Dans un monde en quête de repères face aux bouleversements climatiques et économiques, le Gabon fait un pari audacieux : transformer son patrimoine naturel en récit capable de «capter l’attention» des autres nations. Une ambition inscrite dans le Plan national de croissance et de développement (PNCD) qui, loin de toute posture moralisatrice, répond à une question universelle : comment garantir l’habitabilité de la planète ? Pour Adrien Nkoghe-Mba* cette stratégie révèle une vérité essentielle du XXIᵉ siècle : les pays qui compteront demain seront ceux qui sauront relier leur trajectoire nationale aux inquiétudes intimes du reste du monde. Analyse d’un positionnement où la cohérence dans le temps devient le meilleur outil d’attractivité.

Captiver l’attention par le patrimoine naturel, ce n’est pas chercher à briller. C’est accepter de devenir lisible. © GabonReview

 

En parcourant le Plan national de croissance et de développement (PNCD) — cette boussole exclusive de l’action gouvernementale — je ne cherchais pas une formule brillante. Je cherchais une direction. Une cohérence. Un fil conducteur capable de tenir ensemble croissance, stabilité et avenir.

Et puis, au détour d’une des finalités du Plan, une phrase m’a arrêté net. Dans la finalité 3 « Patrimoine naturel préservé et valorisé », cette ambition : le Gabon veut « capter l’attention des autres nations sur lui » grâce à son patrimoine naturel.

Je me suis surpris à relire la phrase. Non pas parce qu’elle était spectaculaire, mais parce qu’elle était inhabituellement honnête. Elle ne parlait ni de leadership, ni d’exemplarité, ni de leçon à donner au monde. Elle parlait d’attention. Une denrée devenue rare. Presque aussi rare que la confiance.

Pourquoi vouloir capter l’attention du monde ?

Parce que le monde a changé.

Aujourd’hui, les nations ne sont plus seulement en concurrence pour des marchés ou des alliances. Elles sont en concurrence pour être crédibles dans un univers instable, anxieux, fragmenté.

Les opinions publiques, partout sur la planète, ne raisonnent plus en termes abstraits. Elles vivent des canicules, des inondations, l’augmentation des prix, l’incertitude permanente. Sans toujours le formuler ainsi, elles se posent toutes la même question : notre planète restera-t-elle habitable pour une vie normale ?

C’est là que la phrase du PNCD prend toute sa profondeur. Captiver l’attention, ce n’est pas demander au monde de regarder le Gabon. C’est lui dire, plus subtilement : ce qui se joue ici a un lien avec ce que vous vivez chez vous.

Le patrimoine naturel comme réponse à une inquiétude quotidienne

Le patrimoine naturel gabonais, raconté intelligemment, n’est pas une carte postale. C’est une réponse indirecte à des préoccupations très concrètes : respirer, se nourrir, se projeter, investir sans craindre l’effondrement du cadre.

Préserver des forêts, des mangroves, des écosystèmes fonctionnels, ce n’est pas faire œuvre de vertu. C’est contribuer à la stabilité climatique, donc à la prévisibilité économique, donc à la paix sociale.

C’est participer, silencieusement, à l’habitabilité du monde.

Et cette habitabilité est devenue un sujet politique, économique et émotionnel majeur pour les opinions publiques. Le PNCD le comprend, même s’il ne le dit pas explicitement.

Raconter son histoire, c’est aussi parler aux investisseurs

Il y a un autre aspect de cette phrase qui mérite d’être pris au sérieux : l’attention attire le capital.

Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, un responsable africain de la promotion des investissements expliquait récemment que son pays n’avait plus besoin de se vendre. Après des années de constance, de gouvernance lisible et de vision claire, le récit avait fini par devenir réputation. Et cette réputation attirait les investisseurs presque naturellement.

La leçon est simple, mais exigeante :

l’attractivité ne naît pas de la communication, mais de la cohérence dans le temps.

En ce sens, le patrimoine naturel gabonais n’est pas seulement un enjeu environnemental. Il est un signal de long terme adressé aux investisseurs : ici, les choix structurants ne changent pas au gré des urgences. Ici, la croissance se pense avec la durée, pas contre elle.

Un récit où les autres deviennent acteurs

Ce qui rend cette ambition crédible, c’est qu’elle ne cherche pas à placer le Gabon au centre du monde. Elle laisse la place aux autres.

Quand le Gabon parle d’habitabilité, chaque pays peut y projeter ses propres peurs, ses propres dilemmes, ses propres choix à venir.

Le citoyen étranger n’est pas sommé d’admirer. L’investisseur n’est pas sommé de croire. Ils sont invités à reconnaître une histoire qui parle aussi d’eux.

Ce que cette phrase dit, au fond

En une ligne, le PNCD reconnaît une vérité essentielle du XXIᵉ siècle :

les nations qui compteront demain seront celles qui sauront relier leur trajectoire nationale aux préoccupations intimes du reste du monde.

Captiver l’attention par le patrimoine naturel, ce n’est pas chercher à briller.

C’est accepter de devenir lisible.

Lisible pour les citoyens.

Lisible pour les partenaires.

Lisible pour les investisseurs.

Et peut-être est-ce là, finalement, la forme la plus moderne de souveraineté : faire de son histoire un espace dans lequel d’autres ont envie d’entrer.

*Président de l’association Les Amis de Wawa pour la préservation des forêts du bassin du Congo.

 

 
GR
 

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