L’ordonnance n°0004/PR/2026 portant Code de la nationalité continue de fracturer le débat public gabonais. À la tribune de Nadia Christelle Koye, qui brandissait la souveraineté nationale pour défendre un texte jugé discriminatoire par ses détracteurs, l’activiste et influenceuse politique gabonaise installée en France Nelly Ngabima, dite Princesse de Souba, répond par une salve au scalpel. Nommant des personnalités réputées étrangères aux attributions bien réelles (marchés publics, dette souveraine, cercles d’influence), elle pointe une hypocrisie d’État : l’«autochtonie» comme arme d’exclusion pour les uns, angle mort commode pour les autres. La nationalité gabonaise, variable d’ajustement politique ? Le masque, dit-elle, est tombé.

«La nationalité gabonaise n’appartient ni à un texte opportun, ni à une lecture idéologique, ni à un pouvoir du moment» (…) « Votre exigence identitaire disparaît précisément là où se concentrent les intérêts, les marchés, les leviers de pouvoir», dixit Nelly Ngabima dite Princesse de Souba. © GabonReview / Dall-E

 

 

Réponse à la tribune de Nadia Christelle Koye

Vous avez raison, Madame.

Vous avez surtout raison sur un point : la question de la nationalité est trop sérieuse pour être abandonnée à l’approximation.

Mais à vous lire, il est évident que votre indignation est à géométrie variable.

Lorsqu’il s’agit de durcir le code de la nationalité, de parler d’ascendance, d’“autochtonie”, de “Gabonais de souche”, vous devenez soudain d’une exigence implacable.

La Nation, dites-vous, doit être protégée. Alors expliquons-nous.

De quelle nationalité d’origine est Monsieur Alain Kouakoua, dont l’entreprise Mika Services rafle d’importants marchés publics sans appels d’offres ?

Quelle est son ascendance autochtone ?

Des Gabonais “de souche”, comme dit le texte que vous défendez, n’auraient-ils pas pu en bénéficier ?

De quelle nationalité est Monsieur Pierre Duro, l’homme qui murmure à l’oreille du régime et dont l’influence dans les sujets liés à la dette publique est régulièrement évoquée dans le débat public ?

Aucun Gabonais, comme dit le texte que vous défendez, n’aurait-il les compétences pour exercer de telles responsabilités ?

De quelle nationalité est Monsieur Khalil Ryan, l’homme par qui tous les véhicules de l’État sont aujourd’hui achetés et qui, comme son compère Pierre Duro, dicte sa loi sur la dette publique ?

N’existe-t-il pas de Gabonais de souche, comme dit le texte que vous défendez, capable d’assurer ces fonctions ?

De quelle nationalité est Monsieur Seydou Kane, l’homme qui, avec Alain Kouakoua de Mika Services, a la palme d’or des marchés publics sans appels d’offres ?

Là encore, aucun Gabonais “de souche” disponible ?

N’y a-t-il en outre, aucun Gabonais de souche, pour livrer la nourriture aux militaires gabonais comme le fait ce Monsieur ?

De quelle ascendance autochtone est Monsieur Brice Fargeaon, dit Laccruche Alihanga, dont le rôle politique et stratégique est bien connu puisqu’il est l’homme qui porte la stratégie de l’UDB et qui murmure à l’oreille de son Président ?

De quelle nationalité est Monsieur Gérard Fanou, à qui continuent d’être confiées certaines opérations financières d’envergure après les scandales sous les « BLA boys » ?

Chacun peut compléter cette liste.

Chacun peut observer.

Chacun peut juger.

Voyez-vous, Madame, le problème n’est pas celui que vous prétendez traiter.

Car votre exigence identitaire disparaît précisément là où se concentrent les intérêts, les marchés, les leviers de pouvoir et les circuits d’influence.

Oui, lorsque vient le moment de durcir les règles, de restreindre, de conditionner, de trier… vous invoquez l’origine, l’ascendance, la “pureté” nationale.

Mais lorsque vient le moment de confier des responsabilités, d’attribuer des marchés, de structurer les cercles d’influence, ces critères disparaissent.

Pour exclure, vous êtes rigoureuse. Pour distribuer, vous devenez silencieuse.

Pour trier, vous êtes intransigeante. Pour attribuer, vous êtes étrangement tolérante.

Chacun peut démontrer l’hypocrisie qui entoure votre gouvernance et vos manières d’agir.

Mais allons au bout de votre logique, Madame.

Vous qui entendez redéfinir les contours de la nationalité, dites-nous qui, selon vous, a réellement remporté l’élection présidentielle de 2023 ?

Vos positions passées sur ce sujet ont été suffisamment claires pour susciter débats et réactions.

Dès lors, dans un système où l’expression d’une opinion peut être requalifiée en acte de défiance, voire en posture subversive, êtes-vous certaine que le texte que vous défendez ne pourrait pas, demain, vous viser vous-même ?

Voilà le danger. Vous défendez un instrument dont les contours sont suffisamment flous pour qu’il puisse être utilisé contre n’importe qui, y compris contre vous.

C’est cela que les Gabonais voient.

C’est cela qu’ils comprennent.

C’est cela qu’ils rejettent.

Parce qu’une nation ne se construit pas en excluant.

Parce qu’un peuple ne se gouverne pas en le soupçonnant.

Parce qu’une nationalité ne se manipule pas.

La nationalité ne peut pas être une variable d’ajustement politique, elle ne peut pas servir à exclure certains tout en étant ignorée pour d’autres.

Une nation ne se construit pas contre une partie de son peuple.

Elle ne se consolide pas en instaurant la suspicion.

Elle ne se renforce pas en fragmentant son identité.

Une nationalité se conçoit pour rassembler, pour protéger et pour faire Nation.

Ce que vous défendez, sous couvert d’intérêt national, ouvre en réalité la voie à une logique de tri, d’arbitraire et de division.

Une nation qui commence à trier ses enfants ne se protège pas, elle se condamne.

Mais une chose est certaine, la nationalité gabonaise n’appartient ni à un texte opportun, ni à une lecture idéologique, ni à un pouvoir du moment.

Elle appartient au peuple.

Nelly Ngabima

Princesse de Souba

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GR
 

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