À Hambourg en Allemagne, le président français s’est fait le relais d’un discours vieux de plus de 50 ans, fondé sur la peur d’éventuelles migrations. Il a, de ce fait, repris des clichés paternalistes aux relents racistes.

Emmanuel Macron. © AFP/Archives / Eric Feferberg

 

Au dernier sommet du G20 à Hambourg en Allemagne, le président français a été interrogé sur l’éventualité d’un «Plan Marshall pour l’Afrique». Naïvement, l’auteur de la question s’attendait à une réponse axée sur l’aide publique au développement. Sans nul doute, il espérait obtenir des éclaircissements sur le futur de la relation France-Afrique. Visiblement, il s’attendait à des explications sur la contribution de la France à la préservation de l’environnement, au développement humain, au progrès social et au renforcement de la gouvernance politique en Afrique. Au lieu de cela, il a eu droit à une tirade sur les trafics multiples et leurs routes, sur les processus de démocratisation et, surtout, sur la fécondité des femmes africaines. Bien entendu, toutes ces questions étaient implicitement analysées à travers le prisme de la supposée hiérarchie des civilisations et, pourquoi pas, des races.

Clichés racistes

Au-delà du sous-entendu sur la responsabilité des dirigeants africains, cette sortie a eu un mérite : montrer le vrai visage d’Emmanuel Macron. Malgré la complaisance des médias occidentaux à son égard, en dépit d’une présomption de modernité liée à l’âge, le vernis a fini par craqueler. L’homme s’est révélé sous son vrai jour.  On l’a présenté comme un crack au regard prospectif, ouvert aux autres, capable de sentir l’air du temps et d’anticiper. Il n’en est finalement rien. Le président français a repris les thèses du passé, se faisant même l’amplificateur de clichés paternalistes aux relents racistes. En l’écoutant, les uns se sont souvenus de Pascal Sevran et sa «bite des Noirs (…) responsable de la misère en Afrique». D’autres se sont remémorés de Nicolas Sarkozy et son «Africain (…) pas complètement entré dans l’histoire». Il y en a eu pour se rappeler du «toutes les civilisations ne se valent pas» cher à Claude Guéant. Dans tous les cas, le même constat est revenu : le locataire de l’Élysée fait sien un discours daté, vieux de plus 50 ans et fondé sur la peur d’éventuelles migrations.

Et pourtant, la relation entre fécondité et progrès économique a déjà été l’objet d’analyses scientifiques. Les questions de civilisation aussi. En dépit de l’opposition entre malthusiens et natalistes, toutes les études sur le lien entre démographie et niveau de vie réfutent l’effet dépressif de la population sur l’économie. Le progrès social est-il inversement proportionnel à la population ? Rien aujourd’hui ne permet de le soutenir. La France a une fécondité supérieure à l’Italie ou à l’Espagne. Est-elle, pour autant, économiquement en retard sur ses deux voisines ? Le taux de fécondité remonte dans les pays de l’Organisation de coopération et développement économiques (OCDE) ? Est-ce la résultante du progrès économique ou de la récession ? La Chine vient d’annoncer l’abandon de la politique de l’enfant unique. Est-ce le signe d’une régression économique et sociale ? Que nenni… Les questions de population s’abordent de façon globale. Parce qu’elles exigent de l’homme une meilleure maîtrise du milieu et des moyens d’existence, elles s’analysent sous l’angle de changements sociaux complexes. Santé, prévoyance sociale, environnement, urbanisation, éducation et sécurité sont, à cet égard, indissociables.

Dans le même ordre d’idées, même si la civilisation occidentale semble désormais dominer le monde, le relativisme culturel commande davantage de mesure et de prudence. Surtout de la part d’un homme d’État. Et pour cause : la traite négrière, la colonisation et même la néo-colonisation avec leur lot d’abus – dépossessions, guerres, massacres, travaux forcés, soutien aux dictatures…- ont saigné l’Afrique à blanc. On aurait aimé entendre le président français sur cette question. On aurait souhaité avoir son avis sur la contribution de l’Afrique à la richesse de l’Occident. A-t-il volontairement omis des pages entières de l’histoire ? A-t-il sciemment évité d’ouvrir le débat sur le lien entre la pauvreté endémique de l’Afrique, d’une part, et le passé et le présent de son pays, d’autre part ? Ou alors s’est-il plus prosaïquement fait l’apôtre d’une généralisation de la politique de «birth control», plus connue sous le nom de planning familial ? A-t-il voulu défendre l’existence d’une hiérarchie des civilisations ou n’a-t-il simplement pas encore pris la mesure de sa fonction et de ses exigences ? Sur toutes ces questions, on se gardera bien d’être définitif. N’empêche, on ne fermera la porte à aucune hypothèse.

Propos douteux

À première vue, la sortie d’Emmanuel Macron semble effectivement être l’expression d’un mal-être personnel. Entre les doutes suscités par son inexpérience diplomatique, les remarques sur son âge, les railleries sur son couple et la curieuse soumission des médias français à sa personne, il a manifestement du mal à trouver son équilibre. Du coup, il croit devoir innover sur tout et rien, tend à s’imposer face à tout le monde et à personne. En définitive, il cherche à se donner de la contenance ou, tout au moins, à se convaincre d’une mission messianique ou civilisatrice, en l’espèce. Vis-à-vis de l’Afrique et des Noirs, il est allé d’un dérapage verbal à une foucade et d’une foucade à une avanie. Après son propos douteux sur les Comoriens, il s’est autorisé un discours fort peu diplomatique sur le franc CFA avant de finir sur des approximations statistiques et des considérations culturelles. Où l’on arrive à se demander si tout cela ne préfigure pas les années Sarkozy en pire. Où l’on en vient à s’interroger sur son véritable socle idéologique, notamment du point de vue des relations entre les races. Marine Le Pen aurait-elle fait pire en si peu de temps ? Sans s’embarrasser du discours convenu de l’élite française, la question mérite d’être posée. Surtout, on est en droit d’émettre des doutes.

Bien entendu, certains Africains ne résisteront pas à la facilité de faire chorus avec la bien-pensance européocentriste. Ils justifieront ces propos par la mal gouvernance endémique dont souffre le continent. Ils dénonceront, pêle-mêle, la corruption, le pillage des ressources, les élections truquées, le népotisme… Ils auront beau hurler avec les loups, leurs arguments ne légitimeront jamais une telle sortie : Emmanuel Macron n’étant pas un intellectuel mais un homme d’Etat, ses idées ont vocation à influencer les rapports entre peuples. De ce point de vue, il doit faire montre de tenue et de retenue en tout lieu et en tout temps. Dès lors, une évidence s’impose : à Hambourg, il a jeté bas le masque.

 

 
 

19 Commentaires

  1. Airborne dit :

    Macron est le president des français, il pense france. Il n’est pas trempé dans les magouilles de la francafrique, sinon les medias lui auront deja criblé de tout les noms. donc, il prend le dossier des presidents africains francophone avec des pincettes pour ne pas se salir avec les mafieux, les tricheurs, les roublards.

    • Lekori dit :

      @Airbone. Quand on n’a rien à dire, on peut se taire…. Vous voyez Ali partout et ça se sent dans votre réponse? “Macron est le président des français” ? Et le journaliste dit quoi ? Ne l’appelle-t-il pas “le président français” ? Où avez-vous vu parler d’Afrique francophone ? “Il n’est pas trempé dans les magouilles” ? Ah bon ? En étant soutenu par Attali, Bolloré notamment ? Mon oeil ? “Les médias lui auront déjà criblé de tout les noms” ? Ah bon ? Mais qui sont les propriétaires de ces médias ? Canal ° c’est pour son ami Bolloré par exemple…. “Dossier des présidents francophones” ? Ah bon ? En Afrique qui a des “problèmes civilisationnels”,il n” y a que des présidents francophones ? Le Nigeria et le Ghana ne sont pas en Afrique ? Parfois, il faut se taire…. La haine d’Ali ne doit pas empêcher de réfléchir….

      • egg dit :

        C’ est le président du CAC 40. Donc les medias ne peuvent pas le critiquer parce que ces medias la appartiennent soit l ‘Etat soit aux grands groupes.
        EX quand il a rencontré sa femme il a 16 elle 40 je crois. Si l inverse on aurait parlé de détournement de mineure. Combien de media en ont parlé?

  2. Matho dit :

    Tout ça n’est que débat d’intellectuels. Près de 200ans après la traite des esclaves et bientôt 60 ans d’indépendance pour de nombreux pays, on attend des intellectuels et gouvernants africains qu’ils montrent leur capacité à jouer un rôle positif dans le concert des Nations et des Peuples. Les Asiatiques ont pris leur place et personne n’ose les mépriser si ouvertement. Arrêtons de pleurnicher et mettons nous au travail! “Le tigre ne proclame pas sa tigritude….” nous a déjà dit un aîné illustre.

    • egg dit :

      C est pas faux. Mais le faite est que ces faits de l’histoire ont eu des conséquences sur notre manière de nous penser. Prenez par ex nos présidents malgré la manière dont ils sont traités quand l’ occident n’ a plus besoin d’eux ils y vont pour cacher l argent volé à leur peuple. idem quand ils sont malades. Quand tu n es pas allé en Occident pendant tes congés c est que tu n as voyagé.

  3. Le vin de palm dit :

    Franchement un idiot comme macron, sexuellement impuissant et sterile vient faire des remontrances a nos meres…
    Pourquoi aller epouser une vieille femme ?
    La reponse est simple: quand tu as une vieille femme, elle demande moins au lit et en plus on ne t’imposer pas de la grossir car elle est monoposee….
    Sacre macron…

  4. mimbo dit :

    Les francais évoquent déjà sa jeunesse.Cela voudrait dire ce que ca veut dire.

  5. diogene dit :

    Macron est un réactionnaire, marquée très à droite sa politique n’a rien de moderne ou de révolutionnaire.
    Bien qu’il puisse sembler avoir fait éclaté la bicéphalie hexagonale, de fait il a affaibli fortement la gauche réformatrice et s’est allié avec les restes de la droite républicaine (génitrice de la françafric).

  6. oussavou dit :

    a la lecture de cet article, je relève une multitude de désinformation, voir propagande anti…… certainement pas la bonne vision pour redresser la situation

  7. Hatshepsout dit :

    L’auteur pose des questions mais n’apporte pas de réponse. J’ai entendu parlé plusieurs fois du risque démographique en Afrique. N’étant pas spécialiste, j’ignore si le taux de natalité d’un pays est un risque pour son économie. Plutôt que d’apporte une réponse philosophique de comptoir aux propos tenus pas E. Macron, pourquoi ne pas démontrer scientifiquement que les pays d’Afrique sont à même d’absorber leurs populations croissantes et que donc les propos d’E. Macron sont faux? Les indignations gratuites et les cris d’orfraie ne servent à rien…

    • Mboula Agnamatsiè dit :

      @Hatshepsout. Apprenez à lire…. Le simple fait de poser une question vous indique la réponse. Est-ce que la France est en retard sur l’Espagne alors qu’elle a une fécondité supérieure à l’Espagne ? Si vous n’avez pas la réponse à votre question, plus personne ne pourra rien pour vous…

      • Hatshepsout dit :

        Les etudes? Lesquelles? Vous comparez la France et l’Espagne mais cette comparaison est inopportune. La question demographique est propre à chaque pays. La question ne se regle pas en disant :”mon voisin a 5 enfants donc je peux en avoir autant”. La question est :”tel pays peut-il supporter une certaine hausse de sa population en tenant compte des realités de ce pays?” et non pas dans des comparaisons qui ne servent à rien. “La boucler”? Je vous laisse l’exclusivité d’une telle grossierté

    • Mboula Agnamatsiè dit :

      @Hatshepsout? Que veut dire cette phrase de l’auteur : “Toutes les études sur le lien entre démographie et niveau de vie réfutent l’effet dépressif de la population sur l’économie” ? Parfois, on peut la boucler…

  8. oussavou dit :

    concernant les Commores : la maternité de Mayotte est la plus importante de toute l’europe. Concernant la Chine, elle à imposé 1 enfant maxi pendant quelques années, et cette obligation vient d’être levée. La difference du taux de natalité entre la France et Espagne/Italie est infime, sauf que l’Espagne et l’Italie ont un taux d’endettement largement supérieur à la France. Concernant l’article “propos douteux : on peut emettre de grandes réserves, l’avenir proche nous le dira

    • Mboula Agnamatsiè dit :

      @oussavou. Quel avenir proche vous édifiera sur ce que Macron pense des Noirs et de l’Afrique ? Même s’il enlève Ali, cela ne voudra pas dire qu’il n’est pas raciste…. Giscard a enlevé Bokassa, cela ne veut pas dire qu’il ne méprise pas les Noirs…. Vous vous trompez de débat…. Oubliez un peu Ali et pensez parfois au monde noir

  9. Mboula Agnamatsiè dit :

    @oussavou. A vous et à d’autres Gabonais : la relation France/Afrique ou France/Gabon ne se résume pas au sort d’Ali

  10. oussavou dit :

    Tout à fait d’accord avec vous Mboula, il faut activer les leviers de l’économie pour que le peuple Gabonais ait une vie plus décente, les leviers éducatifs école, sport gratuits et de qualité, santé accessible au plus grand nombre, culture, assainir le comportement des “décideurs”, aller dans le sens de l’intérêt général au prix de ces efforts le Gabon sera enfin réconcilié

  11. l'ombre qui marche dit :

    Ce matin sur AFRICA NEWS j’ai lu sur les infos au fil de l’eau que la CEDEAO avait pour objectif un maximum de 3 enfants par femme pour 2030! et boum là les africains parlent de quoi? de régulation démographique et pourquoi donc? MACRON a dit des paroles vraies mais comme c’est un blanc il avait tord. Alpha CONDE président de la Guinée qui avait répondu de manière brutale(en ce moment là il m’a rappelé Dadis CAMARA) à MACRON à cause de sa phrase sur le nombre des enfants par femme en AFRIQUE c’était pour quelque temps plus tard dire la même chose que MACRON à la CEDEAO? ou alors la faute de MACRON c’était d’avoir devancer la CEDEAO dans la décision de réguler la pression démographique?

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