De retour à la tête de Libreville après une élection sur fond de crise municipale, Eugène Mba promet rigueur, réformes et dépassement des divisions pour relancer la capitale gabonaise.

Eugène Mba, le 24 avril 2026, à Libreville. © D.R.

 

À peine élu le 23 avril, Eugène Mba a été officiellement installé, le lendemain, à la tête de la mairie de Libreville. Un retour aux affaires municipales pour cet homme d’expérience, dans un contexte politique tendu marqué par la démission du bureau sortant et des divisions persistantes au sein du Conseil municipal. Devant les autorités et les conseillers municipaux, le nouveau maire n’a pas manqué de rappeler qu’il connaît déjà les rouages de l’institution. «J’ai déjà eu à me plier à cet exercice», a-t-il souligné, évoquant sa première élection en 2020, intervenue elle aussi dans un contexte de mandat écourté.

Retour chargé de symboles

Son retour s’inscrit dans une séquence agitée. Son élection, tout comme celle de ses cinq adjoints, fait suite à une crise interne entre conseillers municipaux de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB). Conscient de ces fractures, Eugène Mba a appelé à dépasser «antagonismes, ambitions et intérêts personnels» pour préserver la cohésion municipale. Élu sous la bannière de l’UDB, le nouvel édile a tenu à rassurer : il se veut le maire «de tous les administrés, sans exclusive». Une promesse d’ouverture dans un climat encore marqué par les tensions politiques.

Dans le même esprit, il a salué le travail de son prédécesseur, Pierre Matthieu Obame Etoughe, dont il entend prolonger certaines réformes, notamment en matière de gestion des ressources humaines. Au cœur de son projet : remettre de l’ordre dans la gestion municipale.

Eugène Mba annonce une plus grande rigueur dans les finances publiques, une optimisation des ressources humaines et une amélioration des conditions de travail des agents. Pour y parvenir, une «lettre de cadrage» élaborée par son parti fixe les grandes orientations, autour du concept des «3A» : faire de Libreville une ville aménagée, aérée et agréable à vivre. Une ambition qui passe par une meilleure planification et une gouvernance plus efficace.

Vers l’élaboration d’un Plan de développement communal

Le maire entend inscrire son action dans la dynamique impulsée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, qu’il remercie pour son soutien. Il prévoit ainsi l’élaboration d’un Plan de développement communal aligné sur le futur Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030. Objectif affiché, combler le retard infrastructurel de la capitale et répondre aux attentes des citoyens, tout en renforçant la décentralisation.

Fort de près de 30 ans de carrière dans le secteur bancaire et d’un parcours politique déjà riche, ancien maire du 2e arrondissement, 5e adjoint puis maire de Libreville pendant environ six mois, Eugène Mba revient avec une volonté affichée de réforme.

Son précédent passage à la tête de la municipalité avait été écourté, selon ses proches, en raison de résistances internes et de luttes d’influence. Aujourd’hui, il espère aller au terme de son mandat et concrétiser ses ambitions pour la capitale. Entre impératif de stabilité politique, exigence de bonne gouvernance et attentes élevées des populations, Eugène Mba entame un mandat décisif. À Libreville, le temps des promesses laisse désormais place à celui des résultats.

 
GR
 

1 Commentaire

  1. Gayo dit :

    Au-delà de la question de l’intégrité morale, je pense qu’Eugène Mba incarne une génération politique qui risque d’être en décalage avec les enjeux actuels. Ce n’est pas seulement une question d’âge, mais de rapport au monde, aux technologies et aux nouvelles attentes des citoyens.

    Aujourd’hui, les défis d’une ville moderne dépassent largement la gestion administrative classique. On parle de digitalisation des services publics, de villes intelligentes, d’intelligence artificielle, de mobilité urbaine, de transparence numérique, de données ouvertes et de participation citoyenne en ligne. Ces sujets exigent une culture de l’innovation, une capacité d’adaptation rapide et une compréhension concrète des outils qui façonnent déjà les sociétés modernes.

    Le risque, avec des profils issus d’une génération politique plus ancienne, est de rester dans une vision traditionnelle du pouvoir et de l’action publique, alors que les nouvelles générations attendent des solutions plus agiles, plus technologiques et plus connectées à leur quotidien. À ce niveau, ces enjeux parleront probablement davantage à des managers ou dirigeants plus jeunes, notamment ceux de moins de 50 ans, qui ont grandi ou évolué professionnellement dans un environnement beaucoup plus marqué par le numérique.

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