Akanda : le futur hôpital spécialisé dans les soins d’AVC suscite un vif débat
La commune d’Akanda va accueillir une structure hospitalière dédiée au traitement des AVC sur le site de l’ancien Delta Postal. Si cette initiative du président Brice Clotaire Oligui Nguema se veut une réponse à un problème de santé publique, elle suscite déjà des réactions de rejet et une vive contestation. De nombreux observateurs, dont le docteur Stéphane Germain Illoko, dénoncent une approche jugée incohérente et une stratégie de santé déconnectée des urgences réelles des populations.

Polémique autour du futur hôpital spécialisé d’AVC à Akanda (image d’illustration. IA). © GabonReview
Le projet de reconversion de l’ancien bâtiment de Gabon Télécom prévoit une transformation de l’ancien édifice administratif. Selon les plans officiels, le centre regroupera des services médicaux de pointe et des unités d’hospitalisation modernes. Pour répondre aux besoins des familles, un hôtel destiné aux accompagnants sera intégré au complexe, une initiative qui vise à humaniser le parcours de soin, précise Gabon développement. Aussi, l’organisation architecturale prévoit des logements de fonction sur place pour garantir la disponibilité permanente du personnel médical et assurer la continuité des soins dans un environnement avec de nouveaux standards.
Un aveu d’impréparation selon le Dr Illoko
Si le projet est porté par les autorités comme une avancée, il rencontre une opposition frontale de la part du docteur Stéphane Germain Illoko. Dans une réaction publiée sur ses réseaux sociaux, mercredi 14 janvier 2026, le praticien dépeint une réalité bien moins reluisante, qualifiant cette initiative de «gouvernance sans boussole». Pour le Dr Illoko, dédicacer un hôpital entier à une seule pathologie est une aberration dans le contexte sanitaire gabonais : «C’est un aveu d’impréparation, d’amateurisme et d’errance stratégique au sommet de l’État. Depuis quand une pathologie, aussi grave soit-elle, justifie-t-elle seule la création d’un hôpital autonome, de surcroît implanté dans une zone difficile d’accès ?»
Il va un peu plus loin et souligne que les priorités de santé publique sont ailleurs, rappelant que les Gabonais souffrent avant tout d’un manque de moyens. «La vérité, aussi dérangeante, soit-elle : les Gabonais ne meurent pas seulement d’AVC. Ils meurent de l’absence d’urgences fonctionnelles, des retards de prise en charge, de l’inexistence d’une assistance médicale efficace sur les lieux des accidents et d’un système de référence d’un autre âge».
L’emplacement de la structure une incohérence non négligeable
Au-delà du concept médical, c’est l’emplacement choisi à Angondjé qui cristallise les tensions. Dans le cas d’un AVC, la rapidité d’intervention est déterminante pour la survie et la réduction des séquelles. Or, le Dr Illoko pointe du doigt l’engorgement chronique de la zone d’Akanda. «Choisir le nord de Libreville, zone structurellement asphyxiée par les embouteillages, pour une urgence où chaque minute perdue tue, relève non plus de l’erreur, mais de l’inconscience. On implante donc un hôpital d’urgence là où l’accès est chaotique. C’est un non-sens médical», insiste-t-il.
Enfin, le docteur déplore l’absence d’études préliminaires rendues publiques. Selon lui, aucune donnée épidémiologique ni analyse coût-efficacité n’a été présentée pour justifier cet investissement. Il conclut en affirmant que nous sommes face à une «décision de vitrine» plutôt qu’à une véritable stratégie de salut public, privilégiant l’impact visuel à l’efficacité sanitaire concrète pour l’ensemble de la population.
Si la volonté du président, Oligui Nguema, est d’améliorer l’accès aux soins des populations gabonaises, sa décision suscite néanmoins des réactions contrastées. Reste à savoir si ce projet verra le jour en dépit des critiques et des obstacles soulevés lors de cette récente sortie.
Thécia Nyomba
















1 Commentaire
On se demande bien qui conseille le PR. Le véritable problème de la santé n’est pas le manque de structures, il s’agit plutôt de rendre bien fonctionnel l’existant. Il manque des médecins notamment spécialistes, le peu qui est sur le terrain est surmené du fait d’une charge de travail hors norme; les plateaux techniques sont obsolètes, les médicaments et autres consommables inexistants. Au lieu de créer des structures à tout va, la faible population médicale devrait inciter à la mutualisation, pour que le peu dont nous disposons soit utilisé de manière efficiente et efficace. La coopération avec Cuba doit aussi être renforcée, les médecins cubains dans nos hôpitaux donnent entièrement satisfaction…