Révélation après révélation, affirmation après affirmation, insinuation après insinuation, l’opinion semble se faire à l’idée que les scrutins électoraux organisés au Gabon depuis 24 ans ont tous été l’objet de fraudes. Va-t-on parvenir un jour à rendre des résultats honnêtes et crédibles après une élection dans le pays ?

Scène de campagne électorale (présidentielle de 2009) au Gabon. © AFP/cpj.org
Scène de campagne électorale (présidentielle de 2009) au Gabon. © AFP/cpj.org

 

En dehors des élections législatives de décembre 2011 boycottées par une partie de l’opposition, les résultats des autres scrutins ont toujours été remis en question. Les résultats de l’élection présidentielle du 5 décembre 1993, la première de l’ère démocratique au Gabon, sont, en la matière, les plus décriés. Alors que la totalité des résultats de l’ensemble du Gabon n’était pas encore parvenue au ministère de l’Intérieur, Antoine Mboumbou Miyakou, à qui la presse finira par attribuer le qualificatif de «tripatouilleur», avait alors précipitamment annoncé les résultats. Pauline Nyingone, alors gouverneur de l’Estuaire et, à ce titre, président de la Commission provinciale de dépouillement des résultats, s’était alors publiquement étonné des résultats de la province de l’Estuaire que le ministre de l’Administration du Territoire venait de rendre publics. «D’où sortent les résultats que le ministre vient de donner ? Nous étions encore en train de dépouiller les votes de l’Estuaire quand nous avons appris que le ministre donnait les résultats». Malgré cette protestation, on sait que la Cour Constitutionnelle dans laquelle siégeait Séraphin Ndaot Rembogo avait validé ces résultats.

Quelques années plus tard, en 2005, on apprit par le livre («J’assume», édition Publisud, 2005) d’un grand témoin de l’histoire politique du Gabon, Zacharie Myboto, que Paul Mba Abessole, alors leader du Rassemblement national des bûcherons (RNB), avait remporté la présidentielle de 1993, et que Pierre Mamboundou, le leader de l’Union du peuple gabonais (UPG) avait remporté celle de décembre 1998. Récemment, dans une interview à l’hebdomadaire La Loupe, le Pr. Pierre- André Kombila, autre grand témoin de l’histoire politique du pays depuis près d’un demi-siècle, dont particulièrement celles des années post-1990, a déclaré que, la stratégie d’occupation du terrain mise en place par le RNB et la présence des représentants de l’opposition dans les bureaux de vote, avaient conduit à la victoire du Père Paul Mba Abessole en 1993. C’est un témoignage qu’on ne peut que prendre en compte, d’autant plus qu’il semble faire preuve d’honnêteté, le professeur de médecine ayant, on le sait, rompu les ponts avec le prélat, leurs rapports sont, on le sait, à peu près nuls aujourd’hui.

Dans le même ordre d’idées, se basant sur le rapport des observateurs de l’Union Africaine (UA) établi en septembre 2009, l’ancien président de la Commission de cette organisation, Jean Ping, avait laissé entendre, lors de sa déclaration de rupture de ban, le 1er février dernier à Libreville, qu’Ali Bongo n’avait pas gagné l’élection présidentielle de cette année-là. Economie sera faite du contenu du documentaire de Patrick Benquet diffusé sur la chaîne publique française France 2 en décembre 2010.

Les scrutins électoraux ont-ils donc toujours été faussés ? Tout porte à le croire. Il faudrait donc, «puisque ce qui est fait est fait», revoir toute l’organisation du processus électoral, afin d’assurer à notre pays des jours paisibles. Il est vrai que l’arrivée d’un nouveau «Mboumbou Miyakou» à l’Intérieur, ainsi que la présence discontinue du secrétaire général de ce département ministériel, ne militent pas pour un réel apaisement de l’opinion. La classe politique devrait s’entendre sur de nouvelles modalités relatives à l’organisation des scrutins électoraux.

«Beaucoup de nos compatriotes sont en train de planquer femmes et enfants à l’extérieur parce que, affirment-ils, 2016 peut être l’année de tous les dangers, surtout avec celui qui dirige actuellement l’avenue-de-Cointet», indique un fonctionnaire, ancien journaliste de L’Union. 2016 va-t-elle être l’année de toutes les incertitudes ? Le scrutin présidentiel se tiendra-t-il avec toutes les garanties de transparence ?

 

 
 

18 Commentaires

  1. Minko dit :

    Gabon reviews , arrêter d’enfoncer des portes ouvertes !
    Vous avez le devoir , par des investigations rondement menés , d’etailler ces affirmations !
    Votre article donne le sentiment que vous découvrez seuleument maintenant , que les élections , dans notre pays , ne sont que mascarades depuis 1990 !

    • Antchiama dit :

      Je suis d’accord avec toi, Minko. Gabonreview ne nous apprend rien de nouveau avec cet article. Nous savons tous que depuis la 1ère élection législative démocratique de 1990, toutes les élections au Gabon sont truquées. C’est d’ailleurs pour ça que Mba Abessolo avait lancé le boycott de 90. Et tant que le système PDG sera au pouvoir et que les élections seront organisées par les leviers de ce pouvoir, il y aura toujours tripatouillage. Même en présentant un candidat unique qui va battre Ali, la CENAP et la Cour Constitutionnelle vont toujours proclamer Ali vainqueur comme cela s’est passé en 2009. Mba Obame l’avait remporté dans les urnes mais qui est le Président du Gabon aujourd’hui ? Que l’Opposition arrête de se leurrer !

  2. Le Villageois dit :

    Va-t-on parvenir un jour à rendre des résultats honnêtes et crédibles après une élection dans le pays ?
    Bonne question. Je réponds OUI sans hésiter. Je suis optimiste, mais pas naïf. Je suis aussi un peu triste parce que je ne pense pas moi-même voir cela. Probablement mes arrières-arrières petits-enfants de mon beau village le réaliseront et je suis content pour eux. Toutefois, il y a des conditions pour y parvenir. En effet, cela va arriver lorsqu’au Gabon, la politique ne sera plus considérée comme le meilleur emploi ou un tremplin pour s’enrichir. On y parviendra lorsque l’engagement en politique au Gabon sera fondé sur l’envie d’aller travailler (changer les choses, construire le monde) pour améliorer le sort du voisin et non pour créer son propre empire. Au Gabon, la politique est un « business » qui roule à fonds la « caisse » et dans ces conditions, personne ne veut quitter le bateau. Tous les moyens sont bons pour y entrer ou s’accrocher pour ne jamais en sortir. Je dis bien tous les moyens, y compris les pièces détachées, le bourrage des urnes, la corruption des électeurs et des organisateurs, l’armée, etc. Je crois qu’un jour cette vision de la politique va changer et les résultats seront acceptés par tous les Gabonais comme cela se fait dans bien de pays. Désolé d’avoir été long.

    • anti démagogie dit :

      La motivation politique est la même dans tous les pays du monde.
      Il y’a et y’aura toujours des scandales financiers et de la corruption dans tous les pays du monde, c’est juste la proportion de ces maux qu’il faut changer.
      La seule chose qu’il faut c’est le développement des institutions qui crée des gardes-fous. Mais surtout pas de morale ,laissons cela à l’église.

      • Le Villageois dit :

        Je suis d’accord avec vous. Cependant il ne s’agit pas de morale à laissser a l’église. Avez-vous fait le constat que les hommes les plus riches au Gabon sont en politique ou ont été en politique ? Qui developpe les institutions dont vous parlez ? Tout est fait pour s’enrichir, voyez-vous. Les institutiins sont taillées sur mesure, au détriment de ceux qui croulent dans la misère la plus totale.

  3. charly dit :

    SANS TEST ADN, pour nous ALI EST BIAFRAIS

  4. guidouma dit :

    Dans tous les pays ou la DEMOCRATIE s’est installée, c’est le PEUPLE qui est l’a imposé. Ne soyons pas naîf, le PDG gère ce PAYS depuis 50 ans l’heure a sonné que nous nous liberions de l’aprise de ce PARTI. Mon frere si toi tu attents que ce soit ton fils ou ton petit fils qui libere ce pays, nous te disons non!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! 2016 est l’année ou tout arrivera si le PDG et les BONGO n’acceptent pas de partir par la voix normale qui est celle des URNES. Nous avons trops souffert quel heritage allons nous laisser à nos enfants? pour des peureux? des sacrificateurs d’une NATIONS? il est temp de liberer ce PEUPLE de l’emprise des BONGOS et tous les affidés.

    • LaNa dit :

      Cher ami…bien des nôtre sommes étouffés par cette emprise…depuis le temps de mes grands parents jusk’à présent où nos enfants font déjà des enfants…c’est du délire là kand mm…
      Tout ce qu’on ne veux pas s’avouer c’est que nous vivons à présent dans une monarchie qui n’a plus de limites…qui expose tout genre de vices; des abominations…je ne suis mm pas sûr que nos cheres Eglises prient vraiment pour ce pays, car vraiment, tellement il y en a que je crois que Dieu pourrait entendre ghé!
      ciel d’errains, chaînes en acier trempé, les pieds plongés dans du beton armé…que fera t-on pour les générations futures???

  5. Le maréchalat du Roi Dieu dit :

    Pour que les élections Présidentielles soient crédibles il faut des vraies institutions sinon ca ne sert a rien .

  6. rock mabiala dit :

    Qui l’eût cru? le president gabonais est un sans papier.

  7. tara dit :

    Apparamment votre analyse s’arrete en 1998 mais je la trouve trop subjective mais bon c’est votre droit bonne continuation.

  8. petit piment dit :

    pourquoi ne dites vous pas qui a gagné celle de 2009? et pourtant dans le documentaire dont vous avez fait etat cela est clairement dit, dans le livre de pierre peant le nom du vainqueur de cette électionj est également cité.

  9. Jean-Marcel BOULINGUI dit :

    J’ai beaucoup aimé cet article de Gérald Mounomby. Il appelle à une éveille des conscience. Il demande que les élections soient justes, honnêtes et crédibles pour qu’il n’y ait pas, en 2016, des tumultes. Il demande surtout que nous nous remémorions les erreurs du passé pour ne plus en faire, et il est beau de voir que même les Nations-Unies, à travers l’UNOCA, son bureau basé au Gabon pour l’Afrique Centrale, appellent déjà à la tenue d’un dialogue. Les choses ne vont pas bien.

  10. Mbangou dit :

    GabonReview merite le prix du plus grand Scoop journalistique au Gabon ! Oye oye oye !!!!!!!!!!!!

  11. nkoro dit :

    Tant qu’Ali est encore president, le mec se fiche de donner une explication aux gabonais sur sa naissance comme “gabonais” et sur la falsification de l’acte qi devrait l’attester pour eyre RECONNU comme president du gabon.Attitude que je trouve stupidement temeraire malgré la force militaire et les cordons de la bourse dont il peut se gargariser le controle, vu qu’il a deja perdu largement la bataille de la com et de l’adhésion populaire à sa cause. Aujourd’hui, je considere, comme la plupart des gabonais d’origine et d’adoption (pfg comme opposition) que nous avons un vulgaire bandit, un malfra a la tete du pays. C’est ici que la désobeissance civile, décidee par des vrais leaders politiques doit etre opposee au mepris d’Ali Bongo.

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