Virginité à 1 million CFA, placements en ligne : plongée dans l’économie souterraine du sexe au Gabon

Illégal sur le papier, florissant dans l’ombre : le marché du sexe au Gabon dessine une réalité implacable. Derrière la façade d’un État de droit, ce commerce clandestin prospère grâce aux réseaux sociaux, gangrène les institutions, expose une jeunesse sacrifiée et révèle l’un des plus graves désastres sanitaires du continent.

13 300 membres sur WhatsApp : la prostitution n’est plus clandestine, elle est organisée comme une entreprise. Ce marché du sexe est le miroir obscur d’une société gabonaise en crise, où la loi s’effondre et l’innocence des enfants s’éteint. © afrique-sur7
La nuit gabonaise ne se raconte pas dans les rapports officiels. Elle s’organise dans des groupes WhatsApp cryptés, s’affiche en vidéos TikTok, se négocie dans les arrière-salles d’hôtels pas toujours regardant du fait du droit à la liberté, et se banalise dans le langage des jeunes qui parlent désormais de «placements» comme on parlerait d’un emploi saisonnier. Relayé par de nombreux médias locaux, le démantèlement en août 2025, il y a 3 semaines exactement, d’un réseau regroupant 13 300 membres et 66 administrateurs n’a pas seulement révélé une mécanique économique : il a dévoilé une démission collective, où l’État ferme les yeux, où la loi se tait, et où l’humain se perd.
Une économie parallèle qui humilie la loi
Criminalisée par le Code pénal, la prostitution n’en est pas moins une industrie qui s’étale sans vergogne. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 20 000 à 30 000 francs CFA la prestation, 8 000 francs CFA de commission pour les intermédiaires, des hôtels et boîtes de nuit transformés en agences clandestines, à l’insu des tenanciers. L’ONUSIDA évoque-t-elle 400 travailleuses du sexe dans tout le pays ? La réalité, mise au jour par la police judiciaire, démontre que ce chiffre ne représente même pas 5 % de la situation effective.
La loi interdit, mais le marché structure. Les mots changent : on ne dit plus prostitution mais «placement». Le lexique policé masque le sordide. Et dans l’ombre, les flux financiers circulent, blanchis par des comptes bancaires ordinaires, irriguant une économie parallèle que l’État tolère tacitement. C’est une humiliation pour le droit : proclamé d’un côté, bafoué de l’autre, et piétiné par une pratique que tout le monde connaît mais que personne n’affronte.
Une bombe sanitaire que l’État feint d’ignorer
Ce marché n’est pas seulement illégal : il est mortifère. 88,6 % des travailleuses du sexe au Gabon seraient séropositives, selon une étude comparative (toutefois controversée) publiée en 2017 dans Prime Scholars. Ce chiffre, à lui seul, devrait déclencher un plan Marshall de santé publique. À peine 40,5 % se font dépister, selon la même étude. Seules 57,9 % utilisent systématiquement le préservatif. Le contraste est brutal avec la prévalence nationale de 3,9 %. Ici, le VIH n’est pas une menace abstraite : il est une réalité massive, concentrée, explosive.
Ce silence institutionnel tue. Car refuser de reconnaître cette bombe sanitaire, c’est accepter que des milliers de vies soient broyées dans l’ombre. C’est faire peser sur le pays un fardeau épidémiologique qui, demain, éclatera en pleine lumière.
L’inavouable : des enfants vendus comme marchandises
Mais l’horreur dépasse la seule économie parallèle et la crise sanitaire. Depuis la pandémie de Covid-19, une nouvelle réalité s’est imposée : la prostitution enfantine. Des fillettes de 8 ans sont livrées aux appétits des prédateurs. Leur virginité se vend désormais à 1 million de francs CFA (1 500 euros). Ce n’est plus seulement de l’exploitation : c’est un marché du viol institutionnalisé.
Les données de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) sont accablantes : 42,8 % des victimes de trafic identifiées au Gabon sont des filles mineures. Et près d’un tiers de ces victimes sont gabonaises. Le pays n’est plus seulement une destination ou un point de transit : il est devenu le théâtre d’un trafic intérieur. Ici, l’enfance n’est pas protégée : elle est marchandisée. Et les institutions censées la défendre se taisent. Corruption policière, extorsions, laxisme hôtelier : tout un système avalise ce crime collectif.
Le marché du sexe au Gabon n’est pas une anecdote sordide : c’est le miroir obscur d’une société en crise. Il révèle l’écart béant entre les lois et leur application, entre les chiffres officiels et les réalités de terrain, entre les promesses d’État et les compromissions institutionnelles. Une économie parallèle qui défie le droit, une bombe sanitaire ignorée, une enfance sacrifiée : voilà la vérité nue, que le pays refuse de regarder en face.
Le scandale n’est pas seulement que des mineures soient prostituées dès 8 ans, que des réseaux numériques brassent des millions, ou que près de 90 % des travailleuses du sexe soient séropositives. Le scandale est que cette réalité, connue de tous, perdure dans un silence complice. Et que l’État, au lieu d’affronter ce marché souterrain, choisisse d’y survivre en spectateur.

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