Depuis 1998, certains s’autorisent à collecter les pièces d’identité afin de procéder aux inscriptions moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. D’autres se donnent le droit de limiter les inscriptions aux personnes notoirement reconnues comme militants d’un camp précis. Comment mettre fin à de telles pratiques ?

Pour aider notre pays à avancer sur le chemin de la démocratie, pour donner une chance supplémentaire à la promesse républicaine, chacun devra exercer ses devoirs civiques. © Montage Gabonreview/Gabon Présidentielle 2023 (filigrane en bas)

 

Au moment où débute la révision de la liste électorale, il faut y aller pas à pas, étape par étape. D’ici au 07 juin prochain, il faudra s’inscrire. Dans le même temps, il faudra encourager les populations à prendre d’assaut les centres et bureaux dédiés. Ensuite, il faudra récupérer les cartes d’électeurs, quitte à faire la queue ou à y consacrer quelques heures. Enfin, il faudra voter tout en veillant à la régularité des opérations. Le respect de ce chronogramme permettra de traiter chaque sujet en son temps. Il éloignera les querelles oiseuses, disputes inopportunes et parallèles hasardeux. A la lumière du contexte, il aidera à ne pas se laisser distraire, à ne pas s’éparpiller et à rester concentré sur l’objectif : la pleine et entière participation du peuple souverain aux élections à venir.

Devoirs civiques

Jusqu’au 07 du mois prochain, les démocrates et républicains de tout bord auront une seule manière d’affirmer leur citoyenneté : s’inscrire et sensibiliser leurs proches. Loin des certitudes des uns ou des réticences des autres, ils devront pousser à la roue. Pour rien au monde, ils ne devront céder aux sirènes de la non-inscription. Ni la composition du Centre gabonais des élections (CGE) ni les simagrées de la Cour constitutionnelle ni les fanfaronnades des chantres de l’incivisme ne devront les influencer.  Pour aider notre pays à avancer sur le chemin de la démocratie, pour donner une chance supplémentaire à la promesse républicaine, chacun devra exercer ses devoirs civiques. Certes, la présidentielle d’août 2016 fut émaillée de faits lunaires : taux de participation fantaisiste dans le Haut-Ogooué, annulation de 21 bureaux de vote dans le 2ème arrondissement de Libreville, refus d’ordonner la reprise des opérations électorales, recours spécieux à la notion de demande reconventionnelle, attaque du quartier général de Jean Ping… Mais, le renoncement ne saurait être une solution. Encore moins un acte civique.

Pour prendre la mesure des enjeux, il faut analyser la sociologie électorale. Depuis au moins 1998, des candidats ou militants s’autorisent à collecter les pièces d’identité afin de procéder aux inscriptions moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Pis, certains personnels de commandement se donnent le droit de limiter les inscriptions aux personnes notoirement reconnues comme militants d’un camp précis. Il en résulte des listes peu fiables, comprenant des doublons voire des triplons, où se côtoient mineurs, personnes décédées et expatriés. Il en découle des résultats viciés à la base. Comment mettre fin à ces pratiques peu recommandables ? Comment parvenir à une liste fiable ? En refusant de s’inscrire ? Pas sûr. En délégant cette tâche à des tiers ? Pas certain. En procédant à des inscriptions individuelles ? Peut-être.

Retard démocratique

Loin de faire des inscriptions groupées l’affaire d’un camp, il faut appeler les citoyens à le faire eux-mêmes, en leur âme et conscience. Même si le processus peut paraître fastidieux, chacun doit prendre ses responsabilités. En acceptant de s’inscrire par procuration, on consent à voter selon le même procédé. Implicitement, on renonce à un droit fondamental. Sans s’en rendre, on refuse de choisir et décider. Pour ainsi dire, l’on abdique une part de sa citoyenneté, facilitant l’émergence d’un monde où les hommes ne sont ni libres ni égaux en droits. Est-ce l’objectif des tenants de la non-inscription ? Définitivement, on peut répondre par la négative.  Peu importe leurs positionnements idéologiques, des citoyens ne peuvent croire aux vertus de la non-inscription. Après tout, comme le rappelle Paul-Aimé Bagafou du Consortium de la société civile pour la transparence électorale et la démocratie au Gabon (Coted-Gabon) : « Les élections sont l’occasion de choisir nos représentants et de décider de l’avenir de notre nation. En votant (les citoyens contribuent) à façonner l’avenir (…) »

La non-inscription ne sera jamais une solution au retard démocratique accusé par notre pays. Encore moins une réponse aux problèmes rencontrés par les populations. Dans les sociétés modernes, le vote, c’est-à-dire le droit à la participation, contribue au renforcement de la gouvernance démocratique, à l’intégration sociale et à la promotion de tous les droits humains, notamment le droit de réunion et d’association, le droit à la liberté d’opinion et d’expression, le droit à l’éducation et à l’information. Par conséquent, ne pas s’inscrire revient à compromettre l’exercice de tous ces droits. Dès lors, nul n’a intérêt à prendre cette option. Sauf, bien entendu, à œuvrer au rétrécissement de l’espace civique ou à la confiscation du débat public, avec toutes leurs conséquences.

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GR
 

1 Commentaire

  1. Désiré NGUEMA NZONG dit :

    Bonjour Mme Roxanne BOUENGUIDI,

    Vous avez réalisé, selon ma perception, un triptyque (vue en trois dimensions) au centre duquel se trouve la réflexion sur le travail du journaliste (1). Les idées latérales à cette réflexion principale s’élargissent dans les articles « Révision de la liste électorale »(2) dans son volet 1 et son volet 2.

    En somme, la démocratie (devrait) repose(r) (sur) la transparence. En un sens, la transparence est l’absence totale d’asymétrie informationnelle entre le gouvernant et le citoyen. C’est pourquoi, le travail du journaliste trouve, entre autres, sa raison d’être profonde en ce qu’il cherche à rompre cette asymétrie informationnelle. Avec rigueur et conscience, le rôle du journaliste doit être d’informer, de former et de prévenir, peut-on le lire dans l’ensemble du « tableau ». La liberté a un prix à payer qui réside dans le geste citoyen : le vote.

    Un peu de vous vaut mieux que n’importe qui d’autres dans cet exercice de journalisme conscient des enjeux à venir dans une démocratie fragile comme la nôtre (3).

    Cordialement.

    (1) Statut social du journaliste: Les termes du débat (voir rubrique Société);
    (2) Révision de la liste électorale : Devoirs citoyens/Gare à la confiscation du débat public;
    (3) Instabilité institutionnelle fondée sur l’absence d’élites constructif(ve)s (Hypothèse 1).

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