Gab-Pêche : moins d’un an après son lancement, le gouvernement confronté à l’échec partiel de son programme halieutique
Lancé en août 2025 pour restructurer la pêche artisanale, renforcer la présence des nationaux dans le secteur halieutique et lutter contre la vie chère, le programme Gab-Pêche traverse déjà une zone de fortes turbulences. Réuni mercredi autour du vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, le ministère de la Pêche a dressé un état des lieux préoccupant marqué par des blocages institutionnels, financiers et opérationnels, attribués en grande partie au changement d’administrateur directeur général intervenu au début de l’année 2026. Les autorités assurent toutefois vouloir relancer rapidement le projet et préparer une seconde phase plus ambitieuse.

Le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, et le ministre de la Pêche, de la Mer et de l’Économie bleue, Aimé Martial Massamba, le 20 mai 2026. © D.R.
Moins d’un an après son lancement officiel, le programme Gab-Pêche, présenté comme l’un des leviers de souveraineté alimentaire et de lutte contre la vie chère, connaît de sérieuses difficultés de fonctionnement. La situation a été examinée mercredi 20 mai 2026 au cours d’une séance de travail présidée par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, en présence du ministre de la Pêche, de la Mer et de l’Économie bleue, Aimé Martial Massamba.
Au centre des échanges : les nombreux dysfonctionnements révélés depuis le passage à la phase d’exploitation du programme en 2026. Selon les autorités, le changement d’administrateur directeur général a provoqué une cascade de difficultés institutionnelles, financières et judiciaires ayant fortement ralenti l’exécution du projet.
Une activité en net recul
Conçu sous l’impulsion du président de la République pour restructurer la pêche artisanale maritime, favoriser la gabonisation du secteur et assurer un approvisionnement régulier du marché en poisson frais, Gab-Pêche peine aujourd’hui à atteindre ses objectifs initiaux.
Sur les 20 embarcations constituant la flotte de départ, seules 10 seraient encore opérationnelles. Les autorités relèvent également une faiblesse des débarquements au Centre d’appui à la pêche artisanale de Libreville (CAPAL), tandis qu’une partie des captures est écoulée hors du circuit officiel, notamment sur le Komo.
« Nous avons fait un point d’étape sur le programme Gab-Pêche et, au regard des dysfonctionnements observés, il nous fallait faire un bilan d’étape », a déclaré le ministre de tutelle, Aimé Martial Massamba, à l’issue de la séance de travail. Le membre du gouvernement a reconnu des « problèmes de gouvernance, juridique et d’opérationnalisation », tout en soulignant que les pêcheurs eux-mêmes « n’étaient pas bien organisés ».
Blocages financiers et contentieux administratifs
La situation financière du programme figure également parmi les principales préoccupations des autorités. Le changement d’ADG a notamment entraîné un gel du compte bancaire du Groupement d’intérêt économique (GIE) ouvert auprès de la BCEG, paralysant temporairement l’accès aux ressources financières.
Le gouvernement indique toutefois qu’un rééchelonnement de la dette, évaluée à plus de 42 millions de FCFA au 12 mars 2026, a permis de rétablir la situation bancaire, le compte étant désormais créditeur.
Autre difficulté relevée : le système de remboursement collectif imposé aux pêcheurs. Les échéances groupées de près de 11 millions de FCFA obligeaient les pêcheurs actifs à couvrir les défauts de paiement des pêcheurs inactifs ou dissimulant leurs captures. Un mécanisme jugé « structurellement inique » par les autorités.
Pour corriger cette situation, un nouveau dispositif de financement de la BCEG prévoit désormais des contrats individuels pour chaque pêcheur afin de mettre fin au principe de solidarité forcée.
À ces difficultés s’ajoutent des problèmes juridiques liés aux autorisations de pêche et un contentieux opposant l’ancien administrateur directeur général au ministère de tutelle.
Le gouvernement veut relancer le programme
Malgré ces difficultés, les autorités entendent sauver le programme et accélérer son extension à l’intérieur du pays. Aimé Martial Massamba a indiqué que le gouvernement prépare une deuxième phase « plus inclusive », destinée à couvrir d’autres provinces au-delà de Libreville.
Le ministre évoque également plusieurs pistes de diversification, notamment la pisciculture, l’aquaculture et le développement de la pêche continentale.
De son côté, Hermann Immongault, en sa qualité de coordinateur de l’action gouvernementale, a rappelé les « hautes instructions » du chef de l’État et réaffirmé les trois objectifs fondamentaux assignés à Gab-Pêche : restructurer la pêche artisanale maritime, favoriser la gabonisation du secteur et contribuer à la lutte contre la vie chère.
Le vice-président du gouvernement a ainsi exigé l’élaboration rapide d’un plan d’action assorti d’un chronogramme précis. Il a également demandé qu’un point soit fait avec l’Agence judiciaire de l’État afin de clarifier les contentieux en cours et permettre une relance du programme.













0 commentaire
Soyez le premier à commenter.