Ancien journaliste à Africa N°1, mélomane ayant une collection de quelques milliers de CD embrassant de nombreux genres, Timothée Mémey survole le contexte Jazz africain des 70’s-80’s pour rendre hommage à Manu Dibango, le grand africain qui vient de mourir, l’homme qui s’est fait piller son plus grand succès par Michael Jackson (et Rihanna).

Manu Dibango, l’auteur de « Soul Makossa », « Bushman Promenade », « Douala Serenade », « Big Blow » ou « Sango Yesu Christo » vient de faire son entrée au Panthéon des grands Africains. © Droits réservés

 

Timothée Mémey, ancien journaliste à Africa N°1. © hac.fontecsys

Le saxophoniste camerounais Manu Dibango a succombé au Coronavirus à l’âge de 86 ans, le 24 mars dernier en France où il était arrivé à l’âge de 14 ans. Très affaibli par la maladie, malgré les soins intensifs qu’on lui administrait, sa santé ne tenait désormais qu’à un fil… tendu par le poids de l’âge. Je l’apprends à l’instant sur la toile. Celui qui vient de nous faire ses adieux était l’un des gourous de l’Afro-jazz, un genre musical né dans les années 70.

Années charnières que ces 70’s, qui verront naître, par ailleurs dans le monde, toute une floraison d’avatars Jazz. On parlait alors de musique afro-cubaine, de jazz-rock ou de soul-Jazz, des courants ayant favorisé le croisement et l’éclosion de toute une génération de musiciens. Les mutations jazz ne s’arrêteront d’ailleurs pas là puisque les années 80 nous réservaient d’autres surprises séduisantes : le jazz-fusion explose avec d’autres maîtres à penser, pourtant tapis dans l’ombre des clubs américains depuis parfois des décennies : Miles Davis, Groover Washington, Terence Blanchard, Georges Benson, Earl Klugh et toute la cohorte de jazzmen modernes ayant enrichi la constellation.

Avec une démarche différente de celle de Hugh Masekela, le trompettiste sud-africain, Manu Dibango, compositeur de « Soul Makossa« , son titre-étendard mais pas certainement son master-piece, aura contribué à la vulgarisation du Jazz en Afrique à travers l’Afro-jazz, une fusion de Jazz et de rythmes africains dont les maîtres philosophes sont Fela Anikoulapo Kuti, Manu Dibango et Tony Allen, la relique qui nous reste dans ce registre.

Manu a eu la chance de terminer son adolescence en France où existent des conservatoires de musique. S’il avait vécu au Cameroun, Manu n’aurait peut-être pas été le Manu dont on vente le génie aujourd’hui. Si ce pays est sans aucun doute la plus grande usine d’instrumentistes africains, le Cameroun n’a pas d’académie de musique. Les Richard Bona, Guy Nsangué – et avant eux les Vicky Edimo, Jean Dikoto Mandengue – ou des vocalistes tels que Chrispo Epolé, Henri Dikongué, Charlotte Dipanda se sont forgés seuls, des self-made men pour ainsi dire.

S’il est vrai que les précurseurs cités plus haut ont inspiré les nouvelles générations de musiciens africains dont certains sont toujours dans le sillon tracé par les maîtres (Femi Kuti, Ladbanja…), nombreux, en revanche, ce sont américanisés, déplorait d’ailleurs Tony Allen dans une interview accordée à un média occidental, non sans afficher son pessimisme quant à l’avenir de l’afro-jazz.

Enfant de l’Afrique ayant été de tous les creusets musicaux du continent (Congo, Cameroun, Côte d’Ivoire, etc.), l’auteur de « Bushman Promenade« , « Douala Serenade« , « Big Blow » ou « Sango Yesu Christo » vient de faire son entrée au Panthéon des grands Africains. On n’oubliera jamais son duel à fleurets mouchetés avec Michaël Jackson pour le plagiat de « Soul Makossa » dans « Wanna be startin’somethin’ » et avec Rihanna pour la même chose.

Manu Dibango nous laisse tout un répertoire musical accessible à tous et surtout d’un style simple, limpide, dépouillé des contorsions harmoniques ostentatoires propres aux Jazzmen américains tel Winton Marsalis, trompettiste qu’on présente comme un intégriste opposé à toute ouverture du Jazz à d’autres influences musicales. Sans nécessairement avoir l’oreille Jazz pour apprécier cette musique compliquée, avec l’afro-jazz, on en était séduit. Le Jazz a, en effet, la réputation d’être une musique élitiste qui séduit essentiellement l’élite intellectuelle, mais les précurseurs de l’afro-jazz, au titre desquels le virtuose qui nous quitte, ont su faire sauter les verrous de cette forteresse pour la démocratiser. Là est tout le génie qu’on leur reconnait. Manu Dibango était un briseur de cloisons, un fragmenteur de frontières. Repose en paix, l’Artiste !!!!

Timothée Mémey, ancien journaliste à Africa N°1

 
GT
 

1 Commentaire

  1. inongo Ayile dit :

    Bonjour tonton Tim, tu voulais nous parler de Manu Dibango ou du JAZZ ? Là, Tonton, nous avons appris sur les influences de ce genre musical, les grands de cet art ses variantes et pas grand chose sur l’artiste à qui tu rends hommage. Tu nous feras un autre papier ?

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