Le classement mondial 2026 de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières (RSF) dresse un constat contrasté pour Gabon. Le pays d’Oligui Nguema enregistre un recul de deux points et glisse à la 43ᵉ place mondiale, contre la 41ᵉ en 2025, dans un contexte international marqué par une détérioration globale des conditions d’exercice du journalisme. «100 pays sur 180 voient leur score baisser», souligne l’organisation, qui révèle par ailleurs  une tendance lourde faite de pressions politiques accrues, de dérives autoritaires et de fragilisation économique des médias. 

Au classement RSF 2026, le Gabon perd deux places, avec une presse plus libre mais pas encore indépendante (Illustration IA). © GabonReview

 

Dans le classement 2026 de Reporters sans frontières (RSF), le Gabon se maintient parmi les meilleurs élèves africains de la liberté de la presse. Cependant, il recule légèrement à la 43e  place mondiale, contre la 41e en 2025. Un résultat, témoignage d’une situation contrastée avec des avancées réelles depuis la transition politique, mais aussi des fragilités qui empêchent encore l’installation durable d’une presse pleinement libre et indépendante.

«Le secteur audiovisuel est dominé par les médias publics, très partisans»

Dans ce contexte, malgré donc ce repli, le Gabon conserve une position relativement favorable en Afrique et demeure le mieux classé en Afrique centrale. Et on explique ce positionnement régional par une combinaison de facteurs historiques et structurels. Depuis le retour au multipartisme en 1990, le paysage médiatique gabonais s’est considérablement diversifié, avec plus de soixante titres de presse écrite et une montée en puissance des médias en ligne. Toutefois, cette pluralité masque des déséquilibres persistants. «Le secteur audiovisuel est dominé par les médias publics, très partisans», fait remarquer RSF, qui pointe une influence significative de l’État sur l’information. Ainsi, bien que le Gabon surclasse ses voisins d’Afrique centrale, il reste encore éloigné des standards incarnés sur le continent par des pays comme l’Afrique du Sud ou la Namibie.

L’analyse du classement relève également les effets du coup d’État du 30 août 2023. Si RSF reconnaît «une amélioration de la liberté de la presse» depuis ce bouleversement politique, l’organisation insiste, de même, sur le caractère inachevé des réformes engagées. «L’avènement d’une presse libre et indépendante reste un chantier inachevé», précise-t-elle, d’autant plus que les journalistes indépendants continuent notamment de rencontrer des obstacles dans l’accès aux sources officielles. Ce qui limite leur capacité à couvrir, de manière équilibrée, l’action publique et les décisions de l’Exécutif.

Leader régional en Afrique centrale, mais confronté à des défis pour garantir une liberté de la presse pleinement effective

Parmi les déterminants de ce classement figure la persistance des pressions sécuritaires et judiciaires. Malgré la dépénalisation des délits de presse consacrée par le Code de la communication de 2016, le Rapport précise que des pratiques anciennes subsistent. «Des journalistes sont encore convoqués au commissariat sur la base du Code pénal», déplore le rapport. Ces intimidations, combinées à des convocations régulières par les services de sécurité, alimentent un climat d’insécurité professionnelle. Elles contribuent à expliquer le recul du pays dans le classement, en dépit d’avancées ponctuelles.

Le fonctionnement de la Haute autorité de la communication (HAC) a constitué un autre point de fragilité ayant contribué à réduire la note du Gabon. La réforme du 3 juillet 2023, qui confie au pouvoir la nomination de l’ensemble des neuf membres de l’organe à l’Exécutif, suscite de vives inquiétudes. RSF évoque un risque de «vassalisation» et dénonce l’usage controversé de l’article 55, permettant à son président de sanctionner un média sans délibération collégiale. Adoptée «dans l’opacité la plus totale», cette réforme illustre les tensions entre volonté de régulation et tentation de contrôle. Dès lors, le classement RSF 2026 fait du Gabon reflète un leader régional en Afrique centrale, mais encore confronté à des défis pour garantir une liberté de la presse pleinement effective.

 
GR
 

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