RGPL : entre méfiance des ménages et pédagogie du terrain, le recensement à l’épreuve du réel
Alors que la phase opérationnelle du Recensement général de la population et des logements bat son plein sur l’ensemble du territoire gabonais, les équipes déployées sur le terrain se heurtent à une réalité moins docile qu’escompté. Refus d’ouvrir les portes, questionnaires jugés intrusifs, impatience des ménages : la collecte des données démographiques se révèle un exercice autant social que statistique.

Des agents du RGPL dans le Woleu-Ntem. © GabonReview (capture d’écran)
À mesure que les agents recenseurs sillonnent quartiers, villages et bourgades des neuf provinces, une vérité s’impose : mobiliser les populations autour d’un formulaire n’a rien d’une évidence. Les portes tardent à s’ouvrir, les regards se font méfiants, et les questionnaires de trente à quarante minutes peinent à trouver des interlocuteurs disponibles. Entre incompréhension et défiance, le RGPL se confronte, dans sa phase opérationnelle, aux résistances diffuses d’une société que les chiffres n’ont pas encore tout à fait apprivoisée.

Agents recenseurs sur le terrain. ©GabonReview (capture d’écran/ Gabon1ere)
Face à cette situation, les responsables du recensement ont intensifié les actions de sensibilisation directe. Le week-end écoulé, une descente a été organisée dans plusieurs quartiers et camps de la capitale, dont celui de Baraka. «Aujourd’hui, nous avons effectué une descente au sein des camps, notamment celui de Baraka, pour sensibiliser les ménages collectifs à l’ouverture des portes aux agents recenseurs. Se laisser recenser, c’est permettre de savoir combien nous sommes, où nous vivons et comment planifier l’avenir», explique Coryne Kapucyne Nzeng, responsable de la cellule de communication du RGPL.
Les autorités rappellent par ailleurs que l’opération est strictement statistique, sans aucun objectif fiscal, policier ou répressif, et concerne toutes les personnes résidant sur le territoire, gabonaises comme étrangères.
Malgré ces assurances, les populations demeurent perplexes, et pour cause : dans de nombreux foyers, le questionnaire du RGPL produit une impression troublante de garde-à-vue statistique, comme si l’agent recenseur tenait davantage du policier en civil que du technicien de la démographie. «On m’a demandé si j’avais un téléphone ‘’allo allo’’ ou un smartphone. Franchement, c’est quel genre de questions ?», s’étonne un habitant. Au quartier Awoungou, une résidente confie son malaise : «On vous pose des questions sur le gaz, les appareils électroménagers, et même si le mari est souvent présent ou s’il voyage. Pour moi, ce sont des questions un peu déplacées.» Du côté des agents, ces items permettent pourtant d’évaluer les conditions de vie des ménages et d’estimer le nombre réel de personnes occupant un foyer.
Dans ce contexte tendu, les responsables du RGPL misent résolument sur la pédagogie pour dissiper le spectre du flicage. Car l’enjeu demeure considérable : produire des données fiables pour orienter les politiques publiques et planifier le développement du pays sur des bases solides.
Thécia Nyomba













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