À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le centre communautaire SIRE a tenu, samedi 7 mars 2026 à Nzeng-Ayong, une kermesse sanitaire alliant dépistage, contraception et sensibilisation. Une mobilisation saluée, mais qui révèle la fragilité d’un service unique dans le grand Libreville.

Kermesse à Nzeng-Ayong au centre Sire, le 7 mars 2026. © GabonReview

 

Il ne suffit pas de proclamer les droits des femmes ; encore faut-il les rendre concrets. C’est dans cet esprit que le Centre communautaire en santé sexuelle et de la reproduction (SIRE) a investi le sixième arrondissement de Libreville pour y déployer son «village santé communautaire». Au programme : consultations générales, vaccinations infantiles gratuites, dépistages des infections sexuellement transmissibles, conseils en planification familiale et mise à disposition de contraceptifs.

Moments de la journée : les stands et les participants, l’ambassadeur visitant les stands, et la coordinatrice du centre SIRE. © GabonReview

Seul établissement de ce type dans l’agglomération librevilloise, le SIRE propose à l’année des consultations quasi gratuites et un suivi de proximité aux habitantes de Nzeng-Ayong. Felicia, participante à l’événement, a résumé avec simplicité ce que beaucoup ont éprouvé : «Je suis contente d’être ici ce matin. On m’a expliqué comment faire un planning familial, puisque j’ai un garçon de deux ans. Je remercie le centre.»

Une demande forte, des stocks insuffisants

Balogoun Affoussatou, vice-présidente de l’association Ibogaine et coordinatrice du SIRE, s’est félicitée de la mobilisation sans dissimuler les tensions sur l’approvisionnement. «Certains contraceptifs sont très demandés, notamment les implants, car ils permettent à la femme de bénéficier d’une protection de trois à cinq ans. Malheureusement, nous en recevons peu. Il faut donc acheter certains produits pour les distribuer gratuitement», a-t-elle précisé, lançant un appel pressant au ministère de la Santé pour renforcer les dotations.

Au-delà des contraceptifs, c’est toute la chaîne de la santé reproductive qui peine à répondre à la demande. Consultations prénatales, dépistages des IST, suivi gynécologique : dans un quartier populaire comme Nzeng-Ayong, le SIRE comble un vide que ni les structures publiques débordées ni le secteur privé, trop coûteux, ne parviennent à couvrir. Que le centre fonctionne essentiellement grâce à des dons et à la débrouillardise de ses responsables dit long sur l’état de la politique de santé communautaire au Gabon.

Mauriès : «Il est essentiel que les pouvoirs publics se mobilisent»

Présent pour la troisième fois à l’événement, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française près la République gabonaise, Fabrice Mauriès, a incarné à la fois la reconnaissance et la mise en retrait consentie de son institution. «Il y a un an et demi, j’étais venu inaugurer ce centre. Aujourd’hui, il accueille des dizaines de femmes chaque semaine et réalise un travail remarquable. Je suis heureux d’avoir contribué à son démarrage», a-t-il déclaré, avant de clarifier sans ambiguïté la position de l’ambassade : «Tout programme de coopération a un début et une fin.»

Interpellant directement les décideurs gabonais, il a ajouté : «Il est essentiel que les pouvoirs publics, d’autres associations et financeurs se mobilisent pour garantir la survie de ce centre. C’est le seul de ce type à Libreville, dans une ville de plusieurs centaines de milliers d’habitants, ce qui est évidemment insuffisant. Il faudra trouver d’autres partenaires financiers que l’ambassade de France, qui n’a pas vocation à assurer le fonctionnement permanent d’un centre de cette nature

Derrière la convivialité de la kermesse demeure une équation non résolue : comment pérenniser un centre dont l’utilité est unanimement reconnue, mais dont le financement reste structurellement précaire ? La question attend désormais une réponse des autorités gabonaises.

Thecia Nyomba

 

 
GR
 

0 commentaire

Soyez le premier à commenter.

Poster un commentaire