HABANA

 

Un engagement sans frontière pour les arts plastiques africains et gabonais, une activité caritative dévoilant un grand cœur, des réalisations féériques en interior design… les nombreuses facettes de Wilma Sickout Asselé, promotrice de la galerie Kay-Anne et auteure d’un livre auto-cathartique, «Au nom de la vie…», sont mal connues. Portrait d’une promotrice multidimensionnelle des arts premiers, de l’authenticité africaine et surtout du beau geste.

Wilma Sickout Asselé, promotrice de Kay-Anne Galerie, de la Fondation Gertrude & François, et auteure du livre «Au nom de la vie…» © D.R.

 

Charismatique, volontaire et sincère, Marie Wilma Sickout Asselé impressionne par sa volonté et sa détermination. Si elle n’a rien de ces top models qui arpentent les podiums ou d’une femme politique, elle correspond très bien cependant à une ritournelle bien connue : «tout ce qui est petit est mignon». Potelée, comme on dit au Gabon, elle a le physique de la belle femme Bantu, le regard pétillant d’intelligence, le sourire timide mais le rire ensoleillé, et le cheveu charbon et sel arrivé un peu trop vite du fait d’avoir trop réfléchi.

Si Wilma Sickout Assélé est d’abord connue en tant promotrice de la galerie Kay-Anne, son livre «Au nom de la vie…», paru aux éditions L’Harmattan Côte d’Ivoire l’a également portée sous les feux de la rampe. Au début de la nouvelle grande pandémie, une autre de ses créations, la Fondation Gertrude & François, s’est également signalée dans la riposte contre coronavirus à travers la fabrication et la distribution à grande échelle de masques, fûts et kits alimentaires aux populations les plus défavorisées à travers le Grand Libreville.

Un conte à rebondissements

© D.R.

Le parcours de Wilma Sickout Assélé ressemble à un conte à rebondissements, passant d’une enfance dorée auprès de ses grands-parents à une love story aussi passionnée que tumultueuse, puis à une activité entrepreneuriale et enfin à un engagement dans l’action caritative. Tel un chef d’orchestre, elle supervisait jusque-là deux entités dans lesquelles s’activaient un peu plus d’une dizaine de personnes avant la survenue et l’expansion du Covid-19. N’arborant que très rarement le veston ou le tailleur si prisé par de nombreux leaders féminins, elle marque une très nette préférence pour les vêtements d’inspiration africaine, ou créés dans les tissus Wax et souvent soulignés de Bogolan, Kita et Raphia.

Un cerveau, disent d’elle les uns. Une artiste, soutiennent d’autres. Une entrepreneuse et designer inspirée, s’exclament ceux qui l’aiment bien. Un loup déguisé en agneau, persiflent ceux qui l’envient. Une pistonnée, marmonnent ceux qui ne retiennent d’elle que le patronyme Assélé. Tout cela amuse ceux qui l’apprécient vraiment, se régalent de sa franchise tout en s’émerveillant de sa passion, de son courage, de sa modestie et de son parcours si inspirant.

Son activité est l’aboutissement d’une vocation d’enfant un tantinet déviée : «Quand j’étais jeune, je pensais devenir styliste», raconte-t-elle. Elle entreprend durant une année et demie une formation artistique dans l’une des écoles d’art du Quai de Jemmapes à Paris. Enceinte à 19 ans, elle se résout à abandonner lesdites études pour rentrer à Libreville. Passionnée de sabots, elle en importe et les vend en faisant du porte-à-porte. C’est dans ce créneau, qu’elle découvre l’art africain. «C’est en allant au Sénégal pour acheter ces sabots que j’ai découvert l’art africain», raconte-t-elle. Dakar est ainsi son chemin de Damas. La révélation, quoi. Elle finit donc par élargir sa palette de produits avec des poupées sénégalaises, des ronds de serviettes, des pagnes tissés, etc.  De fil en aiguille, elle finit par exposer ses glaneries artistiques au Méridien Re-Ndama, l’un des hôtels les plus huppés de Libreville à l’époque.

Créée en 1998, la Galerie Kay-Anne propose de quoi agrémenter le design intérieur des habitations : tissus et tentures africaines, tableaux, sculptures, mobilier traditionnel, etc. Des œuvres ramenés pour la plupart d’Afrique de l’Ouest, notamment de la Côte d’Ivoire, du Sénégal ou du Mali. Au jourd’hui, la structure dispose d’une salle des créateurs représentant tous les artistes et designers du textile de toute l’Afrique. Elle met également à disposition un restaurant privé pour les déjeuners d’affaires.

«Au nom de la vie…»

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Mais il n’en a pas toujours été ainsi, Kay-Anne Galerie ayant deux vies : une première dans le centre-ville de la capitale gabonaise, et une deuxième après un passage à vide du fait des tourments sentimentaux, existentiels et sanitaires de sa promotrice. Il y a que Wilma Sickout Assélé a traversé la dépression 7 ans durant. Une expérience qu’elle raconte dans «Au nom de la vie…», titre de son livre paru en mars 2020 aux éditions L’Harmattan Côte d’Ivoire.

Autobiographie saisissante de 146 pages, chaque ligne de ce livre permet à l’auteure de plonger le lecteur dans son expérience personnelle de personne dépressive, jetant ainsi une lumière singulière sur cette épreuve handicapante pouvant défavorablement affecter la famille, la scolarité, le travail, le sommeil, l’alimentation et la santé en général. Pour Wilma Sickout Assélé, cette narration devrait démontrer que personne n’en est à l’abri et que de milliers d’autres personnes peuvent connaître la dépression sans être comprises et parfois sans signe extérieur de la maladie. «J’ai écrit en pensant que mon témoignage pouvait changer les choses, aider d’autres personnes», a-t-elle un jour confié à Gabonreview.

Si Beaucoup d’artistes sont dépressifs, chez Wilma Sickout Assélé l’art a plutôt été une catharsis : «c’est l’art qui m’a sauvé, au-delà du soutien de mes enfants auxquels je me suis accrochée. C’est surtout l’art qui m’a permis de me maintenir parce qu’au cours de mes moments de lucidité durant ma période de dépression, j’étais toujours en train d’écrire, dessiner et rêver, je n’avais que ça dans la tête».

Kay-Anne Galerie : plus loin que le musée

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«Ressuscitée d’entre les dépressifs», elle entreprend donc de relancer sa galerie. Au terme de combats âpres pour se remettre en selle, elle rouvre Kay-Anne Galerie en septembre 2018, un mois juste avant l’AVC du président Ali Bongo à Ryad. «L’évènement a affecté tout le monde et le pays était quasiment en arrêt», rappelle-t-elle. Avec l’arrivée du Coronavirus, les choses sont allées de mal en pis, les consommateurs d’art s’étant également mis en berne du fait de la crise économique y consécutive.

Première gabonaise à monter une galerie d’art de l’importance de Kay-Anne Galerie, par l’infrastructure mais aussi la diversité et l’importance des collections, Wilma Sickout Assélé ne baisse pas pour autant les bras, même si elle s’est résolue à réduire la voilure en termes d’acquisition de nouvelles productions. Si sa galerie est plus dotée en œuvres que le nouveau musée national, monté justement durant la période des déboires de santé d’Ali Bongo, sans le clamer elle souhaite sans doute un regard des pouvoirs publics. Notamment concernant l’attribution des marchés publics et en matière d’architecture d’intérieur et de décoration.

Interor and public design

Le féérique New Sunset, bar lounge sur la montée de Louis à Libreville : une réalisation de Wilma Sickout Assélé. © D.R.

Il se trouve en effet que la jeune dame a fait ses preuves et démontré son talent en interior design. On lui doit notamment le féérique décor du New Sunset, un bar lounge sur la montée de Louis à Libreville, et dans le même registre le décor de l’ancien night-bar restaurant le Butterfly dans le même quartier. «J’étais à la base du Balibar. J’ai travaillé sur une partie du projet d’Edouard IV, le salon d’esthétique et haute coiffure de La Sablière», rappelle-t-elle sans se vouloir exhaustive. Son dernier projet en la matière est sans doute, le hall au design très africain de la Pharmacie du Commissariat Central à Libreville. Dans cette même veine, Wilma Sickout Assélé, qui a sollicité l’ADL, les banques et quelques institutions républicaines pour une touche gabonaise ou africaine de leur décor, regrette qu’il n’y ait dans son pays que très peu d’art africain aussi bien dans les habitations que les lieux publics. Or, «vous ne pouvez pas arriver dans certains pays d’Afrique, sans que vous ne ressentez, dès les aéroports, que vous êtes en Afrique. C’est le cas dès qu’on arrive à Abidjan ou dans les aéroports du Cameroun, du Ghana, etc.».

Si elle n’entend plus solliciter le regard des pouvoirs publics, notamment du ministère de la Culture, Wilma Sickout Assélé mérite une certaine attention. La jeune dame a beau avoir une volonté personnelle, il serait de bon augure que les institutions l’encouragent en faisant leur devoir, notamment en achetant des œuvres, en associant des artistes du cru à l’esthétique urbaine et publique. Avis aux mécènes. Avis aux pouvoirs publics gabonais.

Comme pour la plupart des femmes de signe astrologique Scorpion, la devise de Wilma Sickout devrait être «qui m’aime me suive». Comme les autres scorpions, elle a un petit côté hyperactif. Détestant la paresse, elle a besoin de bouger pour se sentir vivante. Mère de trois enfants, elle est croyante, «mais à ma manière», précise-t-elle. Ses loisirs restent du domaine des arts. Elle adore écouter du Jazz et du Blues.

 
GR
 

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