Une première inédite consacre le 7 art gabonais. Le long-métrage «Ben’Imana», coproduit par la cinéaste Samantha Biffot, figure dans la prestigieuse section «Un certain regard» du Festival de Cannes 2026. L’Institut gabonais de l’image et du son (IGIS) accompagne cette percée en déployant, sur la Croisette, une stratégie de visibilité et de prospection commerciale destinée à hisser le Gabon au rang de carrefour cinématographique du continent.

Le Gabon est passé sur le tapis rouge de la Croisette à Cannes, le 17 mai 2026. © D.R.

 

Jamais auparavant un film gabonais n’avait franchi le seuil de la sélection officielle cannoise. Connue pour révéler les écritures singulières et les œuvres audacieuses, «Un certain regard» offre désormais à Libreville une tribune sans équivalent, capable d’attirer fonds de coproduction, plateformes de streaming et agences de développement vers un pays décidé à reprendre la main sur son récit.

Samantha Biffot (3è à partir de la gauche) entourée par la réalisatrice (tenue marron à droite de Biffot) et les actrices du film «Ben’Imana» ; quelques moments de la présence gabonaise à Cannes et Samantha Biffot habillée par le créateur gabonais Romzy Studio. © D.R.

Une offensive commerciale au Marché du film

Au-delà de la projection, la délégation gabonaise se déploie au Marché du film, premier rendez-vous professionnel du secteur, où elle multiplie les rencontres ciblées avec distributeurs, producteurs, fonds de coproduction et institutionnels. L’IGIS y présente des œuvres existantes et des projets en développement sous la bannière «Made in Gabon», tout en étudiant les modèles économiques susceptibles d’inspirer l’émergence d’une filière audiovisuelle structurée et compétitive.

«Notre présence à Cannes n’est pas seulement symbolique, elle doit ouvrir des portes commerciales et industrielles pour que le cinéma gabonais devienne un secteur viable et rayonnant», explique Samson Elibigui, directeur de l’IGIS.

Le pays est hébergé sur le Pavillon africain, aux côtés de l’Agence culturelle africaine, partenaire chevronné du cinéma continental à Cannes depuis huit ans.

Un acte de souveraineté culturelle

Pour Samson Elibigui, l’enjeu déborde largement le tapis rouge. Le Gabon revendique trois atouts décisifs : des décors naturels rares, déjà éprouvés par des productions d’envergure comme «La Légende de Tarzan» (Warner Bros, 2014) ou le franco-belge «Muganga» (2023) ; un environnement de tournage sécurisé dans une sous-région éprouvée par l’instabilité ; et un vivier de talents dont la sélection de Samantha Biffot atteste la maturité. À ses yeux, il s’agit de renouer avec l’âge d’or du cinéma national, né dans les années 1960, et d’installer, dès 2027, un pavillon officiel adossé à une délégation institutionnelle élargie aux acteurs des industries culturelles.

Au-delà des chiffres, c’est une question de récit. «Pendant des décennies, l’Afrique a été racontée par d’autres», observe Scheena Donia, chargée de communication, qui voit dans l’investissement cinématographique «un acte de souveraineté culturelle et artistique». Elle rappelle que «la Nouvelle-Zélande a vu son tourisme exploser après ‘’Le Seigneur des Anneaux’’» et que la Corée du Sud doit une part de son aura à «Parasite» et à ses séries diffusées sur Netflix, et que le Maroc attire chaque année des millions de visiteurs grâce aux productions internationales tournées sur son sol. Le Gabon entend désormais inscrire son nom dans cette généalogie.

 
GR
 

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