Bilie-By-Nze en prison : le troublant jeu de miroir de Sylvia Bongo
Le boomerang de l’État de droit. En juillet 2025, Alain-Claude Bilie-By-Nze montait au front pour dénoncer le traitement réservé à la défense de Sylvia Bongo. Treize mois plus tard, l’ancien Premier ministre est en prison et c’est l’ex-Première dame qui rappelle pour lui que «la liberté est la règle» et qu’«une accusation n’a jamais valu preuve». À Libreville, les rôles se sont spectaculairement inversés. Les arguments, eux, n’ont presque pas bougé.

La roue tourne, les principes demeurent : sur X, Sylvia Bongo s’invite dans le dossier judiciaire de Bilie-By-Nze et remet la détention de celui-ci sur le terrain des principes. © GabonReview
«La liberté est la règle, la détention l’exception. Une accusation n’a jamais valu preuve.» Dans un message publié le 16 août sur X (ex-Twitter), Sylvia Bongo Ondimba s’est invitée dans l’affaire Alain-Claude Bilie-By-Nze.
L’ancienne Première dame rappelle que l’ex-Premier ministre est détenu à la prison centrale de Libreville depuis le 16 avril, dans une affaire remontant à 2008 et portant sur cinq millions de FCFA. Elle relaie les arguments de ses avocats, qui invoquent la prescription et dénoncent une détention arbitraire.
Sylvia Bongo prend toutefois soin de ne pas franchir une ligne : «Je ne me prononcerai pas sur le fond d’une affaire que je ne connais pas.» Elle adresse enfin ses pensées à l’épouse et aux enfants de Bilie-By-Nze.
Treize mois plus tôt, Bilie-By-Nze montait au créneau
La prise de position serait presque ordinaire si les rôles n’avaient pas été exactement inversés treize mois auparavant.
Le 9 juillet 2025, Alain-Claude Bilie-By-Nze s’était rendu devant le cabinet de Me Gisèle Eyué Békalé, avocate de Sylvia Bongo et de son fils Noureddin, alors au centre d’un bras de fer avec les services d’enquête. L’ancien Premier ministre avait dénoncé une «politisation à outrance de la justice» et lancé : «Qu’on cesse d’instrumentaliser la justice pour des règlements de compte.» Son avertissement était explicite : sans respect des procédures, «ce n’est plus un État de droit».
Le jeu de miroir est aujourd’hui saisissant. Bilie-By-Nze ne proclamait alors ni l’innocence de Sylvia Bongo ni celle de son avocate. Il réclamait le respect de leurs garanties judiciaires. Sylvia Bongo adopte aujourd’hui quasiment la même position à son égard : elle ne le déclare pas innocent, mais rappelle que l’accusation ne vaut pas preuve.
Les rôles changent, pas les principes
Il serait hasardeux d’y voir un rapprochement politique. Rien ne permet de l’affirmer. Mais le retournement mérite d’être relevé.
Dernier Premier ministre d’Ali Bongo, devenu ensuite candidat à la présidentielle de 2025, Bilie-By-Nze se retrouve aujourd’hui derrière les barreaux tandis que l’ancienne Première dame, elle-même longtemps privée de liberté après le 30 août 2023, invoque pour lui les garanties attachées à l’État de droit.
En juillet 2025, Bilie-By-Nze les réclamait pour Sylvia Bongo. En août 2026, Sylvia Bongo les réclame pour lui. Les rôles se sont inversés. Les principes, eux, sont censés rester les mêmes.
















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