Un exemple à ne surtout pas suivre. Après la décision de Donald Trump de réduire de 18 à 11 le nombre de maladies pour lesquelles une vaccination est recommandée pour les enfants, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tire la sonnette d’alarme. L’agence onusienne rappelle que les calendriers vaccinaux reposent sur des décennies de données scientifiques, alors que le président américain estime qu’il y en a trop, et ambitionne d’espacer et d’alléger les doses.

Quand Trump bouleverse le calendrier vaccinal, l’OMS redoute une mise en danger des enfants. © GabonReview (Illustration générée par IA)

 

La controverse prend de l’ampleur aux États-Unis. Donald Trump a signé lundi un décret modifiant en profondeur les recommandations fédérales en matière de vaccination infantile. Le texte ramène de 18 à 11 le nombre de maladies pour lesquelles une vaccination universelle est recommandée, avec notamment le retrait de l’hépatite B, de la grippe saisonnière et du Covid-19 des recommandations concernées.

Cette nouvelle orientation suscite de fortes réserves au sein de la communauté scientifique internationale. L’OMS estime que la réduction du calendrier vaccinal américain ne repose pas sur les données scientifiques disponibles.

Des calendriers fondés sur les données scientifiques

Dans un message publié le 12 août dernier sur X, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a rappelé que les calendriers vaccinaux « ne sont pas établis au hasard ». Ils sont élaborés à partir de données régulièrement réévaluées afin de déterminer les maladies auxquelles les enfants sont exposés, le niveau de protection nécessaire et le moment où les doses doivent être administrées.

« Tout parent souhaite garder ses enfants en sécurité », a souligné le chef de l’OMS, rappelant que la vaccination demeure l’un des moyens les plus efficaces de prévenir des maladies potentiellement graves, voire mortelles.

L’agence onusienne insiste également sur l’absence de lien entre vaccination et autisme. « Les données actuelles sont sans équivoque : les vaccins, y compris le vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole), sont sûrs et ne provoquent pas d’autisme », a affirmé Tedros Ghebreyesus.

Cette mise au point intervient alors que Donald Trump a de nouveau évoqué publiquement l’hypothèse d’un lien entre vaccination et autisme, une théorie ancienne qui a été réfutée par les données scientifiques disponibles.

Espacer les vaccins, est-ce vraiment plus sûr ?

Le décret américain préconise également d’espacer davantage certaines vaccinations et recommande de dissocier le vaccin combiné contre la rougeole, les oreillons et la rubéole en trois injections distinctes.

Pour l’OMS, retarder les doses ne signifie toutefois pas que les vaccins deviennent plus sûrs.

Le porte-parole de l’organisation, Tarik Jašarević, l’a rappelé mardi lors d’une conférence de presse à Genève : les recommandations vaccinales sont le fruit de plus de 60 ans de recherches conduites par l’OMS, les autorités sanitaires nationales et des groupes d’experts indépendants.

« Nous espérons que tous les pays utiliseront ces données scientifiques de pointe dont nous disposons », a-t-il déclaré.

L’enjeu est notamment celui du calendrier. Administrer un vaccin à un âge donné répond à une logique précise : les experts évaluent la circulation d’une maladie, les populations les plus exposées et les périodes de la vie durant lesquelles ses conséquences peuvent être les plus graves.

L’OMS ne prône pas un calendrier unique

L’OMS nuance néanmoins son propos. Ses recommandations internationales ne constituent pas un calendrier vaccinal uniforme imposé à l’ensemble des pays.

Chaque État adapte ses recommandations à sa situation épidémiologique, à son système de santé et aux besoins de sa population. Dans la plupart des pays, ces décisions sont examinées par des groupes consultatifs techniques nationaux composés d’experts de plusieurs disciplines.

Ces instances s’appuient notamment sur les travaux du Groupe consultatif stratégique d’experts sur la vaccination (SAGE) de l’OMS, chargé d’évaluer les données disponibles et de formuler des recommandations scientifiques.

Ainsi, la question n’est pas simplement de savoir si un enfant reçoit « trop » de vaccins, mais si chaque dose est administrée au moment où elle offre le meilleur rapport entre protection et risques.

Donald Trump a-t-il raison ?

La décision américaine ouvre donc un débat qui dépasse les frontières des États-Unis. Sur le plan politique, Donald Trump présente la réduction du calendrier comme un moyen de rapprocher les États-Unis de plusieurs autres pays développés et de limiter ce qu’il considère comme une exposition excessive des enfants aux vaccins.

Mais sur le plan scientifique, l’OMS conteste cette logique. L’organisation estime que réduire le nombre de vaccins ou espacer les doses sans justification épidémiologique peut au contraire prolonger la période durant laquelle les enfants restent vulnérables à des maladies évitables.

Le véritable débat porte donc moins sur le nombre de vaccins que sur les données permettant de déterminer quels vaccins sont nécessaires, à quel âge et selon quel schéma.

À ce stade, l’argument de Donald Trump selon lequel les enfants seraient mieux protégés par un calendrier fortement réduit se heurte aux recommandations de l’OMS et aux données scientifiques sur lesquelles reposent les politiques d’immunisation depuis plusieurs décennies. Reste aux autorités américaines à démontrer que leur nouvelle approche est elle-même fondée sur des éléments scientifiques suffisamment solides pour justifier une rupture avec les recommandations antérieures.

 
GR
 

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