Lambaréné : tribunaux délabrés, manque d’équipements et insécurité plongent la justice dans l’urgence
En déplacement à Lambaréné depuis le 19 mai, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits humains, Augustin Émane, a entrepris une visite de terrain des juridictions sous tutelle et de la prison centrale du chef-lieu de la province du Moyen-Ogooué. La démarche du membre du gouvernement participe de l’évaluation des réalités professionnelles, au plus près des infrastructures et des personnels.

Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits humains, Augustin Émane, posant avec ses collaborateurs lors de sa visite à Lambaréné. © D.R.
Accompagné par la première présidente de la Cour d’appel judiciaire de Libreville, Nancy Engandjass, compétente pour la juridiction de Lambaréné, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits humains, Augustin Émane, en visite dans les des juridictions sous tutelle dans la ville du Grand Blanc, a insisté sur les fondamentaux de l’action judiciaire. Il a notamment rappelé «l’intérêt de travailler et de rendre la justice conformément à la loi et au nom du peuple», avant de s’enquérir des conditions de travail de ses collaborateurs.
Des conditions de travail difficiles
La visite des locaux du Tribunal de Première instance et du tribunal administratif de la ville a permis au ministre de la Justice de mesurer l’ampleur des difficultés auxquelles sont confrontés magistrats, greffiers et personnels administratifs. Entre les défaillances en eau et en électricité, la vétusté avancée des bâtiments, l’absence d’équipements informatiques et la dégradation des infrastructures liée aux contraintes du sol, le diagnostic dressé est préoccupant. À cela s’ajoutent des toitures défectueuses, accentuant un sentiment général d’urgence quant à la nécessité d’une intervention publique. «État des locaux, vétustes. Cela montre surtout, et c’est ce sur quoi je vais insister, les conditions de travail difficiles dans lesquelles nos magistrats et nos greffiers travaillent», a fait remarquer le chef du département ministériel en charge de la Justice.
Un sentiment de désolation

Des moments de la visite à Lambaréné. © D.R.
Pour Augustin Emane, «on insiste beaucoup sur des défauts attachés à certaines personnes dans ces professions, mais on oublie de saluer le courage qui est le leur, l’abnégation». «Travailler dans ces conditions, je vous assure que ce n’est pas évident. Mon premier sentiment est souvent un sentiment de désolation devant ce que je vois», a-t-il déclaré.
La situation du tribunal administratif apparaît particulièrement critique. Installé dans des locaux loués depuis 2018, il a récemment été victime d’un cambriolage ayant entraîné la perte de l’ensemble de ses équipements informatiques. Dans un contexte marqué par l’insécurité, favorisée notamment par l’éloignement du site et l’absence d’éclairage public, les conditions de travail se détériorent davantage. Le ministre a assuré vouloir «faire tout ce qui est en son pouvoir» afin d’apporter des réponses adaptées à ces dysfonctionnements.
Définir les priorités et le calendrier d’action
À ce propos, il a déclaré : «lorsqu’on voit ce j’ai vu ici à Lambaréné et ce que j’ai vu ailleurs, comme je le disais au premier président de la Cour d’appel de Libreville, la situation est quasiment identique partout au Gabon. Je me demande par où commencer. Il faut bien commencer quelque part. J’ai visité Lambaréné aujourd’hui, mais je ne vais pas tirer des conclusions uniquement après avoir visité Lambaréné, parce que l’action qui est la mienne concerne l’ensemble du Gabon». «Et ensemble avec les acteurs de ce secteur, nous allons nous assoir et nous allons définir un certain nombre de priorités et surtout un calendrier», a-t-il rassuré.
Au-delà des infrastructures, la question des ressources humaines a également été au cœur des échanges. L’afflux de nouveaux magistrats et greffiers, non accompagné par une augmentation des capacités d’accueil, crée une pression supplémentaire sur des juridictions déjà saturées. Les responsables ont plaidé pour une gestion prévisionnelle des effectifs, notamment en anticipant les départs à la retraite. Les problématiques de spécialisation, de titularisation et d’avancement ont aussi été abordées. La mission s’est poursuivie par une visite de la Maison d’arrêt de Lambaréné, élargissant ainsi l’évaluation aux conditions de détention.













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