Face aux accusations graves de harcèlement et de réseaux occultes portées par un ancien agent lors d’une interview virale, le commandement de la Police nationale sort de son silence. En recadrant le profil pénal de l’intervenant et en pointant un manquement déontologique du média diffuseur, l’institution entend restaurer son image tout en brandissant la menace de poursuites judiciaires.

Le dénommé Moulou Minghidi Ardry Gaël a notamment été condamné à 12 mois d’emprisonnement ferme pour viol, extorsion de fonds et violences et voies de fait. © GabonReview (capture d’écran)

 

L’agitation numérique née de l’interview accordée par Moulou Minghidi Ardry Gaël au média en ligne Gabon Media Times (GMT) n’est pas restée sans réponse. Dans une mise au point musclée, les Forces de police nationales (FPN) ont tenu à apporter une « version» radicalement différente de celle exposée par l’ancien brigadier-chef-major. Entre dénonciation calomnieuse et rappels à l’ordre déontologiques, l’institution sécuritaire a choisi la contre-offensive frontale.

Le cœur de la défense policière repose sur le discrédit de l’accusateur. Si l’ancien agent affirme être victime d’une persécution liée à son refus de céder à des avances sexuelles au sein de la hiérarchie, la police, par la voix du Colonel Mamboundou Mbadinga, inspecteur technique des services adjoints, brosse un portrait tout autre.

Selon l’officier supérieur, l’homme au cœur du scandale traîne une «odyssée disciplinaire et très lourde au pénal». Les griefs énumérés sont accablants :« M. Moulou Minghidi Ardry Gaël a notamment été condamné à 12 mois d’emprisonnement ferme pour viol, extorsion de fonds et violences et voies de fait », a martelé le Colonel Mamboundou Mbadinga.

Pour l’institution, la radiation de l’agent ne relève d’aucune « main noire » ou réseau occulte, mais d’une procédure régulière consécutive à ces condamnations judiciaires.

La menace des poursuites judiciaires

Loin de se contenter d’un simple démenti, les FPN ont annoncé leur intention de porter l’affaire devant les tribunaux. L’institution juge les allégations de Moulou Minghidi qui évoquait des réseaux homosexuels et des falsifications administratives comme une attaque directe contre l’honneur du corps. «Le nommé Moulou Minghidi tente de salir l’institution à travers des allégations très graves. En conséquence, et conformément aux dispositions de l’article 282 du Code pénal sur la dénonciation calomnieuse, les Forces de police nationales se réservent le droit d’engager des poursuites contre l’intéressé», a prévenu le porte-parole de la police.

L’autre volet de cette crise concerne la responsabilité sociale du diffuseur. L’institution déplore que le média «n’ait pas pris la peine de recouper et vérifier l’information auprès des services de la police avant diffusion, comme l’exige le Code de la communication et la déontologie en la matière».

Entre le cri de détresse d’un homme qui se dit persécuté depuis six ans et la fermeté d’une institution qui invoque le casier judiciaire de son ex-agent, l’affaire Moulou Minghidi place désormais le curseur sur le terrain du droit. Il appartiendra à la justice de trancher entre la thèse de la « persécution administrative » et celle de la « dénonciation calomnieuse ».

 
GR
 

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