PIB élevé, bonheur en berne : l’ONU plaide pour une nouvelle manière de mesurer le progrès
Alors que le Gabon, à l’instar de nombreux pays du continent, affiche l’un des PIB par habitant les plus élevés d’Afrique grâce à ses ressources naturelles, les inégalités sociales, le chômage et les difficultés du quotidien continuent pourtant d’alimenter le malaise d’une partie de la population. Dans un rapport publié la semaine dernière, l’ONU appelle à dépasser le produit intérieur brut (PIB) comme principal indicateur de progrès, estimant qu’il ne reflète ni le bien-être réel des populations ni l’état de la planète.

Au regard de son PIB par habitant (4 millions de FCFA par an), le niveau de vie des Gabonais devrait être équivalent à celui des habitants de certains pays européenne. © Facebook/MapaneInfos
Longtemps considéré comme le thermomètre universel de la réussite économique, le produit intérieur brut (PIB) est aujourd’hui de plus en plus contesté. Dans un rapport intitulé Comptabiliser ce qui compte vraiment (Counting what Counts), les Nations Unies estiment que cet indicateur, utilisé depuis des décennies pour mesurer le progrès des nations, ne suffit plus à évaluer le bien-être réel des populations.
Le constat est particulièrement pertinent pour des pays comme le Gabon. En 2026, le PIB nominal gabonais devrait atteindre environ 23,36 milliards de dollars américains, porté notamment par le pétrole, le manganèse et le bois. Le pays figure parmi les économies les plus riches d’Afrique centrale en termes de PIB par habitant. Pourtant, cette performance macroéconomique ne se traduit pas automatiquement par un sentiment de prospérité partagé au sein de la population.
Une richesse économique qui masque les fragilités sociales
Pour les experts de l’ONU, le PIB mesure essentiellement la production et la consommation de richesses, sans prendre en compte de nombreux facteurs essentiels à la qualité de vie. Les inégalités sociales, l’accès aux soins, l’éducation, la qualité de l’environnement ou encore le coût humain de certaines activités économiques restent largement invisibles dans les statistiques économiques traditionnelles.
Ainsi, un pays peut afficher une croissance soutenue tout en voyant progresser le chômage, la précarité ou les tensions sociales. À l’inverse, certaines activités essentielles au fonctionnement des sociétés — comme le travail domestique ou l’aide apportée aux proches — ne sont pas comptabilisées dans le calcul du PIB.
« Nous utilisons le PIB pour juger du succès à long terme des pays », a déclaré, jeudi 7 mai 2026, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, lors de la présentation du rapport. « Pourtant, nous constatons un fossé immense entre ce que le PIB mesure et ce que les populations valorisent. »
Le Gabon, illustration d’un paradoxe africain
Le cas du Gabon illustre ce décalage entre richesse statistique et perception du bien-être. Malgré ses importantes ressources naturelles et un revenu moyen relativement élevé comparé à d’autres pays africains, une partie des Gabonais continue de faire face à des difficultés d’accès aux services publics, à l’emploi ou au logement.
La dépendance du pays au pétrole accentue également les vulnérabilités économiques. La baisse progressive de la production pétrolière, les fluctuations des cours mondiaux et les défis liés à la diversification économique interrogent la solidité du modèle actuel de croissance.
Pour l’ONU, cette situation démontre la nécessité de développer des indicateurs plus complets afin d’évaluer le véritable progrès des sociétés.
« Au-delà du PIB »
Le rapport onusien propose ainsi une nouvelle approche fondée sur plusieurs critères complémentaires : le bien-être actuel des populations, l’équité sociale, la durabilité environnementale, la résilience économique ainsi que le respect des droits humains et de la paix.
L’objectif n’est pas de supprimer le PIB, mais de réduire la dépendance excessive à cet indicateur unique dans les décisions politiques et économiques.
Le groupe d’experts mandaté par l’ONU recommande notamment la mise en place de « tableaux de bord du progrès » adaptés à chaque pays, ainsi qu’un mécanisme mondial de suivi aligné sur les Objectifs de développement durable (ODD).
Le défi de mesurer le bonheur collectif
La réflexion dépasse désormais les seuls cercles économiques. Plusieurs pays expérimentent déjà des outils alternatifs intégrant la satisfaction de vie, la santé mentale ou la qualité de l’environnement dans leurs politiques publiques.
L’ONU estime d’ailleurs que les transformations technologiques actuelles, notamment l’essor de l’intelligence artificielle, rendent cette évolution indispensable. Une technologie peut stimuler la croissance économique tout en détruisant des emplois ou en aggravant certaines fractures sociales, souligne l’organisation.
Pour António Guterres, le défi du XXIe siècle consiste désormais à mesurer non seulement ce que les économies produisent, mais surtout ce qu’elles apportent réellement aux êtres humains.
« Adoptons ces nouveaux indicateurs qui viennent compléter le PIB », a-t-il plaidé, « afin d’offrir une vision globale des défis et des opportunités auxquels notre monde est confronté ».













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