CNNII : excédés par 23 mois d’arriérés de salaires, les agents assiègent le ministère des Transports
Depuis plus d’une semaine, les agents de la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) observent un sit-in devant l’immeuble Arambo, à Libreville. À bout de souffle après des années de promesses sans suite, ils dénoncent une crise sociale devenue, selon eux, «insupportable». Entre 23 mois d’arriérés de salaires, cotisations sociales non reversées et silence des autorités, les travailleurs de la compagnie maritime nationale crient leur détresse.

Les agents de la CNNII assis au pied de l’immeuble Arambo, le 20 mai 2026 à Libreville. © GabonReview
Au pied de l’immeuble Arambo, ce mercredi 20 mai, sous un soleil de plomb, l’atmosphère est particulièrement tendue. Visages fermés, regards fatigués et colère difficilement contenue, des agents de la CNNII, vêtus de rouge, sont assis à même le sol. Déterminés à faire entendre leur voix, les employés ont choisi de porter leur combat sur la place publique.
En première ligne, Emmanuel Ekouré, agent de la société et porte-parole de circonstance, a déroulé un réquisitoire sans détour contre les autorités de tutelle. «Nous sommes actuellement en sit-in à côté de l’immeuble Arambo. Ce mouvement a pour origine 23 mois d’arriérés de salaires. Les agents, las de la situation qu’ils subissent depuis bientôt six ans, ont décidé de venir dénoncer cela devant le ministère des Transports», explique-t-il.
Pour les manifestants, cette crise ne date pas d’hier. Selon lui, le malaise remonte à 2020, période à laquelle les travailleurs accusaient déjà huit mois d’impayés. «Lorsque je parle des années 2020, à cette période-là, on était à huit mois d’arriérés de salaires. Nous sommes rentrés en négociation avec les autorités. Ces négociations ont accouché de promesses qui n’ont jamais été tenues», martèle-t-il. Pis, la situation se serait aggravée au fil des années. «En 2023, les huit mois sont passés à 17 mois d’impayés. Nous sommes encore repartis en négociation avec le ministère des Transports. Là encore, ce ne furent que de simples promesses. Et de 2023 à 2026, nous sommes passés de 17 à 23 mois d’arriérés de salaires», déplore-t-il.
Derrière les chiffres, les conséquences humaines sont dramatiques. Les agents parlent d’un véritable naufrage social. «Nous avons des enfants déscolarisés, des collègues expulsés de leurs maisons. Le drame est incroyable, nous n’en pouvons plus», lâche E.E, visiblement éprouvé. Dans leur colère, certains employés n’hésitent plus à qualifier cette situation de «crime social». D’autant plus, soulignent-ils, qu’aucune autorité ne serait venue à leur rencontre depuis le début du mouvement. «Cela fait plus d’une semaine que nous sommes ici pour dénoncer notre situation et malheureusement aucune autorité n’est venue nous rencontrer. Dans un pays de droit, c’est inadmissible», s’indigne le porte-parole.
Des cotisations non reversées à la CNSS dénoncées

Quelques images du sit-in. © GabonReview
Le tableau dressé par les agents va bien au-delà des seuls salaires impayés. L’agent affirme également que les cotisations sociales prélevées sur les fiches de paie ne seraient plus reversées à la CNSS depuis près de dix ans. Une situation aux lourdes conséquences pour les retraités de l’entreprise. «Aujourd’hui, plusieurs retraités ne bénéficient pas de leur pension retraite parce que les cotisations n’ont pas été reversées. Ils sont précarisés au même titre que les agents encore en fonction», accuse-t-il.
Le plus incompréhensible pour les employés reste toutefois l’activité même de la société. En effet, contrairement à une entreprise totalement à l’arrêt, la CNNII continue d’assurer le transport de marchandises entre Libreville et Port-Gentil par voie maritime. «C’est une société qui est en pleine activité et on se demande comment une entreprise qui fonctionne peut devoir 23 mois de salaires à ses employés. Dans un pays de droit, c’est inacceptable», tonne Emmanuel Ekouré.
En guise d’ultime appel, les agents interpellent directement les plus hautes autorités du pays, notamment le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema. «Son leitmotiv lorsqu’il est arrivé à la tête du pays, c’était restaurer la dignité. Nous lui demandons simplement de regarder ce qui se passe à la CNNII», conclut le porte-parole, pendant que le sit-in, lui, se poursuit dans une indifférence que les manifestants jugent de plus en plus méprisante, tant que les autorités ne réagiront pas le mouvement ne connaitra pas d’arrêt.
En guise d’ultime appel, les agents interpellent directement les plus hautes autorités du pays, en tête desquelles le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. «Son leitmotiv lorsqu’il est arrivé à la tête du pays, c’était de restaurer la dignité. Nous lui demandons simplement de regarder ce qui se passe à la CNNII», conclut le porte-parole, pendant que le sit-in, lui, se poursuit dans une indifférence que les manifestants jugent de plus en plus méprisante,face à leurs revendications mais préviennent que tant qu’aucune réponse concrète ne sera apportée par les autorités, le mouvement ne connaîtra aucun arrêt.
Thécia Nyomba













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