Accusé d’avoir tendu un piège à Alain-Claude Bilie-By-Nze, Guy Nzouba-Ndama a accordé dimanche 26 avril un entretien au journaliste Jean Kevin Ngadi, postant sur Facook. L’ancien président de l’Assemblée nationale y retrace heure par heure le rendez-vous controversé du 14 avril (jour de l’arrestation de Bilie-By-Nze), démonte les rumeurs de connivence et formule une mise en garde sur le climat politico-judiciaire au Gabon.

Guy Nzouba-Ndama, président des Démocrates : «Un rendez-vous se fixe à deux, jamais seul.» © Gabonactu

 

 

GabonReview a pu confirmer l’identité de Jean Kevin Ngadi et obtenir de Nzouba-Ndama lui-même la confirmation que cet entretien a bien eu lieu. Le compte-rendu publié sur Facebook révèle un homme qui a soigneusement choisi son moment pour parler, et qui parle avec méthode.

Sur son silence des derniers mois, il pose d’emblée le cadre : «Le silence en politique n’est pas toujours un vide, il peut être une méthode.» Il dit avoir refusé de s’inscrire dans l’agitation permanente, préférant observer «les lignes de force qui se dessinent». Une posture assumée, qui n’a pas empêché les rumeurs de prospérer.

Le rendez-vous du 14 avril, heure par heure

Sur les circonstances du fameux rendez-vous, Nzouba-Ndama est minutieux. C’est Bilie-By-Nze qui prend l’initiative du contact ce mardi-là, alors que son interlocuteur rentre de Koulamoutou après des obsèques familiales. Un premier report au lendemain est proposé, puis décliné ; les deux hommes s’accordent finalement pour une rencontre «en fin d’après-midi, autour de 17 heures, à son domicile de la cité Delta». Aux rumeurs d’une manœuvre unilatérale sur l’heure ou le lieu, il répond d’une formule lapidaire : «Un rendez-vous se fixe à deux, jamais seul

Nzouba-Ndama décrit par ailleurs une relation ancienne et régulière avec l’ancien Premier ministre, fondée sur «un certain nombre de valeurs et une compréhension commune de certaines réalités politiques», loin de la rencontre de circonstance que certains ont voulu y voir.

«La frontière entre le judiciaire et le politique devient parfois floue»

C’est sur le fond que l’analyse devient la plus incisive. Nzouba-Ndama cite en série les cas d’Opiangah, d’Harold Leckat et de Bob Mengome comme autant d’illustrations d’un même glissement préoccupant : «Tout cela participe d’un climat où la frontière entre le judiciaire et le politique devient parfois floue

Sur sa propre implication supposée dans l’arrestation de Bilie-By-Nze, il retourne la question avec une précision rhétorique remarquable : «Pensez-vous réellement qu’un système qui fonctionne aurait besoin de moi pour interpeller quelqu’un ?» Et aux accusations de connivence avec le pouvoir, il est catégorique : il n’a «jamais été et ne sera jamais l’indicateur de qui que ce soit».

Sa conclusion prend la forme d’une mise en garde adressée à l’exécutif : le président Oligui Nguema gagnerait à être attentif aux «interpellations jugées brutales ou insuffisamment encadrées», dans un contexte où «les partenaires internationaux observent de près les évolutions institutionnelles».

Au-delà des mots : la leçon d’une parole arrachée

Il faut le préciser : Nzouba-Ndama n’a pas brisé le silence. On est allé le trouver dans son silence, et il a consenti à en ouvrir une fenêtre. La nuance est importante : elle dit moins une volonté de peser sur le débat qu’une disponibilité à clarifier, face à des rumeurs qui commençaient à le déborder.

Et ce qu’il clarifie, au fond, c’est autant sa propre situation que celle d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, dont l’arrestation sur le chemin de son domicile reste l’épisode le plus trouble de cette affaire. En citant d’autres cas de requalification judiciaire (Opiangah, Leckat, Mengome), il replace le sort de l’ancien Premier ministre dans une série, ce qui est peut-être la lecture la plus grave à retenir de cet entretien : si ces interpellations obéissent à une logique, alors l’affaire Bilie-By-Nze n’est pas un accident. C’est un avertissement que le pouvoir gagnerait à entendre avant que d’autres, moins discrets que Nzouba-Ndama, ne le formulent moins courtoisement.

 
GR
 

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