Bérenger Obame Ndoutoume, le jeune vendeur de l’ancienne Gare routière, ne se serait pas lui-même immolé, selon son père, Fidèle Ndoutoume Engongah. De plus, l’auto-immolé n’a jamais été étudiant à l’Université Omar Bongo.

Brandissant les notes prises au chevet de fils, Fidèle Ndoutoume Engonga, le père du présumé suicidé par le feu. © Gabonreview-Capture d’écran

Brandissant les notes prises au chevet de son fils, Fidèle Ndoutoume Engonga, le père du présumé suicidé par le feu. © Gabonreview-Capture d’écran

 

Bérenger Obame Ndoutoume, 28 ans, jeune commerçant gabonais, décédé dans la nuit du 5 au 6 novembre dernier, quatre jours après s’être officiellement transformé en torche humaine pour protester contre le racket et les violences policières, ne serait pas l’auteur de l’acte qui l’a amené à la mort. Des voix s’élèvent de plus en plus pour dénier la version qui voudrait qu’il se soit immolé avant de décéder des suites de ses brûlures.

Le fait que les technologies de l’information et de la communication soient désormais à la portée de toutes les bourses, a considérablement changé la circulation de l’information. Le téléphone le moins sophistique dispose d’au moins un petit appareil photo, faisant de tout le monde un reporter ou un enquêteur sur une question, une cause et autre. C’est dans ce contexte, pour en venir au cas Bérenger Obame Ndoutoume, qu’une vidéo tournée par le vidéo-blogueur, Chamberland Moukouama, circule sur Facebook. Le document visuel donne la parole à Fidèle Ndoutoume Engonga, père du jeune homme immolé, professeur de sciences naturelles à la retraite depuis 11 ans. S’appuyant sur des notes qu’il assure avoir pris au chevet de son fils à l’Hôpital d’instruction des armées Omar Bongo Ondimba, il donne la version des faits que lui a relatée Bérenger Obame Ndoutoume.

Berranger Obame, tel que montré sur les réseaux sociaux : la tête intacte et le polo à peine brûlé. © Infos Kinguelé

Berranger Obame, tel que montré sur les réseaux sociaux : la tête intacte et le polo à peine brûlé. © Infos Kinguelé

Sur la vidéo, Fidèle Ndoutoume Engonga lit donc ce qu’il aurait recueilli et noté des paroles de son fils. Bérenger Obame Ndoutoume aurait donc raconté : «Je posais des questions à celui [un policier – ndlr] qui était resté avec moi : Ah, mon frère, tu gagnerais quoi en brulant ma marchandise ? Tu préférerais que je sois un voleur ? Tout le monde ne peut pas être dans un bureau. C’est ça mon activité, vendeur de friperie… ». Poursuivant la discussion avec son interlocuteur le jeune homme a raconté, toujours rapporté par son père : «dans ce cas, trouvez un site où on ne va plus nous déranger. Au même moment, un autre agent arrive avec un bidon de pétrole. Il a aspergé le pétrole sur ma marchandise. Je me suis couché sur ma marchandise, croyant que quand ils me verraient ainsi, ils auraient pitié. Je disais : pardon mon frère. Ils m’ont arrosé de pétrole et ont mis le feu sur moi et ma marchandise. J’ai senti une grande douleur dans les pieds, le cou et sur tout le corps, sauf le visage». Et le père de souligner : «c’est vrai qu’il était brûlé jusqu’au cou», avant de préciser que son fils lui avait dit que s’il avait lui-même pris la décision de s’immoler par le feu, il aurait commencé à s’arroser le pétrole par le haut, donc sur la tête. «Si moi-même, je versais le pétrole sur moi, j’aurais commencé par la tête. Papa, les policiers m’ont brûlé», aurait rapporté à son père Berranger Obame.

Les propos relayés par le père du désormais présumé auto-immolé laissent songeur et ramènent au souvenir des photographies du jeune homme prises à l’hôpital et publiées sur les réseaux sociaux : son visage est en effet intact de toute brûlure tandis que son polo est à peine entamé par des traces de feu.

Que s’est-il donc réellement passé à la préfecture de police de Libreville, le 1er novembre dernier ? Si certains pensent déjà que le jeune brûlé a joué sur le registre de la victimisation en relatant cette version des faits à son père, nombreux se demandent en tout cas pourquoi le présumé suicidé était littéralement interdit de visite. Son père assure lui aussi avoir eu tout le mal du monde à accéder à la salle où il était interné, non sans faire remarquer qu’aucune relation des faits, aucun rapport ne lui a été fait par la police.

L’enseignant retraité porte, par ailleurs, un démenti sur tous les écrits et déclarations indiquant que son fils était étudiant en sociologie à l’Université Omar Bongo : il n’y a jamais été et a arrêté ses études en classe de 4e. Depuis, il gagnait sa vie en pratiquant du petit commerce.

En résumé, Bérenger Obame Ntoutoume n’aurait jamais eu l’idée ni l’envie de s’immoler. La volonté de protéger sa marchandise l’aurait poussé à se coucher sur celle-ci au moment où un policier y aspergeait du pétrole lampant, malgré son geste désespéré il aurait lui aussi été aspergé du même liquide avant qu’une allumette ne lui soit jetée. Selon Fidèle Ndoutoume Engonga, les policiers ont considéré le geste de son fils comme un acte de défiance, comme de l’orgueil.

D’aucuns estiment, au regard du récit du père de Bérenger Obame que «les autorités judiciaires savaient ce qu’il s’est réellement passé». «Ils ont vite fait d’interdire toute visite au patient à l’hôpital d’instruction des armées pour éviter des fuites», stipulent-ils. «Mais c’était trop tard puisque le jeune homme s’était déjà confié à son père», estime un Facebookeur. Meurtri, le père de Berranger Obame a refusé de récupérer le corps de son fils, indiquant qu’il voudrait bien pardonner, mais pas avant que la vérité ne soit établie et connue de tous. Pour lui, la mémoire de son fils a été salie avec la version «mensongère» des autorités. Pour cela, il ne peut pas récupérer le corps. «Que la vérité soit faite avant tout», indique-t-il, refusant fermement que cette affaire fasse l’objet d’une récupération politique. À travers les notes qu’il présente comme le testament de fils, c’est désormais sa parole contre celle de la police. Pot de terre contre pot de fer ?

 

 
 

20 Commentaires

  1. Gaboma dit :

    Il faut reconnaître que se donner la mort sous cette forme n’étant pas dans la culture gabonaise. Il est difficile à croire que ce jeune gabonais qui se battait pour vivre puisse se donner se soit suicidé.

  2. Gaboma dit :

    La DGR a du liquider ce jeune homme pour que ce dernier ne livre pas les vrais faits. A regarder les photos, ses brûlures ne pouvaient lui donner la mort. Comment est-ce que Ali et son pouvoir émergent ont-il fait pour arriver à ce point insensibles, cyniques, criminels. Tout ça pour le Gabon et les gabonais? Certainement pas, peut être pour les intérêts de Delta Synergie qui s’opposent au développement harmonieux du Gabon. Machiavel est un ange devant les PDGiste.

  3. Gaboma dit :

    Jusqu’à quand allons nous continuer à assister à de tels tragédies sans rien faire?

  4. Gaboma dit :

    Ya Ali tu est aussi père n’est-ce pas. Les enfants des pauvres qui se battent pour survivre ne sont-ils pas des humains parce que nés sous la misère construite par ton papa qui t’a laissé 300 milliards en héritage?

  5. paysane dit :

    Et pourquoi sort-on toujours ce genres de propos plusiueurs jours après les fets ? Ils y a tellement de questions a ce poser sur cette affaire que certaines logiques sont tout de même fondé, car moi également lorsque je prend une douche je commence toujours par la tête, et pourquoi subitement , quelqu’un d’aussi normal que ce frère gabonais aurais commencé par ce versé le pétrol par les pieds ? Ce qui montre dans un premier temps qu’il ne voulais pas ce donner la mort , et dans un seconds temps , s’il a commencé a prendre feu par les pieds c’est soit il s’y ai jeté lui même ou qu’on l’y a aider.
    Et pourquoi avoir interdi l’accès a la famille une fois admi à l’hopital? Et pourquoi avoir amener la victime directement a l’hopital militaire?le centre universitaire avait-il refusé de prendre en charge le brulé? Donc les détraqueurs d’un tout vas bien dans ce pays peuvent dire ce qu’ils veulent , la police, la justice et l’in-gouvernant ont des choses a dire à cette famille et aux peuples . Comme d’hab, ils n’y feront rien.

  6. tombeur dit :

    notre compatriote defunt a été victime des agents recrutés dans la mediocrité absolue de nos dirigeants. un tel acte ne peut que ce produire vu que les braqueurs d’hier sont les policiers d’aujourd’hui d’où il n’ont aucune notion du respect d’autrui. comme dementi,ils vont encore nous pondre des faux temoignages sinon ilsngarderont le silence

  7. Le Rapporteur du Palais dit :

    Avis a ce “Monsieur Professeur Penseur” qui il y a quelques jours sur ce site dans un interminable bavardage tirait des conclusions ipso facto fausses car d’hypothèses fausses. Je soutenais contre lui que ce pauvre garçon ne pouvait pas être un étudiant, car au Gabon, un étudiant de fait versus un de bouche n’avait pas besoin de se faire petit vendeur de rue pour soutenir ses études. Même les élèves du collège perçoivent des bourses. Bah, nous savons ce que nous savons !
    Quand la foudre fait une victime au Gabon, blâmez le sur Ali ou Acombressi, il y aura toujours les profiteurs de douleur de victimes et des nigauds pour les applaudir.

    • l'ombre qui marche dit :

      Un étudiant n’a pas besoin de se faire petit vendeur de rue pour soutenir ses études mais dépeceur d’hommes ça rapporte mieux n’est ce pas?

    • gaboma dit :

      Rapporteur du Palais, votre raisonnement n’étonne personne. N’adère au Pdg que les petits esprits adeptes de la vie facile. Des gens qui n’ont jamais rien mérité. De combien est la bourse? Et même si c’était un gros montant, si tes amis Ali et Accrombessi ne sont jamais rassasiés des milliards qui disparaissent tous les jours dans les caisses de l’état penses-tu vraiment qu’un étudiant qui perçoit 80000 mensuel ne peut chercher à arrondir ses fins de mois parce que on est au pays du contentement et des voies facile. Tu ne penses pas ce que tu dis. Ton cynisme de pdgiste t’empêche de manofeste un peu d’honnêteté intellectuelle. Et vous n’avez rien dit sur une police qui ment pour couvrir des criminels au lieu de protéger les faibles. Comme quoi votre seuls problèmes: les gabonais ne doivent se plaindre ou dénoncer 50 ans d’échec dans le développement de leur pays.

    • Le Juste dit :

      actuellement il y a des étudiants qui font remplisseur de taxi devant l’UOB. article sorti dans l’union, merci de vous renseigner. Vous parlez de bourse dont le montant n’a pratiquement pas varié depuis 30 ans par rapport au coût de la vie.

  8. verone dit :

    pourquoi lhopital militaire vue un cas grave et la proximie du CHU

    • l'ombre qui marche dit :

      l’hôpital militaire c’est pour l’effet psychologique car par manque d’arguments pour convaincre on vous rappellera que c’est un domaine militaire si on veut vous interner à l’hôpital militaire pensez y à deux fois avant d’accepter c’est un endroit où on peut vous trucider si vous représentez quelque danger pour les bongo ondimba et leurs affidés j’ai encore en mémoire ce chef de parti de l’opposition admis pour un abcès à une fesse et décédé sur la table d’opération ! Pierre Caver ZENG serait il mort s’il avait été amené ailleurs?

    • Le Rapporteur du Palais dit :

      Comprends toi aussi verone, on vous le dit et redit, si ce n’était cet Ali et son Acombressi, aucun Gabonais ne mourrait de maladie, tous vivraient centenaires.

  9. Mats dit :

    La Déclaration des DROITS de l’HOMME et du CITOYEN de 1793 énonce en son article 35:
    “Quand le gouvernement viole les DROITS du peuple, l’INSURRECTION est pour le PEUPLE et pour chaque PORTION du peuple, le plus sacré des droits”…
    Ceci n’est pas un appel de plus à l’insurrection. C’est juste un rappel de l’universalité de ce qui a été prévu par le texte fondamental jamais écrit sur les relations qui doivent exister entre le citoyen et ses gouvernants. Nous allons à tout moment rappeler des extraits de ce texte fondamental et ses différentes modifications…

  10. Bouka Rabenkogo dit :

    L’Esprit Saint éclaire son chemin son chemin de retour. Amen

  11. Pas Possible dit :

    Le Gabon est un pays de “droit” veut dire qu’ils ont le droit de faire ça!

  12. CABRI MORT dit :

    C’est ici l’occasion d’attirer l’attention de tous les Gabonais! Désormais laissons à ce pouvoir diabolique les victimes de ces crimes dans les morgues.Quand on aura assez de les compter, comme un seul homme, on mettra ce pouvoir à terre…

  13. moi dit :

    vs racontez n’importe koi aller o commissariat chercher la verite ssi vs le dsirer

  14. Rosée dAfrique dit :

    c’est assez étrange de trouver la mort selon son etat sur les photos…
    dans nos hôpitaux publiques la famille n’a pas accès aux salles de soin au risque d’être témoin de nombreuses maladresses des personnes de santé. même lors des accouchements, l’usagère rentre seule dans la salle d’accouchement. d’où ses nombreuses interventions chirurgicales sans queux ni tête….
    un jeune gabonais qui veut se débrouiller mérite des encouragements…..et non ce genre de remontrance…
    avec les étrangers s’est fluides car ils misent….les jeunes gabonais ne veulent pas miser…. compliqué hein!

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