Le document le reconnaît sans ambages : ces travailleurs sont quasiment exclus des mécanismes de protection. En 2021, seulement 1,75 % du PIB était consacré à la protection sociale. La CNAMGS, souvent présentée comme la fierté sociale du pays, ne couvre formellement que 25 % de la population.

L’argent a circulé. Il n’est pas descendu.

La confession la plus cinglante du plan est peut-être celle-ci, noyée dans les tableaux statistiques : entre 2017 et 2024, malgré des milliards engloutis dans des plans de développement successifs, la consommation privée des ménages est passée de 2616 à 2615 milliards de francs CFA. Zéro progression en sept ans. Le PNCD nomme lui-même le coupable : L’atonie «révèle l’inefficacité des politiques de redistribution et l’absence d’effet de ruissellement des investissements publics massifs vers les ménages.» Une phrase d’une brutalité rare dans un document d’État. Elle signifie, en clair, que l’argent public a bien été dépensé, mais qu’il n’a jamais atteint les familles gabonaises ordinaires.

Face à ce tableau, le PNCD promet de réduire le taux de pauvreté de 34,6 % à 15 % en cinq ans. Donc de moitié. En un quinquennat ! Aucun pays au monde, hors reconstruction post-guerre, n’a réalisé pareille performance en si peu de temps. Le document le sait. Il fixe l’objectif quand même. Ce grand écart entre l’honnêteté du diagnostic et l’irréalisme des cibles est, en soi, le résumé parfait de soixante ans de gouvernance gabonaise : voir juste, promettre trop, livrer peu.

 
GR
 

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