Note de Citi sur le franc CFA : ce qu’elle dit réellement pour la CEMAC et le Gabon
Une simple analyse financière peut-elle suffire à faire trembler toute l’Afrique centrale ? En quelques heures, une note de Citi sur une possible dévaluation du franc CFA a ravivé les souvenirs du choc de 1994, alimenté les inquiétudes sur les réserves de change et relancé les doutes sur la solidité économique de la CEMAC. Mais derrière les rumeurs et les emballements, que dit réellement cette note sur le Gabon et sur l’avenir du franc CFA ?

Franc CFA : la note de Citi rallume la peur d’une nouvelle dévaluation. © GabonReview/Illustration IA
La note de Citigroup, mal interprétée par de nombreux médias, n’annonce ni une dévaluation actée du franc CFA ni une décision imminente des autorités monétaires d’Afrique centrale. Publiée par Bloomberg le 7 mai 2026, elle correspond à une analyse économique formulée par David Cowan, économiste en chef de Citi pour l’Afrique, dans un contexte marqué par les interrogations croissantes autour des réserves de change de la CEMAC et de la solidité de son régime monétaire.
Une recommandation d’analyste, pas une décision politique
Selon cette analyse, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale, composée du Cameroun, du Congo, du Gabon, du Tchad, de la République centrafricaine et de la Guinée équatoriale, devrait envisager une dévaluation du franc CFA afin de soutenir la croissance et de limiter l’érosion des réserves en devises. La recommandation concerne donc l’ensemble de la zone CEMAC, dont la monnaie commune reste arrimée à l’euro.
Cette nuance est essentielle dans le débat public gabonais. Citi ne dit pas que le Gabon dévaluera seul, ni qu’une décision a été prise par la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) ou par les chefs d’État de la sous-région. Il s’agit d’une hypothèse formulée par une banque d’investissement internationale, sans portée réglementaire ou institutionnelle.
Le Gabon apparaît toutefois au cœur du raisonnement de Citi en raison de son profil pétrolier. Dans une précédente analyse relayée début janvier 2026, David Cowan estimait déjà que plusieurs économies africaines dépendantes du pétrole, dont le Gabon, pourraient être davantage exposées à un risque de dévaluation si la faiblesse durable des cours du brut accentuait la pression sur les réserves de change.
Selon cette lecture, les banques centrales commencent généralement par mobiliser leurs réserves avant d’envisager un ajustement du taux de change. Elles peuvent aussi renforcer les restrictions d’accès aux devises, favorisant pénuries et marchés parallèles. Dans le cas de la CEMAC, le partage d’une monnaie commune accroît le risque de contagion entre États membres.
Le traumatisme de 1994 toujours dans les esprits
Face à ces analyses, la BEAC maintient depuis janvier 2026 une position opposée. L’institution monétaire a officiellement écarté toute perspective de dévaluation, affirmant que cette option n’était pas à l’ordre du jour et qualifiant les rumeurs circulantes d’infondées.
La réaction suscitée par la note de Citi s’explique aussi par le souvenir encore vif de la dévaluation de 1994. Dans l’opinion publique gabonaise, le sujet dépasse largement le simple débat technique. Il ravive les inquiétudes sur la dépendance pétrolière, la fragilité des réserves extérieures et les limites du modèle économique régional. Au fond, la note de Citi ouvre un débat sur la soutenabilité du système monétaire de la CEMAC, mais aucune dévaluation n’a, à ce stade, été annoncée par les autorités compétentes.













1 Commentaire
[…] Concrètement, la note de Citi ne fait qu’expliciter ce que les chancelleries financières murmurent depuis plusieurs trimestres : la soutenabilité du régime de change actuel dépendra de la capacité de la CEMAC à reconstituer ses réserves, à diversifier ses exportations et à crédibiliser sa discipline budgétaire. Selon Gabon Review. […]