Trente ans derrière l’objectif, des champs de bataille du Darfour aux antichambres du pouvoir gabonais : le photojournaliste Desirey Minkoh a choisi l’Institut français du Gabon pour célébrer, le 3 avril 2026, une carrière hors norme. Exposition et ouvrage éponyme à l’appui, il livre un témoignage autant qu’un manifeste : celui d’une Afrique qui reprend le droit de raconter sa propre histoire.

Exposition des œuvres photographiques de Desirey Minkoh, le 3 avril 2026, à Libreville. © GabonReview

 

L’Institut français du Gabon a vibré, le vendredi 3 avril 2026, au rythme d’une double célébration de l’image et du récit. À l’occasion de ses trente années de photojournalisme, Desirey Minkoh y a inauguré l’exposition «Une vie de reporter, 30 ans de reportage», assortie de la présentation d’un ouvrage éponyme. Un rendez-vous chargé d’émotion, où la puissance du cliché s’est imposée comme seul langage suffisant pour dire la complexité du monde.

Quelques moments de la cérémonie : Desirey Minkoh en plein discours, quelques photos exposées et des exemplaires de son livre. © GabonReview

Zones de guerre, portraits saisissants de feu Omar Bongo Ondimba, figures tutélaires comme Pierre Mamboundou, scènes de vie urbaine ou fragments d’humanité brute, la galerie déployée ce soir-là a offert au public un voyage dans la mémoire vive d’un artiste dont la réputation s’est forgée sur quatre continents. Trente années de terrain, d’instantanés volés à l’histoire, désormais consignés dans un livre. «J’ai voulu laisser un témoignage», confie Desirey Minkoh. «Comme le dit un adage africain : tant que le lion n’aura pas son récit, le chasseur sera toujours le vainqueur

Raconter l’Afrique depuis l’Afrique

Le livre présenté est aussi, fondamentalement, un acte politique. Celui de reprendre la plume, ou l’objectif, là où d’autres l’ont trop longtemps tenu à distance. «En Afrique, l’histoire est souvent racontée par ceux qui viennent de l’extérieur. Pourtant, nous, photojournalistes et journalistes, sommes les témoins et les historiens de demain. L’exposition montre en images une partie de ce que je raconte dans l’ouvrage », souligne-t-il.

La démonstration est implacable : en deux semaines, Desirey Minkoh est passé des décombres du Darfour à un voyage officiel aux États-Unis aux côtés du président Bongo. «Cela montre les contrastes incroyables que ce métier peut offrir», dit-il, avec la sobriété de ceux qui n’ont plus rien à prouver.

Un plaidoyer pour le journalisme de terrain

L’ouvrage s’adresse aux photographes comme aux journalistes, aux initiés comme aux passionnés. Il porte, en creux, un avertissement à une profession tentée par la facilité du bureau et des agrégateurs : «Ce livre rappelle qu’il est essentiel d’aller sur le terrain, de vérifier les faits, de les montrer et de les confronter.» Et d’enfoncer le clou avec la rigueur propre au photojournalisme : «Nous, en images, nous n’avons pas le choix. On ne peut pas simplement raconter, il faut montrer.»

À travers cette exposition et cet ouvrage, Desirey Minkoh lègue à la relève bien plus qu’une archive : une éthique.

Thécia Nyomba 

 
GR
 

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